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Bannière

Bon, voilà ma bannière définitive. Je pense que c’est plus réglo comme ça. Julie a écouté les tons que je voulais, le style, et elle a bien oeuvré je dois dire… (en même temps, c’est ma fille, donc je pense que je suis mal placée pour la critiquer…)…

Donc ça va rester comme ça.

Je rends ce qui appartient à la très douée Candy bird, que j’aime beaucoup.

Sinon tout va bien. Je vais répondre à vos si gentils coms avant de faire ma « tranche de vie 2″. Merci pour vos bons mots. Ils me portent toujours vers le haut. Vous êtes une sacrée béquille pour moi.

J’ai eu une baisse de régime, sûrement un coup de fatigue dû à l’hiver, au froid. Jenfi m’a filé sa crève et j’ai passé ma semaine à colmater, à tourner à deux à l’heure. J’ai sûrement aggravé mon cas en attendant le car des copains de Zoé vendredi dernier… en plein vent… en soirée… en pleine nuit…

Mais ça va bien. La petite famille continue son petit train train… Manon a ramé avec les fractions en maths. Mais la prof est passé à autre chose. Donc elle retrouve le sourire et la confiance en elle dont elle maqnue tant. Zoé a retrouvé sa classe avec un bonheur visible et un soulagement réel. Elle appréhendait cette classe de neige à laquelle elle ne participerait pas. Elle a de nouveau la pêche. Julie est repartie dans la confection de vêtements pour ses BJD, et elle peaufine le planning de notre future escapade à Disneyland, à Pâques….

Bref, ça roule.

Moi je regarde MTV le week-end en cuisinant, comme ce matin (la chaîne de déco realtime a cessé d’émettre. Je redeviens accro à la musique du coup…) Je me délecte de voir Beyonce danser. En semaine, je me larve devant le Mentalist et Médium. Nous avons également entamé une nouvelle série trop démente, qui s’appelle Big Bang Theory. C’est pile poil raccord avec les gros geek que j’ai à la maison, fans de Wow…. (Manon, Jenfi, Julie… et Jonathan!!!)…

Je continue de refaire la déco de ma chambre. Petit à petit…

Demain matin, on va au ciné voir Planète 51…

Bref, le train train.

Je vous laisse. Ce soir, nous avons des amis à manger. Faut que je mette mon wok en route…

Bon week-end chez vous!

Parenthèse

Juste un petit mot avant de vous balancer ma « tranche de vie 2″…
Je sais que ça va prendre du temps à rédiger… et là, j’ai manqué de temps…
Un mercredi à courir entre le kiné pour Manon et une séance de fasciathérapie pour l’encoprésie de Zoé…  Un jeudi et un vendredi de travail avec un petit mari malade à la maison (atteint d’un combiné rhinite allergique-sinusite-migraine ophtalmique)… Une météo ventée et pluvieuse, glaciale aussi… une pleine lune qui enveloppe de mélancolie…

Bref, pas la frite.

Pour m’achever, j’ai regardé un film hier soir (merci canal+ à la demande), qui m’a bouleversé… il s’appelle « Darling« …

J’ai ressenti un malaise bizarre. Un truc qui me portait vers le haut et me faisait comprendre que j’avais eu une sacrée jolie vie à côté de cette femme (le film est inspirée d’une histoire vraie. Darling existe vraiment)… que y avait pire… que je dois m’estimer drôlement heureuse…

J’ai pas eu une enfance si dure finalement…

Mon malaise a continué toute la journée. Comme si cette histoire, ce film me rappelaient des choses douloureuses et me montraient combien il y avait des crans dans la misère sociale et alcoolique… Et le cran que j’ai connu, il est vivable, acceptable… j’ai traîné ma carcasse toute la matinée. J’ai eu plein de calins des petits que je garde, comme si ma tristesse morale était perceptible et insinuait qu’on me cajole… ils ont été adorables. Ils me donnent la pêche. L’envie d’être vivante.

Une lettre est arrivée ce midi. Elle venait de la maison du handicap. On l’attendait depuis longtemps. C’est un peu le feu vert qu’on attendait pour enclencher les soins pour Manon… soins (non pris en charge) que le plan de scolarisation implique… j’ai lu une ligne plus foncée, plus distincte, qui disait que Manon avait un handicap estimé entre 20 et 45%… et en dessous, ça disait que nous n’avions le droit à aucune allocation pour enfant handicapé… aucune aide. J’ai été moyennement surprise… par le fait qu’on ne nous donne rien… j’ai été abattue par la tranche d’handicap dans laquelle se trouve Manon…

J’ai de nouveau senti mon malaise revenir.

Ce  soir, la classe de CM2 de Zoé revenait de ses quinze jours à Luz St Sauveur. Zoé voulait les accueillir, elle s’est beaucoup ennuyée d’eux. J’y suis allée, en plein froid, en pleine nuit. Fatiguée. Zoé sautillait partout avec la soeur de son meilleur ami… le chapeau sur les yeux, les joues rougies… le regard perdu vers le haut de la rue en attente d’un car qui se pointe… je suis allée me mettre à l’abri du vent et j’ai salué les autres parents… A un moment, l’un d’eux m’a demandé avec surprise :

« Mais c’est Zoé qui court dans l’herbe là-bas??? Elle n’est pas partie avec eux???? »

Personne ne savait.

J’ai expliqué. Mais pas dans les détails non plus.

La conversation a repris au fur et à mesure que certains parents rejoignaient le groupe de frileux que nous formions. J’ai mis mes mains dans mes poches et j’ai commencé à sentir les muscles de mon dos se contracter avec le froid…

J’avais hâte que le car arrive.

Surtout quand j’ai entendu tout ça :

« Ahlala, ils vont en avoir des choses à nous raconter… »
« C’est génial un tel séjour, ils en parleront toute leur vie… là, ils ont fait un sacré stock de souvenirs et de bon air… »
« C’est important qu’ils partent loin de nous… ça leur forge le caractère, ça leur apprend la collectivité… et ils vont savoir faire du ski… »
« Ils vont pouvoir en parler ensemble longtemps, ça va avoir créer des liens forts entre eux… »

Je ne disais rien.

J’ai revu la lettre de la Maison de handicap dans mon esprit… j’ai revu une scène du film Darling où elle se prend un fer à repasser dans la tronche et tombe d’un escalier, enceinte (ma mère est tombée dans l’escalier familial alors qu’elle était enceinte de moi, poussé par mon père… je suis donc née à sept mois et demi)… j’ai regardé Zoé courir au loin, du haut de son mètre vingt neuf et de ses 24 kilos… on aurait dit une enfant de CE2… elle n’a pas la taille de ses camarades de classe…

Elle n’aura pas les mêmes souvenirs non plus… ni les mêmes liens…

Mais c’est comme ça.

Je suis pleine de rancoeur ce soir. Je ne devrais pas.

J’ai eu une sacrée chance par rapport à cette pauvre Darling.

Ma vie est belle.

Faut juste que je me secoue.

Tranche de vie

 

Hier midi, à table, devant un repas chinois, la discussion tournait encore et toujours autour de notre hypothétique virée à Disneyland (virée envisagée à la fin de notre escapade havraise, chez mes parents, à Pâques)… Julie prend ça très/trop à coeur. Elle cherche partout l’affaire du siècle, genre les deux jours dans les deux parcs, plus une nuit à l’hotel Davy Crocket pour 400 euros maximum (ce qui est déjà pas mal,vu qu’on est considéré famille nombreuse)… elle ne trouve rien et elle desespère. J’avais vu une super offre sur Vente privée y a un mois, mais c’était bon pour un week-end réservé avant le 23 mars (Pâques est fin avril)… et c’était hors vacances scolaires (bah voyons)… bref j’en ai marre. Disneyland, c’est la peau du cul. Pourquoi ai-je conçu mes filles alors que je vivais à deux pas de ce fichu parc???? (je vivais à Noisy le Grand)…. pourquoi sont-elles folles de ce Mickey à la gomme??? (on a proposé le Futuroscope, Astérix… on a eu trois tronches de cake en prime)…

Je sais pas. C’est un truc que je ne m’explique pas.

C’est comme l’adoration de Julie pour la bouffe chinoise. Je comprends pas. On l’a conçue un mois après notre voyage de noces en Thaïlande… ok… mais quand même!!!

Y a des trucs bizarres. Des choses qui passent dans le sang… on sait pas comment…

Donc on mangeait nos nems avec notre feuille de salade pour ne pas se cramer les doigts… on trempouillait dans la sauce… quand Julie a balancé qu’on aurait jamais dû quitter Paris. Qu’on habiterait à deux pas de la gare de Lyon, donc du RER  A qui va à Marne la Vallée.. qu’on aurait un pass annuel. Et que ce serait génial.

Ok. On a quitté Paris en 2001, après dix années de bonheur et de vie trépidante. On a cru bien faire. On était en proie à une overdose de pollution, à un manque de verdure… on était asphyxié par le montant de notre loyer et de notre place de parking… on avait le bourdon à chaque fois qu’on remontait du Sud Ouest fin juillet. On arpentait la coulée verte avec une nonchalance évidente, sous la chaleur d’août… on avait les mains constamment sèches, les pieds crasseux par le gris des trottoirs… on se sentait davantage sales à Paris qu’en province. Le bruit nous harcelait… la vie parisienne nous pesait…

On était jeunes parents. On avait fait le tour du Parc floral quinze fois… du Lac de St Mandé… de la coulée verte en bas de chez nous… du parc de Bercy que j’adorais (je rêvais de gagner au Loto et d’y acheter un des apparts qui surplombent ce coin de verdure…)… du Zoo d’Austerlitz… de la piscine en plein air de Créteil…

On avait fait le tour.

Enfin on croyait.

