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Sur le départ

 

Fin juin, j’ai toujours l’impression de courir à droite et à gauche. Comme si boucler mes valises pour partir en vacances ne suffisait pas à me prendre un temps fou… je dois aussi boucler les années scolaires de mes filles. C’est aussi épuisant que de faire la rentrée en septembre. Ca fait flipper. Ca urge de partout. Si je pouvais me coller des post-it dans le cerveau, je le ferai…
En septembre, on passe son temps à pester sur la énième fourniture que le prof de-j’sais-pas-quoi nous impose… on court, on dépense. Mais à priori, on est calme et reposé, puisqu’on revient de vacances (je dis à priori parce que moi en septembre, j’suis toujours crevée)…
En juin, j’suis “plus” que crevée. Je suis épuisée.

Cette année, j’ai pas mal de contrariétés à évacuer sur les plages de sable qui m’attendent. Tout finit bien, c’est tout ce qui compte. Mais j’ai dégusté. J’ai des cernes, des cheveux ternes. Si j’aperçois mon reflet au détour d’une vitre croisée dans un magasin, je me fais peur. J’ai vraiment besoin de me reprendre en mains. J’en ai marre que mes soucis s’affichent directement sur mon visage…

Je dis le visage, car mon corps, je ne le regarde même plus dans les vitres qui me reflètent. J’évite. Je ne me pèse même plus. Faut dire que selon l’endroit où on pose notre balance, on peut perdre 10 kilos… ou en prendre 20… donc je me fie à la fermeture de mon jean qui ne pince pas le bourrelet de mon bide quand je la remonte…. et à l’impression de ballonnement que je n’ai plus…

Je me dis que je rentre encore dans mes tenues d’été de l’an dernier.

Je me dis que ça va encore.

Je sais que ma mère va me trouver patate quand je vais monter en Normandie, dans deux semaines. Mais j’ai l’habitude. Ma maman a toujours surveillé mon poids, mes formes. Ma mère pèse 44 kilos depuis toujours… et mesure 1m55. Je suis toujours scotchée de voir sa silhouette à 65 ans… et le peu de rides sur son visage. Ma mamie est pareille. Fine et peu ridée. Moi, je suis en train de casser le moule avec mon air fané. Je ne comprends pas. Ma mamie a eu des soucis bien pires que les miens… sa mère est décédée en la mettant au monde. Elle a connu la guerre… ma mère a connu la violence conjugale… moi j’ai  subi trois fois rien à côté de cela. J’ai juste une enfant un peu maladroite à cause de sa naissance précoce… et une autre qui refuse d’être propre…

Je ne comprends pas pourquoi ma fatigue se voit autant.

Elle n’a jamais été visible sur ma mère.

Je pense que je vieillis. Tout simplement.

Je pars dimanche en vacances. En Catalogne. Deux semaines sans contrainte de ménage, de repassage… sans trajets scolaires, sans devoirs… sans repas à heures programmés… sans télé, sans internet… sans téléphone…

C’est un luxe.

Je suis contente. J’attends ce moment à longueur d’année. Il est là. Je ne le réalise même pas. Pourtant la chaleur que Bordeaux a subi cette semaine m’a mise dans l’ambiance espagnole. Une vraie canicule. La nuit dernière, c’était un vrai sauna dans notre chambre. Horrible. Je rêvais de brise, d’eau fraîche et de baignade nocture… c’était suffoquant.

On a tous mal dormi. J’ai entendu tout le monde se plaindre aujourd’hui… d’être crevé.

Je ne vais donc pas bloguer pendant un petit moment. Je vais recharger mes batteries et revenir avec plein de choses à vous dire. Je me demande des fois qui ça peut bien passionner, la vie d’une Véro et d’un Jenfi… avec leurs trois fifilles…??!!

Je vous remercie pour votre amitié, à tous et à toutes. Je n’ai jamais autant reçu de commentaires et de messages privés que cette année…

La petite fille mal-aimée et peu sûre d’elle est devenue une femme comblée. Grâce à vous, j’ai l’impression d’être quelqu’un de bien. C’est bête. Mais à travers vous, je me suis re-construite.

Je suis fière de moi, pour la première fois de ma vie.

J’ai pris des photos de mes filles. Pour m’amuser. Pour passer un moment avec elles à délirer sur un lit… en prenant des poses, en riant aux éclats, en grimaçant… elles sont en forme. Elles vont bien.
Et c’est tout ce qui compte….

Julie ne s’aime pas, mais c’est l’âge où on se trouve moche. Manon s’en fiche, elle a joué le jeu pour me faire plaisir. Zoé a bien ri, elle trouve juste qu’elle a de grandes dents….

Elles grandissent vite. Trop vite…

Bon j’y vais. Ma tisane m’attend. Envoyé spécial braille dans mon dos, Jenfi mange du chocolat adossé au canapé, la chienne ronfle sur son coussin… il fait bon ce soir. On respire enfin. Ca fait du bien.

Encore une journée de boulot, et c’est fini.

J’ai deux tags à faire. Un très ancien donné par Célinette, un récent proposé par Chocoladdict. Je suis surbookée. Demain, après le boulot, faut que j’aille réserver les livres de Julie pour la seconde, auprès de la FCPE. Puis j’ai l’ortodondiste pour Zoé. Samedi, c’est récap des valoches, des courses à amener… du ménage dans la maison… ça ressemblera à la veille de départ de l’an dernier….

Je vais faire mon possible. Mais j’ai bien peur d’être à la bourre…

Suspens.

En tout cas,  si je ne repasse pas ici, je vous souhaite de très bonnes vacances à tous!

Je vous embrasse fort.

The King of pop is dead

Il l’était pour moi. J’ai grandi avec lui. Je me souviens avoir attendu l’heure fatidique où Thriller devait être diffusé… un samedi soir… après le journal de 20h… c’était “le scoop”… je regardais les Enfants du Rock pour le voir… je faisais des chorés sur Beat it et Bad devant mon miroir de chambre… où plus sérieusement lors de mes galas de danse… je me dandinais sur Billie Jean lors des boums données par mes copines…. j’achetais ses vynils. Je chantais avec les paroles sous le nez, allongée devant les grosses enceintes de la chaîne Hi-Fi de mes parents…

Michael faisait partie de mon enfance. De celle qui fut sans embrouilles.