On était persuadé que Paris était fait pour un couple sans enfants. Qu’il était plus que temps de mettre les voiles… on avait pourtant nos frères et soeurs sur place. C’était bien de les voir quand on voulait. Mon frère dans le 18ème, mon beau-frère à la caserne de Champerret dans le 17ème… (ma belle-soeur a été mutée sur Paris en tant qu’instit après notre départ… pas de bol)….j’aimais bien les rdv du mercredi avec ma belle-soeur Virginie et son petit garçon. On papottait, on se faisait un petit repas entre filles en laissant Julie, Manon et Loîc étaler leurs playmos partout sur le tapis du salon… Zoé était bébé, j’étais en congé parental… on se tirait les cartes, on regardait « C mon choix » en prenant un café… puis on partait en vadrouille avec nos mômes sous le bras, soit au parc de l’arsenal à la Bastille, soit à la pelouse de la piscine de Reuilly. Le jeudi, c’était mon frangin qui venait après sa tournée et son repas à la cantine PTT… il arrivait vers 15h, sans sonner à ma porte pour ne pas réveiller Zoé… on prenait un café en lisant ses cinélive et en regardant les chaînes d’info/ciné commentées à l’époque par le toujours excellent Laurent weill… puis on partait en vadrouille, sur la coulée verte. Notre complicité de frangin/frangine faisait qu’on était capable de parler du passé comme du dernier Depêche Mode qu’on trouvait méga génial. Sans se formaliser, sans se rendre compte qu’on passait du grave au futile. On rentrait quand Jenfi arrivait du boulot. On se faisait un repas à trois une fois les nénettes baignées et lovées sur le canapé devant la vidéo du Roi Lion… vêtues d’un pyjama fourré.

J’aimais ces moments-là.

Je suis heureuse à Bordeaux. Mais ces moments avec la famille me manquent horriblement. A tel point que je me suis renfermée dans un espèce de cocon ici. Dans un drôle de mutisme aussi. Je les appelle très peu. Pourtant je pense à eux. Mais je n’ai pas le réflexe de décrocher mon téléphone. Ou plutôt, j’ai le blues si je le fais… en plus, je me rattache à ce blog en y mettant mes humeurs, et en sachant que ma belle-soeur me lit… donc elle a des nouvelles. Je me dis donc que si je l’appelle, elle ne va rien apprendre de neuf. C’est stupide. Mais je suis comme ça. Plus à l’aise sur mon blog, qu’au bout du fil…

Mon frère ne me lit pas. Du moins plus… enfin je crois. Je pense qu’il me connait trop et n’apprend rien ici.

Mais revenons à Paris. A cette ville que nous avons quitté en 2001 pour une banlieue rouennaise… verte, isolée… c’était ce qu’on souhaitait. C’est vrai. Je n’avais pas le permis, j’étais habituée à avoir tout sous la main : écoles, magasins, médecins… j’ai vite vu que la province, ce n’était pas si cool que ça. Dès que les infos commençaient, et que les images sur Paris défilaient, je chiailais. Jenfi était perdu, il avait tout fait pour avoir ce poste à Rouen. Il me trouvait si taciturne sur la fin de notre vie parisienne… il croyait avoir bien fait.

Je ne sais pas pourquoi quand ça va mal, faire table rase semble évident pour balayer les problèmes… car le problème, c’était mon épuisement face au comportement bizarre de Manon… face à son échec en maternelle. Je rejetais la faute sur une position géographique, sur un choix de vie qui nous coûtait trop cher… c’était absurde.

En vieillissant, j’ai compris que j’avais fui une réalité qui n’était pas si mal… en fait, c’était Manon que je voulais fuir. Pas Paris.

Mais on l’a fait. Et on ne doit rien regretter. On a pu revenir vivre après Rouen, dans ma bonne vieille ville du Havre, et se forger une opinion… rien que ce détour, il fallait que je le fasse. Pour tirer un trait, et pour aller de l’avant.

Mais Julie regrette. Même si elle sait très bien que vivre à Bordeaux est cool. Elle ne voit que le bon côté de Paris : les musées, Versailles, la Tour Eiffel, Disneyland, son quartier d’Aligre qu’elle aimait tant, les grandes écoles… les concerts, les spectacles, les cinés…

Je me rends compte que Paris n’est pas fait que pour les célibataires ou couples sans enfants. Il est fait aussi pour les ados en quête de vie trépidante. Comme Julie.

On y est retourné peu de temps après notre arrivée en banlieue rouennaise, dans ce Paris que je souffrais de voir au JT… c’était le Printemps, c’était en 2002… nous avions convenu d’une visite à la caserne de Champerret chez le frère de Jenfi. Une expo sur les vieux trains se trouvait sur les Champs Elysées, Jenfi voulait y faire un tour par la mêm occasion… les filles étaient ravies de retrouver leur cousin, l’effervescence de la capitale… nous avions pris un coup de thé vite fait en arrivant à la Caserne et avions entrepris de partir vite pour éviter la foule sur les Champs… visiter en fin de matinée nous semblait bien. Après, on mangerait un truc vite fait. On projetait de se goinfrer une Haagen Dazs et on comptait revenir à la caserne en milieu d’aprem afin qu’on se détende avant de regagner Rouen… on était heureux, sur les starting blocks. Nos habitudes de parisiens d’adoption revenaient au fur et à mesure qu’on arpentait les trottoirs pour se rendre au métro. J’étais bien, dans mon élément. Et en même temps, je trouvais que ça grouillait de partout, que c’était bruyant.

Jenfi comptait sur cette visite pour me sevrer et me faire mieux apprécier ma vie rouennaise.

Il ne pensait pas si bien faire…

Nous sommes montés dans le métro. Je me tenais accrochée à la poussette canne, Zoé y végétait en tétouillant son doudou préféré. Julie était près de  Jenfi et de son oncle. Ma belle-soeur était à mes côtés avec son fils. On regardait les stations défiler en papottant. Manon m’avait juste demandé en entrant dans le wagon, un truc qui m’a semblé insignifiant : « Y a combien de métro, maman??? » J’avais juste répondu  »Un » sans me soucier du sens profond de la question de Manon.

Pour moi, on prenait un seul métro, sans changement de ligne.

Pour Manon, on n’avait qu’une seule station à attendre.

Alors que je parlais avec ma belle-soeur et remettais la tétine de Zoé dans sa bouche, le son strident de la fermeture imminente des portes du wagon a retenti… j’ai levé les yeux vers l’inscription murale affichant le nom des stations et j’ai baissé le regard lentement. Les portes se sont refermées et  le quai a commencé à disparaître sous mon regard nonchalant… quand j’ai aperçu le visage blanc et livide de Manon… derrière les vitres du wagon.. seule sur le quai… pétrifiée…

J’ai senti mon coeur battre la chamade, mes mains devenir moîtes et j’ai juste entendu ma voix hurler un « Manon est sortie du métro sans nous!!!!! »…

Le métro a continué d’avancer… j’étais paniquée…

Une chose est sûre. je n’avais plus les réflexes de la parisienne que j’étais…

J’étais sevrée…

Peau neuve

Nouvelle année, nouveau look. Ca fait du bien de changer. C’est comme la déco, le fait de bouger les meubles (pour généralement revenir aux emplacements de départ, dirait Jenfi avec un soupir qui en dit long), donne l’impression d’avoir un nouvel intérieur…

Mon blog avait besoin d’un petit relooking.

C’est Julie qui s’y est collée. Elle connait ma passion pour Misstigri. Mais par respect pour cette illustratrice que j’aime beaucoup, nous n’avons pas emprunté d’images de ses oeuvres pour réaliser ma nouvelle bannière. Je sais que des abus ont nui à son talent. Donc elle se protège et je le comprends tout à fait. Julie a donc pris des images de Candy Bird, que j’aime énormément aussi. Le copyright figure en haut de la petite table ronde, en bleu ciel. Je pense avoir fait les choses dans les règles. J’ai cherché à voir si Candy Bird avait un blog pour lui demander l’autorisation. Mais je n’ai rien trouvé.

Si ma bannière disparait, ce sera parce que j’ai emprunté ce qui ne m’appartient pas. Normal.

A part cela, que vous dire? Ca va bien. Zoé a survécu au départ (sans elle) de ses camarades de CM2 pour la classe de neige (15 jours à luz St Sauveur). La cause de son absence à ce séjour se résume en un mot qui nous pourrit la vie depuis ses trois ans, âge de l’acquisition de la propreté : son encoprésie. Je ne vais pas vous faire le coup de la mère qui en marre parce qu’elle se trouve face à une pathologie plus forte qu’elle… Je ne vais pas vous dire que j’en suis arrivée à mettre le blog de Zoé en stand by tellement j’en avais assez de ne pas apporter de solution concrète aux nombreux parents qui me contactaient… je ne vais pas vous dire que Zoé a repris la fasciathérapie à raison d’une séance par mois…  je ne vais pas vous dire que c’est marrant de constater que quand une va mieux (Manon), l’autre se dépêche d’aller mal (Zoé)…

Non, je ne vais pas faire un débat sur l’encoprésie et ce qu’elle suscite en moi.

Je suis juste un peu sensible de l’estomac. Mon point faible, semble t-il…

Que dire d’autre… que nous avons comme dans toutes les familles, des grands bonheurs et des grands desespoirs. Une naissance outre-atlantique pour le côté joyeux… un coma quelque part en France qui conduira probablement à un état végétatif, pour le côté sombre… la vie est ainsi faite. Je dois dire que du côté de Jenfi, certains cousins ont une poisse incroyable… pendant que certains nous font toucher le rêve américain du bout des doigts, d’autres font la une de douloureux faits divers… c’est comme ça.

Je ne peux pas rentrer dans les détails. Je parle davantage de ma branche familiale à moi, car elle m’appartient. Celle qui touche à Jenfi est davantage flouttée… par choix… par respect.

Toujours est-il que certaines familles ont vraiment la poisse. Dans ma famille paternelle (la vraie, la biologique), il y a eu un cas assez proche de ce que certains connaissent du côté de mon homme… à savoir la perte de nombreux enfants dans une même fratrie. Mon vrai papa avait un frère. Qui n’avait pas le même père que lui d’après ce qu’on a bien voulu m’en dire. J’ai déjà bien du mal à y comprendre quelque chose, sur mes ancêtres… mais là, c’est le pompon. J’y pige que dalle. D’où vient ce frangin plus âgé, décédé avant ma naissance???? j’en sais rien… toujours est-il que cet homme a eu une femme, sept enfants… et je me souviens juste de cette femme… de la belle-soeur si dévouée envers ma maman (elle avait épousé la copie conforme de mon père)… de mes cousines… d’un cousin… je me rappelle juste de trois enfants donc. Car les quatre autres sont décédés alors que je devais biberonner ou atteindre mes trois ans… autant dire que je n’ai aucun souvenir d’eux. Je sais juste que deux d’entre eux, les aînés, sont décédés d’overdose. Un autre a eu une insolation en plein mois de juillet, alors qu’il jouait dans un bac à sable. Le dernier s’est fait écraser par une voiture en traversant la route en bas de son immeuble… (dans les années 70, les mômes jouaient dehors sans surveillance… la clé de chez eux autour du cou… le survet troué… )…

Bref, il en restait donc trois, deux filles et un garçon.

La dernière fois que je les ai vus, c’est aux obsèques de mon père, en 1991.

Ma mère avait coupé les ponts après son divorce. Les revoir fut douloureux, car le sort continuait visiblement à s’acharner. L’une de mes cousines se relevait tout juste d’un grave accident de voiture. Les séquelles de son traumatisme cranien étaient visibles…

Je me demande pourquoi certaines familles en prennent autant dans la tronche. Du côté de Jenfi, c’est un peu pareil, sur six enfants, deux sont décédés dans des conditions atroces, un est dans le coma…

Je me dis que je suis en train de faire le billet le plus réjouissant qui soit et que je dois passer à autre chose, non?

Bon, sinon tout va bien. Je refais la déco de ma chambre. En blanc, taupe et une touche de rose… je vous montrerai quand ce sera fini. Je publierai un espèce d’avant/après si c’est possible…  ça vous donnera une idée. Bien sûr, on fait avec les moyens du bord. Donc avec pas grand chose. On a un budget  « vacances » assez conséquent cette année, à respecter… on monte au Havre à Pâques, et on passe chez Disneyland en redescendant à Bordeaux… (mouais, c’est une maladie chez nous… on est accro à Mickey)…on comptait faire ça en repartant de Normandie le samedi matin… dans l’idéal, on se pointait au parc pour 9h30, à l’ouverture. On y passait la journée. On dormait le soir à davy Crocket (seul hotel acceptant les familles avec trois enfants)… le lendemain matin, on profitait de la piscine de l’hotel, de la ferme qui le décore… des magasins (j’ai des filles qui aime le shopping Disney)… et on regagnait Bordeaux ensuite, en quittant Paris vers 15h…

C’est juste pas possible. Toutes les offres avec nuit d’hotel comportent deux jours de parc obligatoires… et on doit se taper le tarif pour les deux parcs, même si on veut en faire qu’un… bref, c’est de la vente forcée. Rien n’est fait pour des provinciaux qui ne peuvent pas redescendre chez eux autrement qu’un dimanche… et qui ne veulent faire que le parc principal…

Du coup, ça va se finir en escapade d’une journée, en milieu de semaine…

Je le sens bien.

Après ça, on a le budget Catalogne à honorer. On a plein de sorties à faire… et on veut pas se serrer la ceinture comme les autres mois de l’année…

C’est vrai, y a rien de plus dur que de se freiner devant une glace ou un petit resto quand on est en vacances… déjà qu’on le fait à longueur d’année en se tapant du Mac do parce qu’un vrai resto à cinq, ça coûte la peau des fesses.

Bon, je pense que vous voyez ce que je veux dire.

Bon allez, j’arrête là.

C’est pas parce que ce matin, je ne travaillais pas (y a grève des instits, des profs…) que je dois glander à mort.

Demain matin, je ne travaille pas non plus. Direction Alice pour des bouquins scolaires pour Julie, et Ikea parce que c’est en face d’ Alice et que ce serait trop bête que j’aille pas y voir les soldes.

Mon rôti crame dans le four.

J’y vais.

Ressenti

L’épisode « retrouvailles », dont je vous parlais dans le précédent billet, semble prendre une bonne tournure. La jeune fille a eu les coordonnées informatiques de son papy. J’ai pris soin avant de les lui communiquer, d’avoir l’accord de mon papa/bis. Je sais trop combien il est risqué de prendre une décision sans lui en parler.

Et puis je l’aime trop pour le trahir.

Il semblait heureux, ému. Je l’ai appelé mardi, après avoir bien pris mon souffle et après m’être débarrassée de ma trouille de toujours mal-faire… il a terminé la conversation par un encourageant « Je pense que j’accepterai de revoir mon fils si ça se passe chez toi quand on viendra cet été… »… ouf. J’ai senti ma respiration reprendre et une espèce de légèreté a envahi mon salon. J’ai raccroché guillerette. J’ai tout raconté à Jenfi… Et depuis je laisse les choses se faire sans moi… ils peuvent se contacter par mails. Je n’ai pas à savoir ce qu’ils se disent. Je n’ai été qu’une intermédiaire dans tout ça… une passerelle.

Et c’est bien comme ça. Je n’ai pas la carrure suffisante pour être autre chose…

Je finis ma semaine contente. Je le suis toujours en général. J’aime l’idée du samedi qui pointe son nez… c’est mon jour préféré. Il est celui où je peux me lever tard, faire les courses, le ménage, si ça me chante… inviter ou être invitée le soir… bricoler, jardiner… regarder un DVD… sortir au ciné ou faire du shopping. Peu importe. L’idée que ce que je n’ai pas pu faire pourra être « encore » réalisé le lendemain me rassure. Le dimanche est sécurisant. Il décomplexe de flinguer un samedi en l’air… le dimanche a juste un défaut : il sécurise jusqu’à 17h. Après il met l’angoisse, le cafard. Ca y est. La reprise de la semaine s’annonce… c’est le moment du bilan, de tout ce qui aurait pu être fait et qui ne l’a pas été…

Je suis une éternelle insatisfaite. Une oisive.

Ce soir, nous sommes invités. Chez des amis de longue date… je travaillais avec le « monsieur », quand j’étais postière. J’ai déjà parlé des deux amitiés que j’ai lié lors de ma courte carrière de guichetière. Ces deux couples (devenus parents) comptent beaucoup pour moi. Ils ont commencé comme Jenfi et moi… célibataires… détenteurs d’un concours administratif… téléportés sur Paris pour bosser… mariage, enfants… désir de mutation… construction de maison… bref, nos vies sont presque similaires même si à départ équivalent, nos carrières et nos choix familiaux ont pris des chemins radicalement différents…

C’est là qu’on voit qu’avec les mêmes cartes en mains, les destins peuvent prendre des tournures opposées…

Je suis contente de revoir l’un de ses couples ce soir. Ces amis vivent sur Bordeaux, ils en sont originaires. Ils ont trois fils du même âge que mes filles. Ils sont toujours postiers. Ils vont bien. Ca roule. Et c’est tant mieux pour eux.

L’autre couple vit en Ardèche. Et c’est malheureusement moins pratique de les voir… ils me manquent beaucoup.

Avant, on se faisait des vacances en commun. On partait hors saison au ski avec les petiots. On se rejoignait l’été dans les maisons familiales du Lot ou d’Aubenas. On passait de supers bons moments. On pouvait mettre nos enfants ensemble, à jouer, à dormir, à manger. Ils ne bronchaient pas et s’amusaient avec l’insouciance de leur jeune âge. Maintenant les choses ont changé. Les caractères se sont affirmés. Les affinités que nous pensions indestructibles, nous les parents qui les avions collés ensemble dès leur naissance, ont fondu comme neige au soleil. Ils se tolèrent. S’entendent bien. Mais ne sont pas les meilleurs amis du monde.

C’est fou comme les enfants de nos amis ne deviennent pas des amis (vous me suivez là????)

Donc ma marmaille va nous accompagner ce soir, poliment. Mais ne va pas forçément passer une aussi bonne soirée que mon homme et moi. Nous, les adultes, nous avons plein de trucs à se dire (ça fait un an qu’on ne s’est pas vu)… je vais m’extasier devant les dernières touches de déco de mon amie. Faire l’étonnée devant la grandeur de leur aîné. Déguster de bons petits plats dans des verrines ou des cocottes miniatures… je vais me sentir larguée sur les discours professionnels que mes trois acolytes vont entamer, vu que  je suis la seule à avoir pris le large au niveau de la Poste… bien sûr, j’ai un boulot. Mais généralement, on ne s’étend pas trop sur le sujet. On me demande juste si je n’en ai pas marre d’être enfermée à la maison… et quand est-ce que je compte ré-intégrer….

Je ne me vexe pas. Je conçois que rester à la maison, à s’occuper d’enfants, ne soit pas quelque chose qui rime avec réussite sociale… à 40 ans, je suis certainement celle des six qui est au point mort, au niveau ascension professionnelle. Mais c’est un choix que j’assume. Alors je ne dois pas me formaliser à cause de l’éternelle question de ma reprise…

Rien de grave là-dedans…

Non, y a des choses plus graves que ça. Y a des gens qui sont sous des débris, quelque part dans les Caraïbes… et dont tout le monde, ou presque, se fiche royalement. Y a des endroits où il vaut mieux naître j’en suis persuadée… par exemple, vaut mieux être né à Phuket, en Thaîlande, qu’à Port au Prince en Haïti…

Mais bon, ça n’engage que moi…

Et puis la France a envoyé une aide humanitaire. J’ai vu ce midi aux infos, qu’on avait retrouvé des survivants… dans un hotel de luxe…

Je savais pas que les Haïtiens vivaient dans des hotels de luxe….

Ce monde à deux vitesses m’énerve.

Mais bon, depuis chez moi, je fais rien non plus pour que ça change. C’est sûr. je porte un jugement alors que je ne fais rien pour aider… je suis en pantoufles, chez moi. Il fait 21°. J’ai un café qui trône à côté de la souris de mon ordi et dehors, les petits oiseaux dévorent le pain que j’ai éparpillé sur le chiendent qui recouvre mon minuscule jardin…

Je suis bien mal placée pour donner des leçons de morale…

Ca m’énerve quand même…

C’est comme cette histoire de jeune lycéen poignardé… cette minute de silence que Julie m’a dit avoir opérée pour lui rendre hommage. Je conçois que ce soit triste, bouleversant. Que ça ne doit pas se reproduire. Que l’école doit rester un lieu protégé, sécurisé, où la folie humaine doit le moins se déverser… mais est-ce le premier à qui cela arrive? Doit-on réagir maintenant alors que d’autres drames du même type sont déjà arrivés ultérieurement???