J’ai toujours respecté cet homme, cet artiste. Sans jamais être une groupie, à fond. Je ne l’ai jamais été pour personne. Je ne suis pas quelqu’un qui vit à travers une star. Je les juge inaccessibles. Je me contente de prendre d’eux ce qu’ils m’offrent, leur talent. Je ne cherche pas à aller au delà…

Pour Michael, j’ai suivi ses succès et ses déboires. J’ai eu du mal à croire à cette histoire de pédophilie. J’y ai senti une arnaque pour lui soutirer du fric. J’ai eu aussi le sentiment qu’il était inoffensif. Bien plus que son bourreau de père. Et que c’était un enfant, un môme. Qui vivait un conte de fée, bien des années après…

Je me trompe sans doute, je dis cela parce que je suis persuadée qu’il était plus mal dans sa tête et dangereux pour lui-même, que pour les autres.

Ces déformations physiques l’ont prouvé. Ces excès aussi…

J’ai appris sa mort en allumant ma radio ce matin, posée sur le haut de mon frigo. J’allais attraper le beurre salé, le jus d’orange. Les tartines étaient dans le grille pain, la bouilloire sifflait joyeusement…

J’y ai pas cru… au début…

Je suis touchée. La vie ne s’arrête pas pour moi, pour personne… mais j’ai comme une partie de mon adolescence qui s’envole en fumée, avec lui…

Il m’a donné le goût de la pop, de la danse, du perfectionnisme…

Je ne sais plus combien de fois j’ai dansé sur Thriller…

Je suppose que ses obsèques vont être à la hauteur de celui qu’il était.

Là où il est, au moins, j’espère qu’il est heureux, enfin…

Cette chanson est celle que j’aime le plus de Michael…

Crocodile dundee

Demain, je reçois un couple d’australiens à la maison. Au début, on devait manger avec eux dans Bordeaux, visiter un peu la ville, revenir par la maison pour un rafraichissement et un en-cas… mais nos emplois du temps à Jenfi et moi ne le permettent pas (arf, à quand la retraite??????!!!… 67 ans!… purée, pas demain la veille…)…

Donc ils passeront pour le rafraîchissement et l’encas. Je vais faire des crêpes, un gateau… acheter des canelés… car si je les fais moi, je vais deshonorer Bordeaux. Je vais mettre des binouzes au frais et pourquoi pas un petit vin blanc sucré, hein???!!!

J’sais pas, j’y connais rien en alcool.

Ce petit couple, je ne l’ai jamais vu. Ce sont des amis des parents de Jenfi. Ils se sont connus sur les chemins de Compostelle, il y a un an. Ils ont sympathisés et sont restés en contact. Ils se suivaient de refuge en refuge. Les sentiments partagés lors de ce périple rapprochent énormément. Peu importe la barrière de la langue. Mes beaux-parents y voyaient un défi physique, dans cette aventure de deux mois et demi. Ils testaient aussi leur résistance mentale…en vivant 24h sur 24 en couple… dans l’effort, le manque de confort et d’intimité… ils en sont revenus enrichis. Ravis. Du coup, ils repartent tous les ans pour une autre portion, une nouvelle. Ils ont parcouru Agen-St Jacques de Compostelle en 2008. Cette année ils ont fait Arles-Agen. Heureux. En super forme, meilleure que celle de l’an dernier. Mais ils ont rencontré moins de gens venus du monde entier. Et ça leur a manqué.

Finalement, Compostelle, c’est aller vers les autres. C’est assez joyeux dans les refuges le soir. Ca trinque. Ca mange beaucoup parce la marche, ça creuse. Ca ronfle dans les dortoirs. Donc ça gêne et ça occasionne des réveils à 5h du mat par un Suisse énervé… qui n’a pas fermé l’oeil de la nuit à cause du brouhaha qui sort de la gorge de mes beaux-parents… l’énervé décide de s’en aller tôt, sans se soucier du bruit qu’il fait, de la lumière qu’il allume. Et de la fenêtre qu’il laisse grande ouverte…

Hum, c’est chouette. Ca donne envie…

Si, ça doit être chouette. Je ne suis pas croyante mais l’effort physique m’intéresse. Le fait de marcher auprès de Jenfi avec mon baton et de gémir toutes les cinq minutes parce que j’ai mal aux pieds, soif et faim, ça m’intéresse aussi. J’ose espérer qu’il ne m’abandonnera pas au bord d’une route. Exténué.

En même temps, je suis sûre qu’on est capable de vivre ça, de se supporter.

Mais je ne veux pas rencontrer des chiens égarés qui me foncent dessus. Et des mouflons. Comme mes beaux-parents…

Bon c’est pas demain que je vais le faire non plus. Je dois bosser jusqu’à 67 ans. J’ai encore le temps….

Je reçois donc un couple d’australiens qui a fait Compostelle avec mes beaux-parents. Ils sont de Melbourne. Ils sont très sympas. J’ai eu l’occasion de correspondre avec eux par mail. Je n’ai jamais parlé à un australien de ma vie. Je connais l’accent du sud de l’Angleterre, de Londres…. Le mari de mon amie qui vit à Sheffield est écossais. J’ai réussi à m’y faire…. Au mariage du cousin à Jenfi, aux USA, j’ai réussi à me dépatouiller.

Mais l’accent australien, c’est comment????!!! Pourtant je regarde Copro à vendre (the block) sur Télémaison. C’est une émission australienne. On demande à des couples de colocs de refaire un appart…. Ca parle en français par dessus. Donc j’écoute pas vraiment.

Tout ce que je sais, c’est que les paysages sont magnifiques et que ça donne envie de vivre en Australie.

Je verrai bien demain. J’ai hâte.

J’aime parler anglais, je vous barbe assez avec ça…. même si j’ai beaucoup perdu avec le temps et le manque de pratique régulière. Je dois dire que le hasard fait bien les choses… hier, une maman m’a écrit pour me dire qu’elle me lisait. J’ai parlé récemment de mon amour pour l’Angleterre. Elle a dû tomber dessus. Ce billet a d’ailleurs beaucoup déliré dans les coms. J’avais été très surprise de l’engouement suscité. Très heureuse aussi…. Cette maman tient un blog. Elle est américaine. Elle s’appelle Amy… et je suis contente qu’elle ait croisé mon chemin.