Je ne sais pas pourquoi l’insoutenable ne mérite pas la même réaction, la même urgence… partout où il sévit.

Mais bon. Je suis un peu gonflante avec mes réflexions à deux balles.

Je ne devrais pas regarder les infos (ça c’est la faute de mon homme qui est rentré manger ce midi et qui a pris son café devant Elise Lucet)…

Ca me met toujours en vrac.

Je pense que je suis vraiment faite pour vivre cloîtrée chez moi, bercée par l’innocence des jeunes enfants…

Bon week-end à tous.

Retrouvailles

Internet est un drôle d’outil. J’en ai pris conscience avec ce blog. Quand j’ai commencé à écrire dessus, suite à une expérience mitigée sur un forum de prématurité, je n’avais aucune idée de ce que je faisais… j’avais des choses à dire. A qui? J’en savais fichtre rien. J’avais un fardeau à abandonner quelque part, loin de moi… fallait que je sorte le trop plein d’amertume et de révolte que mon enfance et la maternité m’avaient apporté. J’ai écrit, par besoin d’extirper un mal-être. Dans un but thérapeutique aussi…

Mon fardeau est alors devenu celui de mes lectrices, de mes lecteurs. Je me suis sentie légère et j’ai commencé à comprendre que j’avais livré mes émotions à qui voulait bien les lire…

J’ai des fois eu des moments de panique, face à ce que j’avais fait, comme témoignage, comme révélation. L’amour que j’ai reçu a permis que je m’accroche à ce blog et que je le laisse intact. Vous avez su me montrer que j’étais « aimable » malgré ma drôle de vie et de personnalité… vous ne m’avez jamais malmenée.

Je pense que si j’avais eu conscience de l’étendue du net, de la portée de mes mots… jamais je n’aurais écrit ce blog.

Mais je l’ai fait. Et je ne regrette rien. Merci encore à vous tous d’être la main tendue dont j’avais tant besoin…

Donc je disais que le net apporte de belles choses, oui. Comme vous. Après le monde des blogs, j’ai tenté Facebook. Pas trop motivée au départ, je l’avoue. Mais bon, je suis curieuse. Et puis on a un cousin aux USA, de la famille éparpillée aux 4 coins de France… des amis à l’étranger… je me disais, ça peut permettre d’avoir des nouvelles fraîches, de voir les bouilles récentes des neveux et nièces, des cousins et cousines… patati patata….
Contre toute attente, ça m’a permis de découvrir certaines et certains d’entre vous. Et ce fut de belles rencontres. J’ai également été re-contactée par des amis d’enfance. Ca fait bizarre. Dommage que je ne puisse pas mettre mon nom de jeune fille (???)… je pense que beaucoup ne connaissent que celui-là, et pas celui d’épouse. Tant pis… je ne sais pas trop me servir de Facebook. Je suis nulle et impatiente. C’est déjà bien que j’y mette des albums photos. Ca met trois plombes à se charger et ça me met les nerfs en pelotte. C’est le genre de chose qui peut me faire tout envoyer bouler, d’ordinaire… si si… faut croire que cet outil me plaît pour que j’y reste!!!!

Je disais donc, j’ai plein d’amis. Et jusqu’à maintenant, je me disais qu’aucune invitation ne me surprendrait sur Facebook… puisque je savais à qui m’attendre, plus ou moins…

J’avais tort. Hier, j’ai eu une invitation surprenante. Une demande d’ajout pas ordinaire…

Pour celles et ceux qui me lisent depuis longtemps (et je les admire, quel courage!!), vous savez que mon papa biologique est décédé quand j’avais 21 ans. Et que celui que j’appelle « papa » aujourd’hui est un homme merveilleux qui partage la vie de ma maman depuis mes onze ans. Je lui accorde ce tître paternel avec un sincère amour… il m’a aimée, éduquée, protégée… bien mieux que mon propre père n’a su (ou pu) le faire. J’ai bien sûr en moi les traces de mon vrai géniteur. Plus je vieillis, et plus j’aurais aimé mieux le connaître. Comprendre certains choses. L’aider, si c’était toutefois possible, dans sa descente aux enfers. C’est mon père, quoiqu’il ait pu faire. Et je porte en moi un peu de lui…

Mon papa/bis était veuf quand il a connu ma mère. Il avait un fils de l’âge de mon frère (à l’époque, ils avaient seize ans et étaient copains). Ce fils n’a pas vécu avec nous quand mon papa/bis est venu vivre dans notre appartement. Il était amoureux d’une jeune fille bordelaise. Il a tout plaqué pour la suivre. Mon papa/bis n’a pas pu l’empêcher, lui demander de finir ses études, de réfléchir. C’était peine perdue. Il avait cette fille dans la peau. Il l’avait connu alors qu’elle venait passer l’été chez sa soeur qui vivait en face chez moi… il y avait eu comme un coup de foudre entre eux. Je me souviens très bien de ce mois de juillet-là. Cette jeune fille bordelaise avait tourné la tête a pas mal de garçons du quartier. Elle était brûne, petite… son accent chantait bon le soleil et la chaleur. Elle ressemblait à France Gall, elle avait juste la peau mate et la noirceur du sud dans ses cheveux constamment libres sur ses épaules… elle était douce. Elle avait ensorcellé celui qui aurait pu être mon demi-frère…

Il est parti vivre avec elle alors qu’il avait seize ans. Il a été hébergé par les parents de cette jeune fille, il a trouvé du boulot… ils ont fait leur vie sur Bordeaux. On y allait pour l’été… lui venait nous voir pour les Fêtes. Il était gentil avec moi. Il m’appelait « suce-pouce » car je tétoullais le fameux doigt comme un gros bébé alors que j’avais douze ans… et ça le faisait marrer. J’étais une enfant très bébé et immature. En quête de calins et d’affection… j’ai adopté son père avec une vraie franchise, un vrai amour. Je pense que j’étais trop petite et en demande d’affection pour me limiter…

Mon papa/bis m’a toujours aimée et considéree comme SA fille…

Je ne savais pas que je pouvais nuire à quelqu’un, en étant adoptée de la sorte…

Ce fils, ce demi-frère, vit toujours à Bordeaux. Il s’est marié il y a bien longtemps, a eu trois beaux enfants qui ont maintenant entre 20 et 30 ans… il vit dans une commune voisine de la mienne mais il ne sait pas que je suis ici, dans cette région qu’il dit être davantage la sienne que la Normandie. Nous ne sommes plus en contact depuis 2004… un coup de fil a suffi à couper les liens fragiles qui nous unissaient. L’histoire serait trop longue à développer ici, et trop intimiste. Toujours est-il que son papa, ma mère et eux ont eu un passé chaotique. Un espèce de « je t’aime moi non plus » incéssant… Des soucis d’argent, le chômage, le sur-endettement, ont accompagné le quotidien de mon demi-frère et mes parents ont toujours tenté de l’aider, du mieux qu’ils pouvaient. Jusqu’au jour où une de ses filles s’est faite agresser et voler son scooter… cela a déclenché un cataclysme familial. Ma mère était horrifiée qu’on ait pu taillader le visage de cette belle jeune fille brûne, au teint de porcelaine et aux yeux noirs gigantesques… rien que pour convoiter un engin de malheur. Engin qui est parti dans les mains d’une bande de jeunes connus des services de police… engin qui n’était pas assuré mais tout juste acheté… il fallait donc payer le crédit sans avoir la machine à chevaucher. Il fallait colmater le tramatisme de la jeune fille. Il fallait être là… mes parents l’ont été. Ils ont payé les soins, un avocat pour la procédure de dommages et intérêts. Ce fut long, laborieux… mais ça a abouti. La jeune fille a touché une somme dite « réparatrice »… et c’est alors que quelque chose a mal tourné. Comme un défaut de communication… une mauvaise interprétation des choses. Mon demi-frère a coupé court avec mes parents. Il a prétéxté être véxé de ne pas avoir été invité par son père pour la commémoration du débarquement de juin 1944, en Normandie… (il est fan de chars, de maquettes, de guerre). Il pensait que son père ferait un petit périple avec lui, seul à seul, allant d’hotel en hotel, de musée en musée, de plage en plage… c’était un faux prétexte. Mon papa/bis (son père) était incapable de suivre le rythme d’un tel séjour. Il avait alors 74 ans, et commençait à ne plus aimer conduire, et à avoir une vie pépère…

Cela correspondait bizarremment au moment où la jeune fille obtenait enfin la somme pour le préjudice qu’elle avait subi… Ont-ils eu peur que mes parents demandent le remboursement de la procédure??? mettent leur nez là-dedans???

Je n’en sais rien. Mais ils se sont retrouvés sans nouvelles… les ponts coupés… du jour au lendemain…

Ma mère en souffrait et ne voulait pas appeler mon demi-frère. Il ne valait mieux pas. Depuis son AVC, elle passe d’un extrême à un autre. Elle peut être charmante comme très agressive. Mon papa/bis ne voulait pas qu’elle s’en mêle. Par contre, il m’avait dit « Toi, si tu peux réussir à savoir pourquoi il ne nous donne plus de nouvelles, je veux bien que tu prennes contact avec lui… »

Grave erreur.

J’ai appelé. Et là, mon demi-frère a su me dire combien il avait souffert de l’amour que son père me portait. Combien j’étais la préférée. Combien je lui avais pris sa place… pour lui, la commémoration du débarquement de juin 44 était un test. Il voulait voir si son père l’inviterait à l’évènement qu’il lui tardait tant de voir venir… ce père qui vivait en Normandie. Et ne savait (selon lui), que donner des signes financiers, et non affectifs….

J’ai eu mal. Très mal. J’ai eu comme l’impression d’avoir pris le papa de ce jeune homme alors que je n’en avais pas le droit. J’ai senti que j’avais été égoïste, néfaste. Que le desamour de mon père génétique avait eu pour conséquence de me rendre possessive avec le père d’un autre… j’avais donné sans compter à ce beau-père qui était venu tard dans ma vie. J’avais laissé mes filles l’appeler papy, ne dévoilant que très tardivement que mon vrai père gisait sous terre depuis 1991…

J’ai senti que j’étais revenue au point de départ. Une fille pas faite pour avoir un père…

J’ai raconté tout ça en pleurs à mon papa/bis. Celui-ci a pris mon parti, préférant me garder moi que son propre fils.