Bon j’y vais. Faut que j’ai les neurones en forme pour demain. Déjà que je vais me taper les soldes demain matin, je risque de ne pas être fraîche. J’ai une de mes sandales d’été de l’an dernier qui a la semelle qui baille joyeusement… faut que je remédie au problème. Zoé a besoin de shorts. Manon de pantacourts. Julie de sous-vêtements… et Jenfi d’un maillot de bain. Bah oui. C’est urgent. On est allé à la piscine samedi. En famille. Y avait aussi Jo et le meilleur ami de Zoé… on surveillait les 5 drôles, Jenfi et moi, au milieu de petit bassin… accoudés sur une planche, à flotter comme des loques… Manon passait son temps à faire du sous-l’eau. Ses lunettes de plongée collées aux yeux. Même qu’on dirait une marmotte quand elle les enlève tellement ça la marque. Je flottais et elle est passée sous moi… et a sorti la tête de l’eau, morte de rire. Je lui ai demandé pourquoi elle se marrait autant. Si j’avais encore les yeux explosés par le mascara qui coule et tache. Mais non. Elle a juste dit, bien fort, pour que tout le monde en profite :

Manon : “Môman, papa il a un trou à son maillot!!!!!!!!!!!”

Moi : “Ah bon? Oh ça doit être un petit trou, une couture qui a lâché… il a un peu grossi, alors…”

Manon m’a donné ses lunettes de plongée. Jenfi n’avait pas entendu ce qu’on se disait et flottait sur le ventre, les pieds vers le fond… j’ai exploré, discrètement. Autour de lui.

J’ai failli métouffer en avalant de l’eau. Il avait un trou équivalent à une entaille faite aux ciseaux qui longe la raie du cul. On lui voyait tout… et il flottait sur le ventre depuis un quart d’heure, le pétard tout juste sous l’eau, bien en évidence… au milieu d’enfants et de jeunes parents innocents…

Je peux vous dire que ça a été comique pour qu’il sorte de l’eau. Sans qu’on lui voit le schtroumpf.

Il a longé les murs.

Donc demain, virée chez Decathlon.

Chouette journée de repos en perspective.

Je vous raconterai.

Appel en commission

Ca y est, je sais pour Julie.

Coraline

Nous sommes allés voir Coraline dimanche matin à la séance de 11h. Nous nous étions levés avec difficulté, Jenfi et moi… vu la bonne soirée passée entre voisins la veille. Les enfants dormaient encore quand on a ouvert un oeil à 9h. Julie avait assisté au concert du groupe de Jonathan jusque tard le soir, dans le cadre de la fête de la musique. Manon, Zoé, le meilleur ami de Zoé pris pour le week-end, et la petite voisine, avaient eu un bon délire petshopesque, wiiesque et playmobilesque, pendant qu’on discutait joyeusement tous sur la terrasse…chez nos voisins mitoyens. J’avais accordé au enfants de rester dans notre maison collée à celle de nos hôtes. Assise sur ma chaise, je n’avais qu’à lever la tête pour apercevoir la fenêtre de la chambre de Manon. La plus convoîtée. Et puis on les entendait se marrer…. ils allaient et venaient, entre les deux maisons…

C’était sympa. On a bien ri.

J’ai pas pu dormir aussitôt. Parce que mon coup de pompe de 23h était passé.

J’ai mis Ruquier et je suis tombée sur l’accrochage entre Zemmour-Naulleau et Francis Lalanne. J’en avais entendu parler mais je ne l’avais pas vu.

Ca m’a bien tenue éveillée. Le sujet sur lequel ça s’accrochait, je m’en fichais. C’est le regard et la violence de Monsieur Lalanne qui m’ont génée. J’ai repensé à ce que le mari d’une de mes amies d’enfance m’avait dit, un jour… il travaillait dans de grands et beaux restaurants de la côte normande… vers Honfleur, Deauville… il avait eu l’occasion de servir Monsieur Lalanne. Il en gardait un souvenir mémorable. Il parait que Monsieur Lalanne est un type odieux, pas aimable du tout. Un papa permissif qui ne reprenait pas ses enfants qui courraient autour des tables… qui voyait d’un très mauvais oeil  qu’un serveur ose s’offusquer si un rejeton manquait de le faire tomber. Un type qui se croyait tout permis quoi….

Moi j’aime pas les gens qui se croient tout permis. Je suis désolée, je suis comme ça. Si des parents viennent chez moi pour une garde de bébé, et que par hasard, ils viennent avec l’aîné… que celui-ci prend mon canapé pour un trampoline. Ma télé pour un truc rigolo avec lequel on fait joujou… et ma cuisine pour un moyen de grignotter et de boire à volonté… et que les parents laissent faire….je me dis dans ma tête qu’on ne pourra pas travailler ensemble. Je ne dis jamais rien. J’observe. Et mon verdict tombe…

Je sais, je suis pénible. Rabat-joie.

Mais avec les années, je ne regrette pas de l’être.

Je suis persuadée que ma décision vient du mode éducatif que j’ai choisi (et que j’ai subi enfant). Je ne critique pas. Je suis simplement incapable de tolérer que mes enfants dévastent un appartement chez qui on est convié…

J’ai toujours donner des consignes à mes filles. C’était le deal si elles voulaient continuer à sortir partout avec nous. Elles ne devaient pas aller dans les pièces sans qu’on les invite à le faire. Ni toucher aux objets. Ni sauter sur les canapés (vu que c’était interdit chez nous, elles n’avaient pas cette habitude)…

Je sais, je fais une fixette sur les enfants qui sautent sur les canapés.

Bon revenons à nos moutons. A Coraline.

On est parti tranquillement. Tous vêtus légèrement vu que la chaleur arrivait. On a ouvert les vitres de la voiture malgré les interdictions de notre accro à la clim (Jenfi). On a écouté De Palmas à la radio. Et on regardé les rues désertes du dimanche matin défiler sous nos yeux fatigués…

Le cinéma est à 10mns de chez nous, dans une zone commerciale. Il y avait une petite file d’attente quand on a monté les marches du CGR. Une caisse supplémentaire s’est ouverte au moment où on se dirigeait vers elle… impec…

Jenfi a pris six places. Nous avions le meilleur ami de Zoé comme invité. Un adorable petit garçon de neuf ans. Jenfi lui a tendu ses lunettes 3D. Il a paru débarquer de la planète Mars. Zoé a fait sa chef et lui a expliqué. Jenfi m’a dit qu’on pouvait les garder. Qu’on les rendait pas cette fois. Qu’on pouvait les ramener pour le prochain 3D de notre choix (Là-haut, je pense)… super. Je trouvais ça un peu excessif qu’on paye deux euros en plus par personne… à chaque film…

On s’est assis, cool. On a regardé la pub. Et la séance a enfin commencé. Toute floue. Jenfi a dit un truc du style “Oh non, moi je paye pas pour y voir que dalle!!!”, et il est sorti précipitamment de la salle obscure. Je suis restée avec les enfants, davantage tracassée par la façon dont Jenfi allait annoncer qu’on y voyait rien, plutôt que par le fait de ne rien voir.

Tout s’est éclairci d’un coup. Au moment où Jenfi a regagné sa place, tout victorieux. Et on s’est plongé dans Coraline. Subjugués.

C’était beau. J’ai adoré. Je suis fan de cet univers donc c’est normal que je sois revenue enchantée. Je comprends que ça ne plaise pas forçément. Je suis d’une génération Tim Burtonienne… j’aurais aimé écrire des livres sombres et gothiques. A la limite du gore et du romantisme. c’est ce avec quoi je compose depuis ma tendre enfance. J’avais le visage d’une petite fille calme et douce, qui suçait son pouce et trainait son doudou lapin/range pyjama dans tout l’appartement… je lisais La comtesse de Ségur et j’habillais mes poupées Bella en princesses. J’étais une élève sage. Le soir venu, je craignais celui qui me servait de papa et je voyais du sang sortir de la bouche de ma mère alors qu’il lui enfonçait un fusible dans la bouche… ou qu’il la trainait par les cheveux, allongée, gémissante, partout dans les couloirs de l’appartement… je regardais en serrant fort mon range pyjama, je tenais la main de mon frère. Des fois il me disait que j’enfonçais mes ongles, que ça lui faisait mal. Je voulais détruire ce que je voyais. Je n’avais plus aucune candeur dans mon regard. Et j’avais l’odeur du sang de ma mère dans mes narines…

Je crois que je suis ambivalente.

Mais contre mon gré.

J’ai aimé Coraline pour cette ambivalence. Cette facilité à passer d’un monde à l’autre. En plus c’est dans un univers improbable. Et moi, j’ai longtemps cru que je ne vivais pas dans le même univers que mes copines. Que ma maison était un endroit maudit. Rien que parce que je le méritais.

J’aime ce genre d’histoire. Où on est puni d’avoir rêvé d’une autre vie.

C’est tellement moi.

Je suis sortie avec la musique du film plein la tête. J’ai regardé le générique jusqu’à la fin et je dois dire “cocorico”. C’est un compositeur français. Celui des Choristes. Chapeau. Ca colle parfaitement à l’ambiance du film. J’ai particulèrement aimé le morceau qui accompagne Coraline dans son exploration de sa nouvelle maison…

J’ai lu que Teri Hatcher avait prêté sa voix. Pour la maman de Coraline certes, mais aussi pour la bande son. Faut que j’aille voir ça de plus près sur le net. Je savais qu’elle offiçait dans le groupe de l’acteur qui l’accompagne dans DH, Mike. Mais j’en sais pas plus.

Bon j’arrête. Je crois que vous avez compris que j’ai aimé.

Jenfi est allé à la commission d’appel. Réponse dans les 48 heures. Premier sentiment positif. En fait, il a bien été mis sur la table que vu qu’elle était en section européenne, cela impliquait une certaine moyenne de passage. Histoire que le collège soit à la hauteur de la réputation de cette section.

On a pris note de cette expérience “européenne”. Jenfi est revenu à 15h, soulagé, optimiste. Le jury a semblé aller dans son sens. On a bu un verre. On a dit à Julie (qui ne travaille pas le lundi après-midi et  ne va plus au soutien de maths vu que c’est fini) que ça semblait bien parti… on s’est regardé avec Jenfi et on s’est dit que tout allait bien finir. Pour Manon, qui passe haut la main en cinquième. Et pour Julie, qui a besoin de moins de pression scolaire, vu qu’elle a toujours dû être le roc de la famille, dans le quotidien…

Manon est rentrée du collège à 15h30.

Elle a posé son sac à dos et s’est amenée devant Jenfi et moi, assis à bavarder devant un coca.

Elle a dit, comme ça, en passant : “Je vais dans une cinquième européenne. J’ai été choisie. C’est ma prof principale qui me l’a dit”

Jenfi et moi, estomaqués : “Oh non!!!!!!!!!!!!!!???????????”

Manon, étonnée : “Bah j’suis contente moi. Je vais apprendre l’espagnol dès l’année prochaîne et je vais plus être avec des gens qui se moquent de moi et me traitent de singe savant…”

On a les bras qui nous en tombent.

Y a intérêt que Julie passe. Sinon on va revivre le même calvaire avec Manon.

Minnie

C”est aujourd’hui la fête de fin d’année du collège. Julie avait deux possibilités : soit être dans son traditionnel slim moir et ses converses, la mèche sur l’oeil, et l’air boudeur, soit dans un costume de Minnie fait maison, un legging blanc retroussé et des oreilles achetées chez Disneyland l’an dernier…

Vous connaissez mon amour pour la couture. Je ne suis pas une manuelle (ni une intellectuelle)… donc ça partait mal. Je commençais à lui dire de se fringuer avec sa robe de gothic lolita, achetée sur Akadaru y a deux ans. Que ça ferait l’affaire… vu qu’elle grandit d’un centimère par an, elle pouvait encore rentrer dedans !!! (oh la vilaine maman qui passe pourtant son temps à dire à Julie que tout ce qui est petit est mignon!!!!! qu’il y a Eva, Winona, Vanessa, Kheira … tiens que des A… qui sont petites et jolies) Julie m’a dit qu’elle me faisait confiance (j’adore quand ma fille prend son air rassurant pour m’encourager à faire du mieux que je peux. On dirait moi le soir de l’annonce de son redoublement!!!)…

Julie est très persuasive.