Depuis ce jour, je me sens responsable du silence entre eux.

Mais il m’a interdit d’aller le voir, de tenter de l’apaiser… puisqu’il vit à deux pas de chez moi. Je respecte sa volonté…

Jusqu’à hier.

L’ajout d’amis sur Facebook que j’ai reçu hier vient de la plus jeune fille de mon demi-frère. J’ai connu ses trois enfants. Je garde des souvenirs précis d’eux, des anecdotes. La petite dernière est celle que je connais le moins… c’est maintenant une jeune femme de 22 ans. Elle est ravissante. Et elle m’a demandé d’être son amie…

J’ai eu un moment de panique mêlé à un espèce de soulagement… comme un signe du destin. Quelque chose qui disait dans ma tête « Accepte. Imagine que cette jeune fille ne revoit pas son papy à cause de toi… parce que tu fais l’ignorante…. » Mon papa/bis a bientôt 81 ans. Le temps file. On ne sait pas de quoi demain sera fait.

J’ai donc accepté l’invitation.

Il en ressort une vraie joie de se retrouver, une exaltation, une crainte aussi… de commettre de nouveau les erreurs passées. De dire ce qu’il ne faut pas… Elle a prévenu son père (mon demi-frère) dans la foulée, au téléphone… il a été très surpris de me savoir sur Bordeaux…

J’ai tous les coordonnées en poche pour reprendre contact avec lui, avec sa famille toute entière… mais j’ai la trouille. Je sais que mon papa/bis ne veut pas entendre parler d’eux.

Il m’a toujours dit que si je lui faisais le coup des retrouvailles surprises chez moi, il m’en voudrait à mort.

Bref, je suis le cul entre deux chaises.

Facebook est un drôle d’outil. Pas si inoffensif que ça.

On verra ce que ça va donner.

Mon homme me dit d’être prudente, de ne pas aller trop vite. Il me tempère, comme d’habitude.

Je suis donc prudente et tempérée.

Espérons que cela persiste. Ce serait trop bête que cela finisse encore… par une brouille…

C’est reparti

Ca y est, 2010 est commencé. J’ai redémarré l’année avec la goutte au pif et l’envie d’hiberner. La neige et le froid ont effleuré Bordeaux et du coup j’ai eu le contre-coup des abus des Fêtes : une grosse flemme. La gastro a achevé Julie. Mes parents sont même repartis au Havre avec le virus sous le bras et mon père se vide depuis deux jours… il parait qu’elle est carabinée cette année (la gastro). Je sais pas. Je la choppe rarement. Pourtant après les Fêtes, ça me ferait pas de mal. Histoire de perdre le stock de clémentines et de chocolats que j’ai ingéré en regardant « The holiday » pour la énième fois…

Après moi la fin du monde…

Tout va bien sinon. J’ai repris du collier, avec bonheur. Ils m’ont manqué, mes petits nains… (comprenez les petits que je garde. Zoé les surnomme les « nains ». C’est affectueux, rassurez-vous. Ils sont si mignons avec leur derrière rond, leur petite taille et leur crâne dégarni)… j’ai été encore gâtée. Je suis arrivée lundi au portail de l’école pour déposer Zoé et prendre ma Chouchou de 14 mois (sa maman est instit dans l’école de Zoé). Un colis fourré m’attendait. J’ai pris des nouvelles de la maman de Chouchou, qui était bien malade avant les vacances de Noël (encore la fichue gastro).Elle allait mieux. Cette maman fut la maîtresse de CE2 de ma prématurée de Manon et de mon encoprésique de Zoé. Elle s’est occupée de mes filles, avec une sacrée patience et une grande affection… avant que je ne sois la nounou de sa belle petite fille. Je dis une sacrée patience, car il en fallait pour comprendre la lenteur de Manon, et pour aller vers elle… et j’ajoute une grande affection, car c’est elle qui a géré à ma place l’encoprésie de Zoé… pendant la semaine de classe verte qui a accompagné le CE2 de ma petite dernière, en mai 2007…

J’éprouve vraiment un grand plaisir à m’occuper de la première fille de cette jeune femme. C’est une amie pour moi. Bien plus que la maîtresse de mes filles, et bien plus que mon employeur.

Je dois bien avouer que depuis que je suis à Bordeaux, je travaille avec des familles, qui sont à mes yeux, bien plus que des employeurs…

Revenons-en au colis fourré offert par la maman de Chouchou. Quand je suis rentrée chez moi, avec ma poulotte dans les bras, mes parents étaient en train de prendre leur petit dej en pyjama. J’ai vu leurs cheveux dépasser de ma fenêtre de cuisine, au moment où j’ai amorcé ma manoeuvre pour me garer devant mon garage. C’était marrant de les apercevoir, de les sentir là. (Ils sont repartis dans l’après-midi, tout tristounets…) Quand ma mère m’a vue les bras chargés à bloc, elle a d’abord fondu devant le charme de Chouchou, dont le sourire plein de nouvelles quenottes était craquant. Ma maman a voulu la prendre dans ses bras mais elle s’est accrochée à mon cou. J’ai souri. Elle ne m’avait pas oubliée en quinze jours…
Ma mère a alors regardé le colis que j’avais posé au sol. Et je lui ai dit de le poser sur la table et de l’ouvrir pour moi, pendant que je mettais Chouchou dans sa chaise haute. J’ai alors aperçu avec stupeur un magnifique livre sur le film Avatar, de délicieux produits du terroir… et un pétit étui où était glissée ma paye du mois accompagnée de deux places de cinéma…

J’étais stupéfaite, émue aussi. Je n’ai pas su quoi dire en lisant le gentil petit mot qui accompagnait le tout… ma maman m’a alors frotté le dos affectueusement, en me disant « Je suis contente pour toi ma chérie… tu es tombée sur des parents formidables… quand je pense à ce que tu as vécu au Havre… j’en étais malade pour toi… là, je suis vraiment rassurée. »

Ma mère est assez rancunière et n’a pas digéré qu’une jeune femme, dont je gardais les deux enfants au Havre entre 2004 et 2005, ait omis de me payer mes deux derniers mois de travail avant ma mutation à Bordeaux. C’est sûr, j’ai hésité à reprendre cette activité de nounou après ce petit pépin. Je n’y croyais plus. J’étais fatiguée et démotivée. On était muté le 11 juillet sur Bordeaux. J’avais donné mon préavis dès le mois d’avril pour fin juin. La maman semblait déçue mais compréhensive. Elle disait qu’elle espérait juste que ses enfants ne souffriraient pas trop de cet attachement rompu… mais elle savait que je n’y étais pour rien. Quand j’avais fait le contrat de travail, j’avais stipulé que mon mari était fonctionnaire et sujet à la mobilité géographique… bref, je n’ai pas vu le vent venir.
Même pas fin mai quand elle m’a dit qu’elle ne pouvait pas me payer mon mois et qu’elle me le verserait en même temps que le solde, fin juin…
Même pas fin juin quand elle a fait des tas  d’heures sup pour préparer les soldes (elle était gérante d’un magasin Mim),que j’ai fini après 21h, et qu’elle arrivait pour reprendre ses enfants, avec le sourire aux lèvres… en me disant que ça me ferait plus de pépètes pour décorer ma nouvelle maison…
Même pas début juillet quand elle m’a dit de lui donner mon adresse à Bordeaux pour m’envoyer le chèque… et que je suis partie sans me douter de rien…

Je n’ai jamais rien reçu.

J’ai morflé. Nerveusement, j’étais cassée. J’avais tant donné de moi-même  pour cette maman qui vivait en solo avec ses deux bambins de 2 et 4 ans…

Mais bon, ce qui comptait, c’est que je n’avais rien à me reprocher sur ce que j’avais fait, au niveau de mon travail.

Ma mère a voulu entamer une procédure aux Prud’hommes pour que je récupère mes deux mois de salaire. J’ai dû me mettre dans un syndicat pour nounou. J’avais besoin d’être représentée au tribunal… cela n’a servi à rien. La maman n’est jamais venue aux convocations du juge… et j’ai su qu’elle avait été saisie de ses biens… qu’elle s’était enfuie en Savoie… que d’autres créanciers étaient prioritaires sur moi, notamment celui à qui elle n’avait pratiquement payé aucun loyer…

J’ai laissé tomber. Ma mère n’a jamais décoléré…

J’ai pesé le pour et le contre, reprendre cette activité à Bordeaux, ou retourner à la Poste….

Je n’aime pas rester sur un échec. Je suis comme ça. Pour mon accouchement difficile avec Manon, j’ai réagi de la même façon. Hors de question de ne pas récidiver… d’avoir un autre enfant. Hors de question de rester sur ce traumatisme. Je ne pouvais pas. J’ai toujours eu besoin de finir sur une note positive, dans tout ce que j’ai entrepris dans ma vie… c’était pareil pour l’obtention de mon permis de conduire. J’étais nulle, stressée, j’y ai laissé une fortune… mais je voulais le décrocher. Je « devais » le décrocher.

J’ai bien fait de rester nounou. Les familles qui ont bien voulu me confier leurs enfants ne savent pas combien elles m’ont redonné confiance en moi… combien je me sens professionnelle grâce à elles… car bien sûr, quand je n’ai pas été payée au Havre, j’ai cherché là où j’avais échoué… comme si je méritais ce châtiment… car après tout, je laissais en plan cette maman…

Jenfi avait su me secouer les puces et m’affirmer que j’avais fait tout mon possible. Jusqu’à mettre nos trois filles entassées dans la même chambre pour laisser une chambre/salle de jeux rien qu’aux petits que je gardais… (dans cette fameuse maison où nous vivions au Havre…) Mais je doutais de moi. Je n’avais jamais eu affaire à une escroquerie. Ca m’a beaucoup appris… sur le fait de me protéger. De dire stop. Ou de dire tout simplement « non ».