J’ai pas voulu baisser les bras.

Cependant, toute seule, j’y serais jamais arrivée.

Donc voici mon “chef d’oeuvre”. Julie va se balader comme ça dans la cour du collège, sans peur du ridicule. Et se planter fièrement devant le concert donné par le groupe de son chéri…. vers 16h… pour l’occasion.

Zoé commence à me dire qu’elle adore Clochette… (même pas peur!)

Manon aime Dark Vador et Wall-E… (euh faut pas déconner là…)

J’espère qu’elles n’auront jamais de fête scolaire déguisée… (mais non, je blague…)

Bon allez, jugez-en par vous-même….

090618 046

 

Inspiratrice et conseillère privée : Nath

Le roi de la machine à coudre : Jenfi

Mannequin : Julie

La pro du velcro et de la finition : Mamie d’Agen

Coupe et bati à la main : Véro

 

J’espère qu’elle ne va pas le craquer en levant les bras pour applaudir son guitariste préféré.

Elle va me raconter.

Ce soir, j’ai des amis qui viennent manger. Mes ex-employeurs et leurs enfants. Pierrade au programme…

Le meilleur ami de Zoé passe le week-end à la maison.

On va à la piscine demain après-midi.

On fait un apéro dinatoire pour le départ de nos voisins mitoyens demain soir. Ils vont nous manquer. Ca se passe chez eux…

On va voir Coraline dimanche matin.

On continue les travaux du garage dimanche. Juste des finitions de la partie rangement qui est finie.

Voilà le programme.

Un truc sans rapport avec le sujet. Juste comme ça. Parce que certaines m’ont reconnue et m’ont écrit en privé. Gentiment… j’ai fait une petite collaboration avec Parents Magazine de juillet. Juste comme ça, suite à une proposition d’une journaliste de l’équipe qui avait fait un dossier sur internet, auquel j’avais participé, il y a trois mois… je ne sais pas si cela se renouvellera. Je prends les trains en marche. Je ne sais jamais où ils m’embarquent…. en attendant, merci à vous pour vos encouragements. Et à l’équipe de Parents magazine, bien sûr.

Allez je file. Bon week-end à tous!

Amélie Poulain

Hier, la tension et la contrariété que je n’arrivais pas à canaliser ont fini par partir en soirée. J’étais conviée à venir voir le spectacle du petit garçon que je gardais l’an dernier. A son école maternelle. J’ai pris Zoé avec moi, laissant les deux grandes à leurs activités d’ados. Il faisait chaud. Je suis arrivée cinq minutes en avance. Grave erreur. Il a fallu tourner dans le quartier pour trouver une place… J’ai fini par dénicher un coin pas très loin de la maternelle et j’ai suivi le flôt de parents qui arrivait en tongs, bermudas et robes à bretelles fines… je me suis mêlée à la foule entassée debout, cherchant une tête blonde frisée dans les rangs de parents assis… (la maman du petit que je gardais est blonde et frisée)… en vain… ma place n’était finalement pas si mal, j’avais une vue directe sur la scène aménagée dans la cour. Zoé pouvait se hisser sur un petit poteau et être à la même hauteur que moi. J’ai regardé le décor aquatique de la scène… j’ai fait un tour d’horizon sur les visages alentours. J’y ai reconnu une amie et collègue qui est alors venue à côté de moi. Elle sentait bon, son parfum était euphorisant.

Je crois que j’ai commencé à me détendre à partir de ce moment-là. Le pouvoir de la douce chaleur d’une soirée, d’une odeur corporelle printannière, de têtes blondes hautes comme trois pommes qui se trémoussent déguisées sur une scène…

C’est ça le bonheur.

Le spectacle était adorable, sur le thème marin. Mon petit loulou devenu grand était un petit poisson bleu roi… qui nageait virtuellement sur une musique de circonstance. Des bulles s’envolaient dans le ciel bleu azur… c’était doux et mélancolique.

J’ai pris une bonne bouffée de détente enfantine.

J’ai retrouvé les parents du petit à la fin du spectacle. J’ai embrassé mon petit bonhomme devenu grand, en le félicitant. Et je suis rentrée chez moi.

Je les revois vendredi soir, pour un barbecue à la maison.

Je n’avais pas préparé le repas d’avance. Il était 20h, les filles avaient faim. Jenfi allait débaucher sous peu. J’ai attrapé des escalopes de poulet que j’ai effilé et fait revenir dans de l’échalotte. Un filet de crème fraîche, une fine touche de moutarde… j’ai failli mettre un soupçon de cidre… des pâtes et zouh. Le dîner était fait.

J’ai appelé mon frangin pour lui souhaiter son anniv. En attendant que Jenfi se pointe et qu’on mange tous les 5. J’avais déjà appelé mon frère dans l’après-midi (il est facteur, il quitte à 13h)… personne… j’ai pollué son répondeur de questions, de chants d’anniversaire. Et j’ai deviné qu’il était (encore) au cinoch. Sur les champs Elysées. Là où il traîne tout le temps. Il finit par le Virgin, histoire de se prendre le dernier coffret DVD tant attendu. Et il rentre dans son petit studio de célibataire dans le 18ème, pour ouvrir son énorme congélo et y prendre une galette surgelée jambon-fromage…

Il déguste ça en solo, assis à sa table, devant sa gigantesque télé et le Grand Journal…

Je le connais par coeur mon frangin. Je l’aime fort.

Jenfi est arrivé et a souhaité l’anniv à son beauf. Dans la foulée.

On a mangé.

Jonathan est venu pour réconforter sa douce Julie tant desespérée. Il s’inquiète. Il la bichonne. Ses parents l’ont autorisé à venir passer une heure à la maison, quand ils ont su la nouvelle du redoublement. En fait Julie et Jo n’ont pas voulu s’isoler dans la chambre. On a passé une heure à table à délirer avec eux. A tenter de desamorcer la bombe de l’échec scolaire de Julie. A parler de notre jeunesse à Jenfi et à moi… à raconter l’entretien avec le proviseur.

C’était gai, jovial. La fenêtre de notre cuisine était ouverte sur le ciel orange, laissant entrer les branches de notre laurier rose…  les voisins de l’immeuble d’en face (on a des fêtards au troisième étage) entamaient leur soirée Karaoké. On en a donc profité. Au moins, j’avais la Nouvelle Star à domicile. Risible. Mais bon enfant.

Les questions ont fusé, dans tous les sens :

Julie : “Tu le sens comment maman pour lundi??? je sais que t’as souvent des sensations prémonitoires alors dis-moi???

Jo surpris :

“Ah bon, vous sentez l’avenir???

Moi, morte de rire : “Non pas du tout, mais j’ai eu le malheur des fois de raconter mes rêves débiles au moment du petit dej… et deux ou trois sont arrivés. Et ça, Julie s’en rappelle forçément et attend les numéros du loto!!!”

Jo, les yeux écarquillés : “Oh ouais ce serait cool. Moi je me parle tout seul le soir dans mon lit. Je dis ce que je veux qui arrive, et ça marche.”

Moi, à fond : “Ah ouais!!!??? et ça marche???”

Julie qui coupe notre conversation esothérique : “Bah toi maman, tu touches du bois quand tu veux pas qu’un truc arrive. Tu croises les doigts. Tu passes jamais sous une échelle, tu flippes quand un chat noir te passe devant la voiture…!!!”

Moi, consciente de ma folie : “Bah j’y peux rien, ça me rassure de croiser mes doigts, de toucher ma tête ou du bois…”

Julie, désireuse de mettre mes secrets à découvert : “Je te vois aussi faire des trucs bizarres, maman!!”

Julie enchaîne malgré mon air inquisiteur : “Bah oui, des fois tu te lèves pour remettre droit un coussin sur le canapé… ou une serviette de bain qui penche… alors que t’es cool, allongée dans ton lit… et que ça peut attendre!!!”

Oh la vache, les mômes ne nous pardonnent rien. Je ris mais c’est ravageur de voir ses défauts à travers ses enfants….

Dois-je lui avouer que le soir de l’appel de sa prof pour le redoublement, je me suis allongée au dessus de la couette de mon lit (faisait trop chaud) devant Enquête exclusive… que j’étais assommée par la nouvelle. Donc une vraie loque… que quand j’ai regardé mon placard coulissant sur ma gauche, et que j’ai constaté que la porte n’allait pas jusqu’au bout du rail, j’ai eu un gros cas de conscience!!!????

Ca disait ça dans ma tête : “Laisse, tu t’en fous, demain matin tu vas de toute façon l’ouvrir complètement pour prendre ton soutif et ta culotte propre…. dors… regarde ta télé… arrête de te dire que si tu la fermes pas là, maintenant, tout de suite, et bah l’appel sera refusé pour Julie… arrête ça tout de suite… ARRETE!!!”

Je me suis levée pour la coulisser jusqu’au bout. Pour que Julie ne rate pas son appel.

Je suis une Amélie Poulain en puissance.

Je me mets la pression si je ne fais pas des petits bidules insignifiants de la vie quotidienne…

Je ne tourne vraiment pas rond….

J’ai toujours peur que le ciel me tombe sur la tête…

Mauvaise nuit

Je vous remercie pour tous vos commentaires concernant ma Julie. Je vais vous répondre, soyez-en sûr. D’autant plus que certaines d’entre vous ont osé mettre un petit mot… pour la première fois…

Julie ne va pas bien. Moi non plus. Jenfi encore moins. Hier soir, nous allions regarder “The constant gardener”, conseillé par ma petite Milk… enregistré la veille… quand le téléphone a sonné…

C’était la prof d’anglais de Julie, sa prof principale. Jenfi parlait peu, puis a pris une voix rauque et étonnée. Elle venait nous apprendre qu’elle ne comprenait pas. Que Julie redoublait. Qu’il fallait qu’on vienne impérativement le lendemain pour un rdv avec le proviseur…

Jenfi a reçu une douche froide. Quelque chose qui frise l’incompréhension. La baffe. L’acharnement…

Julie a eu 12,23 de moyenne générale au premier trimestre, 11 au deuxième… on savait que son histoire avec Jo avait joué sur sa baisse. Là elle semblait reprendre le dessus. Elle s’était même inscrite au soutien de maths et sa prof était contente d’elle… un 15 en maths… y a un mois. Puis un 11, on a cru rêver….

En français, elle est bonne, comparativement à sa classe. En rédac, en orthographe, y a bien pire qu’elle. Elle a la moyenne. Mais sa prof demande le redoublement.

Soit Julie ne nous dit pas tout sur ses notes. Et là, on va tomber de haut ce matin. Soit on cherche à la mettre à terre. Car elle pleure depuis hier soir et dit qu’elle regrette d’avoir autant fait d’efforts… pour rien…

J’ai peur. Je dois déjà gérer l’ébranlement de Manon.

Sa professeur d’anglais dit ne pas comprendre.

On veut faire appel.

On veut comprendre.

On se sent mal.

Manon a son conseil de classe dans une semaine.

Je suis chamboulée. J’ai l’impression qu’on va avoir la même nouvelle.

J’ai peur de cet entretien ce matin….

Fête de quartier

Ce matin, je me suis levée avec le poids de la moiteur d’une nuit d’été sur les épaules… j’aime cette sensation… j’ai préparé le petit dej tout en lorgnant mon jardin, si vert chlorophile le matin alors que dès midi, il devient paille et sècheresse.. j’ai arrosé ici et là… j’ai étendu mon linge… j’ai écouté les volets roulants se lever aux alentours… j’ai entendu ma progéniture s’étirer et bailler d’une bonne nuit de sommeil…

J’ai fait chauffer le chocolat chaud et l’eau pour le thé. Et j’ai appelé tout le monde à venir manger les tartines fraîchement toastées… dans la cuisine..

Zoé et Jenfi étaient d’humeur robotique. Dès qu’ils prenaient quelque chose sur la table, genre le beurre salé ou le paquet de céréales, ils dépliaient leur bras de façon sacadée, accompagnant cela d’un bruitage mécanique assez chiant… ça les faisait rire. Moi j’étais assise entre les deux. Manon se marrait en face. Julie me regardait d’un air de dire “Ils sont pas en progrès, les pauvres”… du coup on les a laissés délirer. Prises au jeu nous-mêmes. Et j’ai fini par secouer mon homme en lui disant :

Moi, un peu en overdose “d’homme bicentenaire attitude” : “Euh, tu devais pas aller débarrasser le jardin de nos amis, là… hein???”