Maintenant, je repense à cet épisode de ma vie de nounou sans m’énerver. Les deux enfants n’étaient pas responsables de la malhonnêteté de leur mère… j’espère qu’ils vont bien. Je pense encore souvent à eux.

Ma mère pense aussi à eux, mais avec beaucoup d’amertume. Mais ma mère est ainsi. Elle ne passe pas l’éponge.

Le livre d’Avatar trône sur le bord du lit de Julie depuis lundi dernier. Elle le dévore. Demain, nous allons au cinéma revoir le film de Cameron. Avec une joie similaire à celle d’une première fois. Je sais, nous l’avons déjà vu. Mais nous ne résistons pas à l’envie d’y retourner.

Quand j’étais jeune, je suis allée voir trois fois le Grand Bleu de Besson…

Je ne sais pas pourquoi la relecture d’un film m’apporte du réconfort, du rêve.

C’est quelque chose que d’autres que moi font, je le sais. Je ne suis pas une exception.

Après le ciné, nous allons faire les soldes en plein Bordeaux. Les filles ont besoin de vêtements… on va tenter de trouver un manteau chaud à Julie et des slims pour Manon. Nous sommes invités le soir même chez nos ex-voisins devenus amis. Nous allons découvrir leur belle maison toute neuve. Ils sont sympas. J’ai hâte de les voir. C’est mon fameux voisin avec lequel je me marre tant… j’ai déjà parlé de lui sur ce blog.

Dimanche, nous nous reposons. La semaine fut froide, neigeuse et fatigante. Et j’ai une tonne de repassage en retard. Notamment des draps… ce que je déteste le plus.

Bon allez, j’y vais. Ce soir je regarde Slumdog millionnaire. Un film dont j’ai beaucoup entendu parlé mais que je n’ai pas vu. Nous avons Canal+ en clair depuis aujourd’hui. Nous sommes clients chez Canalsat depuis de longues années… et il était temps qu’on fasse le ménage dans notre bouquet de chaînes. Les filles ne sont plus des accros de dessins animés… Jenfi a réussi à négocier la chaîne Canal+ en enlevant les chaînes disney et cinéma qu’on avait choisi auparavant… on garde le même prélèvement. C’est cool. Faut dire qu’il a menacé de résilier s’il n’obtenait pas ce qu’il voulait… et là, des portes se sont ouvertes. Comme par hasard. Il est content. Moi aussi. Je vais enfin voir des films récents.

Ah oui, avant de vous laisser tranquille, je voulais vous signaler l’ouverture du blog d’une amie, une jeune femme que j’ai connu grâce à mon blog et avec laquelle j’ai lié une amitié par mails… je suis contente qu’elle ait sauté le pas. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup.

Bon week-end chez vous. Restez couverts… il pèle.

Bien gâtée…

Je l’ai été. Et mes mouflettes aussi. Et mon homme idem. Noël fut fidèle à lui-même. Plein de bouffe, de bulles de champagne, d’huîtres à ouvrir (sans moi, j’ai horreur des huîtres et leur odeur me soulève les entrailles), de foie gras, de chapon, de bûche… on a dansé, chanté. On a ri quand les petits cousins et cousines ont ouvert la porte à un Père Noël frigorifié et chargé comme une bourrique (alias Jenfi)… on a merdouillé comme tous les parents du monde devant le circuit de voitures à monter entre le fromage et le dessert…(et bien sûr, j’avais oublié d’acheter les piles pour les manettes, quelle nouille cette tatie Véro!!!)… on a déballé avec soin le camion de pompier Playmo pour ne pas perdre le minuscule bidule indispensable et on a fait gaffe à ne pas s’asseoir sur l’échelle échouée au milieu des papiers cadeaux déchiquettés… on a regardé les yeux des enfants, plein d’étoiles et d’excitation… on s’est rappelé notre propre effervescence lors de nos réveillons en famille, trente ans plus tôt… Tino Rossi chantait alors de sa voix grave et monocorde un Papa Noël très solennel. Les escargots cuisaient dans le four… j’avais huit ans et je me demandais si le bedonnant en rouge allait m’amener le cheval Barbie dont je rêvais tant…( celui qui a paru bien terne à ma fille aînée quand je l’ai ressorti de la cave de ma mère, enfoui dans un carton gorgé de nostalgie…)… ou si ça allait être la poupée Tinnie que je trouvais si belle ??? (j’avais déjà un penchant pour les nourrissons, faut croire…)… je ne savais pas. Ma mère mettait le doute. Elle aimait les surprises. Et elle aime encore en faire…

J’adorais Noël enfant. C’était plein de magie.

Maintenant ça me met des fois le cafard. Et je ne sais même pas pourquoi.

Mes filles ont reçu essentiellement des sous. Elles ont commandé des cadeaux honnéreux et lointains (BJD pour Julie, Pullip pour Zoé, robot pour Manon)… on avait avancé l’argent, Jenfi et moi. On a donc récupéré notre mise, et elles ont eu du rab’, ces veinardes.. de quoi s’acheter des livres, des CD, ou des fringues… elles grandissent. Les choses changent… Zoé a eu plus de cadeaux puisqu’elle avait dix ans le 24. Elle a dévoré ses 4 tomes Glénat, du Chateau ambulant… à peine déballés, elle les a lus affalée sur le canapé pendant qu’on aidait les plus jeunes à se dépatouiller avec leurs encombrants paquets… elle a eu Ponyo et le Chateau ambulant (encore!!) en DVD… Ponyo en peluche… bref elle était aux anges, ma petite fan de Miyasaki….

Elles ont été super gâtées.

Seule Manon faisait grise mine. Son robot commandé sur E-bay n’est pas arrivé. Il a été perdu… le type nous l’a bien envoyé. On a juste ça comme certitude, on a consulté le sîte de la Poste qui gère les envois en recommandé… on peut y constater la preuve de l’envoi, le 15 décembre. Après plus rien. Le néant. L’interrogation. Volé, égaré??? on en sait rien. Et on est très dégoûté. C’est pas une petite somme, ce robot. Il coûte 170 euros. En plus, elle hésitait à engager ce montant. Elle trouvait ça « risqué ». On lui a dit que ses soeurs avaient investi la même chose dans leur poupée coréenne. Que tout était bien arrivé. Donc qu’elle pouvait se lancer.

Bingo Véro et Jenfi. On a perdu dix points dans le capital confiance que nous avions mis dans Manon. Elle se dit poissarde. On lui dit que non. Mais on le pense quand même un peu…

Je suis très remontée contre La Poste.

Mais bon, c’est un débat que je ne préfère pas entamer… pas maintenant.

Et pis c’est Noël. Et à Noël, on ne doit pas râler.

Jenfi et moi avons eu plein de chouettes trucs. Des tas de boîtes de chocolat , parce qu’on fait un peu pitié avec nos silhouettes de Brad et Angelina, faut bien l’avouer!!!… des sous, pour se racheter une imprimante basique, car la nôtre a rendu l’âme en début de moi . Un super Blender rouge qui va me permettre de faire des smoothies, des soupes de fraises, de la pâte à crêpe onctueuse… des livres de recettes pour réussir des verrines chocolatées… des ensembles bonnet/écharpe/gant assortis parce qu’on est un peu naze Jenfi et moi, on a toujours nos bonnets de quand on allait au ski en 1990… Un chiffonnier blanc avec paniers en osier pour ma chambre… une belle chemise et un livre de Connely pour mon homme… un panier garni de produits du terroir… des DVD parce qu’on nous sait fan de ciné…

Et cerise sur le gateau, mes employeurs m’ont offert un bon d’achat à utiliser chez Cultura… la carte/cadeau était glissée dans un joli emballage rempli de petits Père Noël chocolatés, délicieux à regarder et à croquer… elle était accrochée à une jolie carte postale de Misstigri, ou de gentils mots me remerciaient pour tout ce que je faisais pour les petits et pour l’amour que je leur portais…

J’ai vraiment eu un gros coup au coeur. J’avais la boule dans la gorge. Et j’étais sans voix, quand je les ai serrés contre moi… pour les remercier…

Quelle gentillesse. J’ai passé ma journée à regarder les petits avec le sentiment d’être choyée… par eux…

Je me suis acheté le CD de Lady Gaga, et des stickers/déco pour ma chambre (que je refais…)… avec mon bon. J’ai écouté Jenfi. Je n’ai pensé qu’à ma pomme. Y avait le merveilleux livre sur le film Avatar que mes filles avaient dévoré des yeux l’autre jour, en sortant du méga CGR (situé en face Cultura)… mais non… y avait un jeu de Wii que mon homme aimerait avoir… mais non…y avait le DVD Princesse Mononoké que vise Zoé… mais non!!!!

J’ai fait pour ma pomme, niak!

Pourtant j’ai adoré le film Avatar. J’aurais pu craquer pour le bouquin. Je suis une dingue de ciné, vous me connaissez …  j’ai pris une vraie claque technologique, je vous assure. Une merveilleux voyage que celui sur Pandora… (on y est allé samedi matin, en famille)

Ce film est une bouffée d’oxygène bleutée… il ne laisse pas indifférent. Il ramène aux sources… il étourdit, il chavire.

C’est du Grand Cameron.

Mais bon, j’avais envie de faire mon ménage en me trémoussant sur Lady Gaga… allez savoir, hein?

Je suis d’une humeur festive.

J’ai besoin de musique qui bouge.

Mes parents sont là, depuis hier. En forme. Aujourd’hui, j’ai fait du shopping avec ma petite maman et ma Julie.

Demain, je vais commencer à faire mes desserts pour le réveillon, et me regarder un petit film avec ma mère en milieu d’après-midi. Devant un thé au caramel et une boîte de bonbons Haribo (le régal de ma maman!!!)…

Mes beaux-parents, mon frangin arrivent jeudi.

C’est relax, c’est plein de monde partout dans la maison qui demande si la salle de bains est libre, si y a quelqu’un aux toilettes et y a un matelas gonflable qui trône dans ma pièce habituellement réservée aux enfants…

C’est joyeux.

Ce sont des repas à rallonge et des commérages sur la famille normande.

Ce sont des interrogations sur la jeunesse de maintenant qui a grandi avec l’informatique et ne voit que par ça… alors que ma mère ne sait même pas à quoi sert internet.

Elle m’a vu jeer un oeil sur mon blog ce soir, avant de m’y mettre en douce pendant qu’elle dort. Et elle m’a dit « Ah, c’est ça ton fameux machin? Alors, tu racontes quoi là-dessus??? »

Arf, que dire, hein… si elle savait… tout ce que je dis ici…

Elle ne comprendrait pas certaines douleurs anciennes. Certaines rancoeurs. Certaines peurs…

Elle est si différente de moi, ma petite mère.

Mais bon, passons… le conflit de génération entre une grand-mère et ses petites filles… ce n’est pas pour ce soir…

Le constat d’avoir quarante ans, de se sentir bourdonneuse alors qu’on est  assise à côté d’adorables retraités qui dévorent Julien Lepers… je ne veux pas l’aborder ce soir… non plus…

No comment.

Je les aime comme ils sont.

Je vous souhaite un Très Bon réveillon de la St Sylvestre. Faites de jolis voeux…

Plus que 48h…

Noël est dans deux jours (oui car c’est le réveillon qui compte. C’est là que les cadeaux se pointent. Zoé me le rabâche assez. En plus, c’est le jour de ses 10 ans. Je ne risque pas d’oublier. Le 24, c’est un jour important…)…

Je suis en vacances depuis une heure. J’étais pensive en fermant ma porte derrière mes petits bouts. Heureuse de pouvoir enfin dormir le matin, de ne plus faire les trajets scolaires, de ne plus être à quatre pattes sur le tapis… certes. Mais pensive. Je suis allée dans ma salle de jeux/dortoir, j’ai dépouillé les lits pliants. J’ai tout mis dans ma machine à laver : draps houses, turbulette, doudoux… tapis de jeux. Jouets en tissu. C’est compulsif. Je ne vais plus les voir pendant dix jours, faut pas que je fasse une moue attendrie en apercevant le mouton machouillé de Mimi. Le chien/pyjama de Titi. Ou la tétine colorée de Chouchou. Faut que je fasse un break. Un petit, mais un break. Mes dernières vacances remontent à juillet dernier… je suis un peu en demande de farniente. Je l’avoue.

Noël se passe chez mes beaux-parents à Agen, en compagnie de ma belle-soeur, mon bon frère, leurs jeunes enfants (il manquera le frère de Jenfi, militaire, parti trois mois au Burkina Fasso. Sa petite femme et ses enfants sont en vacances chez leur mamie, en Ardèche). Le 31 se passe chez moi, avec les 4 papies et mamies, mon frangin. Tout se goupille bien. Il me reste des trucs à aller acheter de dernières minutes. Mais ça va. J’ai rien emballé. Mais ça va. J’ai pas envie de courir les magasins. Mais ça va…

Non, je vous assure, ça va très bien.

Je viens de mettre mes nouilles chinoises dans l’eau bouillante. Les poivrons, les oignons et la sauce soja trônent à côté de la poêle… je me disais que ce soir j’allais passer une soirée Narnia et Michael Jackson (programme de la Une. Etonnant. On ne regarde jamais cette chaîne)… que Zoé allait sûrement tenir le choc même après le film car elle voue une admiration incroyable à Michael depuis qu’il est mort (elle ne le connaissait pas avant)… c’est bien simple, elle passe son temps à chorégraphier le King of Pop. St’aprem, j’étais aux toilettes (bah oui, comme tout le monde), j’avais la porte ouverte (bah oui, comme toutes les femmes), et là, je vois Zoé passer devant ma tronche inspirée en moonwalk… elle le fait drôlement bien en plus. J’ai pas pu m’empêcher de rire. Elle m’a dit « bah t’as tellement l’air de te faire suer sur les toilettes, je te divertis!!! ». Pas bête. Mes enfants, mon homme, lisent Spirou aux Wc. Moi, je n’aime pas ça. Le moins de temps passé dans cet endroit est le bienvenu. Donc je tire une tête de j’en-ai-marre-de-la-vie quand je suis au petit coin. Je le dis, je suis une liseuse de canapé. Uniquement. Je suis sûre que cette info vous manquait, non?

Bon, Zoé est donc à fond dans Michael. Après, j’ai eu le droit à la choré de Thriller, entre la fermeture de mon jean et la chasse (passionnant mon billet)… j’aurais bien voulu vous la filmer, mais bon, de là où j’étais… Bof… Pas trop glamour.

Bref Zoé reste Zoé. Le clown de service.

Je me disais donc que j’allais passer une soirée relax. Quand le téléphone a sonné. Jenfi m’appelle toujours au moins une fois par jour, du boulot. C’était lui.

Moi : « Ca va, pas trop de pannes? »

Lui, en train de trifouiller je-ne-sais-quoi : « Non, c’est calme. Dis-moi, je viens de regarder la lettre de la Poste que tu m’as filé là… »

Je vous explique. J’ai reçu un courrier de la banque postale samedi midi. Je suis en dispo depuis dix ans. Donc retirée du service où je travaillais, dans les oubliettes quoi. Je ne reçois que des pubs pour ma retraite ou pour des placements à la noix. Ou pour les voeux du Grand Chef de la Poste (je pensais d’ailleurs que c’était ça). J’ai sorti la première page et j’ai fichu le reste du contenu à la poubelle, habituée à la pub qui accompagne l’unique lettre habituelle. J’avais vaguement lu Chèque-vacances sur le haut de la page blanche… ça m’avait fait tilt. J’avais de suite dit à Jenfi ‘tiens faut qu’on en refasse avant Juillet, je te donne la lettre, tu feras la demande au boulot!!! »
Il avait dit ok et avait mis la lettre dans la sacoche de son ordi portable. Sans sourciller ni broncher. Habitué à dire oui sans savoir de quoi je parle.

Moi : « Oui je t’ai filé cette lettre pour que tu reprennes des chèques vacances avant juillet… ça nous aidera pour payer l’autoroute, Mac do et cie… »

Lui, pas contrariant  « Oui ok, je vais le faire. Mais cette lettre parle d’un chèquier culture offert aussi, d’une valeur de 16 euros… tu l’as??? »

Moi, cramoisie, en train rincer sauvagement mes nouilles chinoises : »Bah non!!! N’importe quoi, la Poste ne m’offre jamais rien!!!! Tu rigoles ou quoi!!!??? »

Lui, mort de rire : « Bah non, c’est marqué. Tu avais 16 euros de bons cultures offerts… c’est pas grave, regarde dans la poubelle! »

Moi, énervée : « Mais t’es marrant toi, je l’ai jeté samedi l’enveloppe, les éboueurs sont passés hier!!! J’suis vexée là… merde alors!!! pour une fois que la Poste me file un truc pour Noël, je le fiche en l’air!!! »

Faut que je vous dise qu’à la Poste, on n’a pas de treizième mois, ni d’arbres de Noël. Rien.

Mais je ne me plains pas, hein. Je le signale juste comme ça.

Lui, rassurant : « Véro, y a des choses plus graves que ça voyons!!! »

Moi, bêtement : « Oui mais j’ai quand même les boules… »

Lui, plus morose : « Oui bah moi aussi, mais pas pour la même raison… »

Moi, toujours vexée, donc pas à l’écoute. Donc silencieuse…

Lui : « J’ai un de proches collègues qui est mort. »

Hein??? Quoi??? de quoi il parle là? De qui??

Moi : « Comment ça??? Que s’est-il passé? Un accident de voiture avec le verglas? »

Lui, tout chamboulé en fait : « Non, un accident de chasse. Enfin on pense. Il ne revenait pas alors ses enfants sont allés à sa recherche. L’un d’eux l’a trouvé. Une enquête est ouverte… y aura une autopsie… »

Moi, plus vexée du tout : « C’est affreux… trouvé par son fils… juste avant Noël… »

Lui, qui veut avoir le mot de la fin : « Tu vois que y a plus grave que tes seize euros… »

Effectivement.

Là, j’avoue que je me suis énervée pour rien.

Mais c’est humain.

On ne pense qu’à soi, à sa vexation du moment, pour une connerie à deux balles…

C’est comme ça.

Enfin je suis comme ça.

Je vais bien. Je sais que Jenfi appréciait beaucoup ce collègue, de sa génération, du même grade que lui… c’était un mec bien.

J’ai laissé mes nouilles en plan. Je suis allée fermer mes volets, j’ai allumé mes guirlandes du sapin, j’ai mis mes bougies parfumées.

La vie est drôlement belle ce soir.

Faut jamais que je l’oublie.

Faites gaffe à vous. Promettez-moi de vous éclater à Noël et de profiter de ceux que vous aimez… de leur dire, que vous les aimez… de faire de beaux projets pour 2010. Plein. Je suis sûre que vous avez de merveilleux rêves…

Je reviendrai ici pour vous montrer nos trombines joyeuses lors du passage du bonhomme rouge…

Je vous embrasse tous et toutes…

Tête à claques

Manon va bien. Tout le monde s’accorde pour dire qu »elle « change » beaucoup en ce moment. Les grands-parents, les oncles, les tantes… tous la trouvent « mieux ». Je suis d’accord. Manon n’est plus aussi sur la défensive qu’avant. Elle s’ouvre aux autres, elle ne va plus en cours avec la peur de l’échec, de la mise à l’épreuve lorsqu’il s’agit de parler à haute voix devant sa classe… elle a pris une certaine confiance en elle. Rapidement.

Son kiné me disait ce midi que même sa démarche avait changé. Que Manon était moins voûtée, son pas moins hésitant. C’est vrai aussi. Manon semble plus à l’aise dans son corps. Elle n’est plus obligée de faire les disciplines sportives qui lui rendaient les muscles douloureux… elle est dispensée. Ca joue beaucoup… elle souffre moins de ses mollets.

Là-dessus, nous avons fait de réels progrès pour le bien-être de notre fille.