Jenfi a fait un bond. Mécanique bien sûr. Et il a monté l’escalier quatre à quatre. Zoé a suivi. Toujours désireuse de continuer le délire robotique là-haut, dans la salle de bains, pendant que Jenfi allait se raser. J’ai entendu des rires fous, des bruits bêtes, puis un gigantesque gémissement de Zoé : “Oh t’es dégueu papa!!!!”

Zoé est descendue furax me dire que Jenfi lui avait jeté sur la tête la serviette dont on se sert pour le bas du corps. Comme ça, pour qu’elle la mette dans le panier à linge, en tant que bon petit robot. Du coup elle jurait que ses cheveux sentait le schtroumpf (non poétique pour le derrière, choisi par Zoé)… j’ai pris sa petite tête décoiffée et j’ai senti, pour lui faire plaisir. Alors que mon thé m’attendait.

Zoé s’est dressée, droite comme un I devant moi : “Alors, je sens le schtroumpf de papa?????!!!!!”

Mais non, mais non.

Que vous dire des samedis matins chez nous… à part que c’est le début du relâchement de la semaine….

Zoé est remontée dans sa chambre. J’ai mis la machine en route, pleine de serviettes de toilette. Julie était encore à table, à finir sa tartine beurrée. Je lui ai demandé si elle voulait que je lui fasse des petits gateaux au choc pour ce soir. Elle est invitée à la fête de quartier de sa meilleure amie. Elle a dit oui. Mais je la sentais ailleurs.

Jenfi est descendu et est parti vaillant pour débarrasser le jardin de nos voisins.

Nous n’étions que toutes les deux. Dans la cuisine.

Julie a alors commencé à me poser des questions. Sur ma jeunesse, sur mes amis. Sur le comportement de ceux de ma génération, quand j’avais quinze ans… en 1984… elle a écouté. Elle a conclu dans un souffle :

Julie : “Bon si je comprends bien t’as jamais fumé un joint et t’as jamais été saoûle???!!!”

Moi, sûre de moi : “Non, jamais de joint. La seule fois où j’ai fumé c’était aux dix huit ans de mon frère, en 1982… ma mère avait acheté des cigarettes à la menthe. Elle en achetait des fois, pour dégoûter mon père de ses traditionnelles gauloises. Elle avait gardé cette habitude pour les fêtes de famille. A table, les oncles ont voulu faire prendre une bouffée à mon frère… parce qu’il devenait un homme. J’y ai eu le droit aussi… j’ai craché mes poumons… horrible. J’ai jamais recommencé…

… pour l’alcool, je tourne vite, dès que je bois une gorgée de champagne, je suis paf, alors… et puis j’aime pas ça. Je ne prends aucun plaisir à boire de l’alcool. Ca ne soulage pas ma soif et ça ne me procure aucun plaisir. Et puis l’exemple de mon père a suffi à me dégoûter…”

Julie sait tout sur mon enfance, sur ce père qui buvait et était violent. Elle a vu une photo de lui avec son trou dans la gorge, après son cancer du poumon. Elle a été assez choquée. Je n’ai pas peur de montrer le moche. Le glauque. Le pathétique.

Ce mot, elle l’aime bien Julie. Pathétique…

Ce soir, il n’y aura pas tous ses amis à la fête. Ce sera une fête normale, d’adultes responsables. Un quartier bouclé, des tables de jardin mises dans une impasse. Des voisins qui font des quiches, des gateaux, du poulet froid… Une sono pour danser le zouk… des jardins ouverts sur des piscines turquoises… des balancelles de repos… ce sera léger et estival. Les adultes gèrent. Les ados suivent, gentiment.

Ce qui veulent du plus trash ne viendront pas.

Julie aura juste une petite partie de ses amis qui sera présente. En disant amis, je veux dire, une partie de ceux qu’elle cotoie depuis la sixième. Qu’elle considère comme “son groupe”..

Certains ne semblent plus être les enfants irréprochables qu’ils étaient.

Elle a vidé son sac, là, à table. En tortillant sa tartine beurrée dans tous les sens. Elle m’a dit que ça la bousillait de voir certains devenir d’autres personnes. Bien loin de l’image qu’elle avait d’eux. Elle est déçue, et en colère.

Moi je suis prévenante, consciente. Mais je ne peux pas régler le problème. je savais qu’elle serait confrontée à ça… un jour ou l’autre.

La vie est faite de carrefours, où il faut choisir un axe, une direction…

A la fin de la troisième, des fractions vont se faire. l’orientation va déjà décider de qui va faire quoi… de qui va aller où… ça va faire le tri.

C’est dur de dire au revoir à quatre années d’évolution. Avec les mêmes personnes. Et de se rendre compte, qu’on ne va pas tous prendre le même chemin…

Je ne peux pas vous résumer tout ce que Julie m’a dit. Depuis son bout de table. C’est ici.

Je pense que Jenfi et moi allons devoir être vigilants. Prévenants.

Elle doit faire le deuil de certains amis qu’elle aimait énormément.

Il faut qu’elle le fasse bien.

Je vais débarrasser ma table du petit dej. Je suis à la bourre.

J’avais ça à vous dire. Je sais pas pourquoi. Fallait que j’en parle…

Bon week-end chez vous…

Le malheur des autres

Ce soir, je voulais répondre à tous mes coms. Notamment à ceux sur “handicap”… où vous êtes tous si gentils, si réconfortants avec moi. Où je sens dans chacun de vos mots que vous êtes contents pour moi. Comment vous dire le bien que vous me faites, hein???… Merci…

Je voulais écrire à Plouf, Mèreàlanoix, Val… Lydia, et tant d’autres… j’avais dit à Jenfi que je mettrais la Nouvelle Star en fond sonore. Juste parce que je veux tout de même connaître la fin. Juste parce que ça s’écoute plus que ça ne se regarde. Je voulais poser ma tisane à côté de mon ordi, mettre une lumière tamisée. Savourer l’état dans lequel je suis depuis mercredi dernier : sereine, apaisée. Je voulais vous dire qu’une bonne nouvelle ne vient jamais seule. Que je vais avoir un planning de rêve avec les trois enfants que je vais garder à partir de septembre. Qui me permettra de gérer la kiné de Manon. Je voulais vous dire que je ne travaille pas ce début de semaine, parce que des soucis de santé touchent mes employeurs ou leur enfant. Je voulais vous dire que du coup j’ai attaqué la confection du costume de Minnie pour Julie. Que nous avons préparé le garage, Jenfi et moi, pour l’enclenchement des travaux prévu ce week-end.