Mais les petites choses que la scolarité apporte comme desagrément, qu’on soit handicapé ou pas, elles sont toujours présentes, dans la vie de Manon. Là-dessus, rien n’a changé. Et je tente de prendre énormément sur moi pour ne pas ruer dans les brancards… J’ai choisi de me protéger derrière un dossier (Le PPS), derrière une épuipe enseignante, derrière Manon, qui me dit comment réagir… Ca parait incroyable que Manon soit desormais en mesure de me dire « Bon là maman, ne viens pas trouver l’élève en question. Je gère. D’accord? »… mais c’est pourtant la vérité. Elle me tempère. Et me demande d’appeler la secrétaire du collège pour le moindre souci… cette dame convoque et sanctionne mieux que personne. Mieux que moi.

Pourtant, j’ai envie de mettre les choses au point avec une élève de la classe de Manon… je fulmine. Je tente de me contenir… j’y arrive. Parce que j’ai mûri. Parce que c’est plus raisonnable. Mais je suis tout de même en colère.

Le PPS de Manon a mis en place un tas de choses. Vous le savez, j’ai déjà parlé des aménagements qui doivent être faits… (ça tarde à se mettre en place. L’ergothérapeute ne peut toujours pas venir faire sa séance hebdomadaire au collège pour apprendre à Manon à dactylographier ses cours… je n’ai aucune nouvelle de la MDPH, de l’aeeh… j’attends pour me lancer financièrement. On a trouvé un ordinateur portable pour Manon. On a pris les devants avec Jenfi. Même si on vient d’apprendre que l’inspection académique devait nous en fournir un…)… bref, on est dans un espèce de mode opératoire au ralenti, on attend un espèce de feu vert, de déclic… l’équipe enseignante de Manon a tout de même eu la gentillesse de mettre plein de choses à disposition de Manon, pour lui faciliter la vie. Elle est donc plus à l’aise en cours et a des notes qui reflètent davantage ce dont elle est capable, malgré sa lenteur. Les profs ont conseillé le choix d’une « tutrice », afin d’épauler Manon. Cette tutrice est une élève posée et serviable de sa classe. Elle s’asseoit à côté de Manon dans presque chaque cours et veille à la bonne prise des leçons et des devoirs… Manon la trouve très gentille. Elle comprend que cela a été imposé à la jeune fille et espère juste ne pas la déranger. Elle ne lui pas demandé ce qu’elle pensait de tout ça. Manon n’ose pas.

Apparemment, ce n’est pas la jeune tutrice que ça dérange, mais la meilleure amie de celle-ci.

C’est compréhensif, cette meilleure amie ne peut plus s’asseoir en classe à côté de sa copine. Manon lui a pris la vedette. Sans le vouloir. Je suis consciente qu’à cet âge, la meilleure amie est quelque chose d’important. Etre auprès d’elle en classe est un moyen de bavarder, de se sentir bien, tout en étant attentive à ce que dit le prof. Cette décision de choisir une tutrice pour Manon a été votée par l’équipe enseignante, dans le cadre du PPS. Nous avions trouvé cela bien, Jenfi et moi. Même si on tiquait un peu sur le côté obligatoire de la chose, et non sur le volontariat.

La meilleure amie de la tutrice ne semble pas décidée à en rester là. Elle se sent délaissée. Manon prend le bus pour rentrer du collège. C’est toujours là qu’on me la coince ou me la brutalise. Loin de la protection qu’offre l’enceinte de l’établissement. J’ai déjà eu à régler en septembre dernier, le problème d’un jeune garçon qui montait dans le bus avec Manon, pour l’insulter pendant tout le trajet jusqu’à la maison…  la traitant bien fort de « gogol » , shootant dans son sac à dos… lui faisant des croche-pieds à la descente… j’ai dû intervenir quand il a choisi de descendre au même arrêt qu’elle (alors qu’il n’habite pas à côté de chez nous)… par chance, cette fois-là, Manon a pris peur et est restée dans l’abris de bus, situé près d’une zone commerçante. Elle m’a appelée avec son portable, devant le jeune garçon. Il a pris peur et il est remonté dans le bus… si elle n’avait pas eu ce réflexe, de s’immobiliser là où il y avait des passants, et de me prévenir, il aurait pu la suivre jusqu’à notre maison… le chemin est isolé, en terre. On peut facilement taper quelqu’un sans que cela s’entende. C’est un endroit qu’on voudrait éclairé, goudronné… mais le Maire fait la sourde oreille et attend qu’il se passe quelque chose.

Le jour où cela s’est passé, j’ai appelé le collège. L’élève a été convoqué et n’a plus jamais embêté Manon depuis…

Il y a une semaine, Manon attendait donc son bus de 15h, comme chaque mardi. La meilleure copine de sa tutrice était là,sous l’abri de bus, avec une autre fille, a tourné autour de ma grande timide. Comme si Manon était un animal de foire. Elle se marrait, tentait de destabiliser ma fille, qui ne faisait que regarder ses pieds, les mains croisés sur la fermeture éclair de son long manteau d’hiver. A un moment donné, alors qu’elle tournait autour d’elle en se rapprochant de plus en plus proche, elle lui a mis une taloche dans la nuque, faisant en sorte que Manon voit ses pieds d’encore de plus près… et en lui balaçant « J’en ai marre que tu me piques ma copine, sale connasse. Ca commence à bien faire. Prends-ça comme un avertissement, ok??? »…

Manon est montée dans son bus, seule. Ses ongles furent rongés jusqu’au sang. Quand elle est arrivée à la maison, j’étais avec mon amie Sandrine, la maman d’un petit garçon que je gardais avant. J’ai bien senti à la voix, et à la tête de ma fille, que quelque chose n’allait pas. Mais Manon n’a rien voulu dire… j’ai attendu d’être seule avec elle.

Elle m’a tout avoué une heure après.

J’ai appelé de suite le collège, en expliquant que le choix de mettre une tutrice pour Manon, avait des conséquences inattendues… La meilleure amie de la tutrice a été convoquée jeudi dernier. Elle en est ressortie furax et a dit de suite à Manon, alors qu’elle regagnait le rang pour le cours suivant   »T’es qu’une salope pas plus handicapée que moi!!! T’es juste une conne! Si jamais tu répètes tout ça à ta mère et qu’elle me chope ou me refait convoquée, je porte plainte !!! »

Manon a dit ok. Qu’elle ne dirait plus rien. Elle a donc choisi d’être insultée. Et de me tenir à l’écart. La meilleure copine de la tutrice a dû connaître la raison de ce tutorat, quand elle a été convoquée. Je tenais à ce que l’on explique pourquoi Manon avait besoin de cette « béquille » humaine…  »Manon est une enfant prématurée qui a des séquelles motrices… », lui a t’on dit lors de la convocation… depuis la jeune fille dit à tout le monde que Manon est une pauvre débile de prématurée. Que c’est un mot qui ne veut rien dire car tout le monde nait avec de l’avance. Que c’est juste une feignasse… une fouteuse de merde…

Je reste zen. Mais c’est un effort surhumain que je fais là.

Je n’irai pas à la rencontre de cette jeune fille, à la sortie du collège. Elle n’attend que ça.

Mon seul recours, c’est la réunion prof-élève à laquelle je dois me rendre mi-janvier. J’ai demandé deux rdv, un avec la prof principale de Manon, un avec sa prof de français.

Je pense remettre en question cette histoire de tutrice. Même si c’était bénéfique pour ma fille.

Je suis assez en colère.

Pas forçément contre cette jeune fille en particulier, mais contre toutes les réactions violentes que l’école engendre. Contre cette facilité à taper, à insulter… contre cette barrière qui n’existe plus, qui consistait à savoir s’arrêter…

J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on tape sur les gens avec une violence rare, sans limite. Et ça me fait très peur….

Je me souviens le jour où mon frère est revenu du lycée, les mains couvertes de sang. Il prenait le bus lui aussi, pour revenir à la maison. Et lui aussi, il était différent, atypique. Il était un espèce de geek en avance, un fan de Star Wars, qui écoutait J-M Jarre dans son walkman. Il lisait des revues de fans de Star Trek (ça s’appelait UFO je crois)… il s’enfermait dans un monde de SF pour oublier ce que nous avions vécu, plus jeunes. Il ne faut pas oublier qu’il a été davantage témoin que moi de scènes de violence conjugale. Puisque moi, mon père m’enfermait à clé dans ma chambre dès neuf heures pour que je ne sois pas blottie contre ma mère…  à le supplier de la laisser tranquille, à pleurer… mon frère restait devant la télé et intervenait quand ça allait trop loin. Il aimait mes parents avec le même amour. Il était plus grand que moi. Il avait du recul, des explications à tout ça. Pas moi. J’aimais ma mère, pas mon père. Mon frère était donc un excentrique, un OVNI. Un jour, il est donc revenu en bus du lycée, comme d’habitude. Sans s’en rendre compte, il écoutait son walkman et balançait sa tête, les yeux ronds, fixes, dans le vide. Son regard perdu dans un néant de musique électronique, il ne voyait rien. Il était ailleurs. A un moment donné, un jeune homme est venu vers lui, d’un coup, énervé. Il a jeté le casque de mon frère en arrière de sa tête, s’est approché de son visage et lui a balancé « Comment faut que j’te le dise, connard, arrête de me fixer ok!!!! » et il lui a tailladé le dessus de chaque main avec un cutter… . Mon frère n’a rien dit. Des vielles dames ont dit au chauffeur de s’arrêter, bien après. Le jeune agresseur était descendu vite fait lors du débloccage des portes, à l’arrêt d’avant. Mon frère était un peu choqué. Destabilisé. Ce n’était pas grave. Mais quand je l’ai vu revenir à la maison avec ses mains en sang, j’ai chialé. Je devais avoir 12 ans, c’est mon frère qui me surveillait le soir, faisait à manger, puisque ma mère finissait à 22h deux semaines par mois… j’ai jamais compris pourquoi on lui avait fait ça. Sous quel prétexte.

Maintenant je sais que c’est parce qu’il avait une tête qui ne revenait pas… comme on dit si bien dans ces cas-là…

Manon a probablement aussi une tête qui ne « revient pas » à cette jeune fille.

Tant pis, faudra qu’elle s’y fasse.

En attendant, je veille. Les vacances de Noël arrivent, on verra comment ça se passe à la rentrée. Si c’est oublié, estompé.

J’espère. Car ce serait trop bête que Manon retourne au collège avec la boule au ventre. A cause d’une abrutie….

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