Je voulais vous dire que je n’ai plus mal à l’estomac.

J’avais tout préparé dans ma tête. J’y pensais en faisant les ronds blancs sur le tissu rouge du costume de Julie, à l’aide de mon bouchon en liège. Le soleil chauffait dehors, j’avais ouvert la fenêtre de la cuisine. J’avais tout étalé sur la table… Jenfi coupait la haie de lauriers roses dehors. Paisible, en bermuda. Je me disais que c’est bizarre comme une nouvelle positive en entraîne une autre… comme la roue finit par tourner. Je me disais que je me suis encore rendue malade pour rien. Que nous retombons toujours sur nos pattes. Je voulais vous dire combien j’étais heureuse que Manon soit gaie comme un pinson… que Julie a adoré les dix-huit ans du frère de Jo… que Zoé reprend le contrôle de son encoprésie.

Je voulais…

Ma séance de couture allait commencer quand le téléphone a sonné. Il était 16 heures. J’avais encore un peu de temps avant d’aller chercher Zoé à l’école. Je voulais me faire un thé à la menthe, en proposer un à Jenfi. Je voulais faire mon batis. Mais j’ai décroché, forçément.

C’était ma collègue et amie. Celle qui a baptisé sa fille il y a dix jours. Nous nous appelons souvent. Pour nous donner rendez-vous au parc avec les petits. Pour aller chercher le pain, équipées de nos poussettes de compétition… pour faire jouer les enfants ensemble, tout simplement, à la maison. Là, ce n’était pas une heure où on s’appelle pour se voir. C’est celle où on réveille tout le monde de la sieste et où on prépare les goûters avant la sortie scolaire. Je me suis doutée qu’il se passait quelque chose.

Elle appelait sur mon portable. Elle appelle d’habitude sur le fixe.

J’ai senti qu’elle était dans un lieu public. Elle était calme, posée. Mais j’avais comme le sentiment que je devais me taire. Et attendre qu’elle parle.

Elle m’a demandé de suite : “Tu es chez toi, là???”

Moi : “Oui oui…”

Elle, de suite : “Peux-tu récupérer ma fille au car scolaire ce soir? Je ne peux pas y être. Je suis à l’hopital. Mon mari a eu un accident de travail. Il est au bloc opératoire.”

Moi, qui tombe des nues : “Quoi?????????? C’est grave, que s’est-il passé???”

Elle, incroyablement calme : “C’est un foret de perceuse, il l’a pris dans l’oeil, sur son travail… je veux attendre qu’il sorte du bloc opératoire pour savoir ce qu’il en est. Ca ne te dérange pas de me garder ma fille ce soir????”

Moi, perturbée : “Non, ne t’en fais pas. Tu passes le temps qu’il faut à l’hopital, elle reste avec nous. Je peux la faire dormir chez moi. Tu ne te soucies de rien, tu restes auprès de ton mari…”

Elle, toujours calme : “C’est gentil, merci. Je te rappelle dès que j’en sais plus. Euh, ne dis pas trop brutalement les choses à ma fille. Explique-lui que si elle te demande, d’accord???”

Moi, un peu ébranlée : “Oui, ne t’en fais pas”

J’ai récupéré la puce. Elle est adorable. Elle a l’âge de Zoé. On a papoté devant une limonade fraîche. Elle a voulu savoir ce que j’avais eu pour ma fête des mères, j’ai voulu savoir ce qu’elle aimait manger. Elle a joué aux playmos, aux Sim’s, à croque-carottes avec Zoé. J’ai fait des pâtes à la carbonara avec du rapé, son plat préféré. Mon amie a rappelé, son mari était sorti du bloc et elle attendait son réveil. J’ai raccroché rassurée et j’ai expliqué à la puce ce qui se passait. Sans l’alarmer.

Son papa a déjà eu un grave accident de moto il y a quelques années. J’ai senti qu’elle avait appris à se blinder. Qu’elle avait déjà vécu un épisode hospitalier le concernant. Je lui ai caressé la joue en lui demandant si ça allait… elle a dit oui et elle est repartie jouer.

Mon amie est venue la chercher, il y a une heure. On a parlé au salon. Elle était éreintée. Elle avait dû partir en trombe dès qu’elle a su, en appelant vite les parents des enfants qu’elle garde pour pouvoir se libérer. Ne sachant plus où étaient les numéros de téléphone, un crayon, un papier…

Mon amie est forte. Moi, je ne faisais que l’écouter ce soir, les mains croisées sur mes genoux. La télé était allumée, en sourdine. Je lui ai proposé à boire.

Jenfi et moi avons cru comprendre que c’était grave. Les chirurgiens n’ont pas voulu se prononcer ce soir. Mais mon amie dit que l’oeil est probablement fortement touché. 

Mon amie va avoir le contre-coup. Là je la sens forte, tenue debout par une forte dose de caféïne et de sang-froid. Mais je m’inquiète pour elle.

Demain, elle bosse. Tôt le matin. Je lui ai dit que j’étais là, si elle avait besoin d’aller à l’hopital. Mais je sais qu’une famille ne peut pas confier son enfant comme ça, à une assmat qu’elle n’emploie pas d’habitude.

J’espère que la bonne étoile qui brille au dessus de ma tête depuis une semaine, va traverser mon impasse pour aller scintiller sur le toit d’en face. Celui de mon amie.

J’ose être optimiste quant au diagnostic.

J’ai du mal à réaliser. Il y a huit jours, je trinquais avec son mari, suite au baptême de leur fille, assise face à lui dans leur jardin. Il faisait chaud. les Girondins venaient de remporter le championnat de France. Il y avait dans ses yeux un malice et une vraie joie de vivre. Il se disait heureux d’aller bien depuis qu’il avait arrêté de fumer.

C’est con la vie. Du jour au lendemain, tout peut basculer.

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