
Je sais, je me fais rare. Je réponds même plus à mes coms. J’suis une blogueuse à deux balles, ça devient pitoyable. Le questionnement sur la survie de mes bafouilles virtuelles ne cessent de me causer des noeuds au cerveau… typiques d’une femme-qui-s’en-pose-des-questions-métaphysiques-j’vous -jure…
Faudra qu’un jour je sache sur quel pied danser. Ca me fera du bien aux neurones.
Bon, parlons un peu de mon couple. Ca changera des mouflettes, qui vont très bien alors profitons-en…( Arf, si ce n’est une opération de 4 dents de sagesse pour Julie, un bilan avec la psy de Manon, et un sérieux recul encoprésique pour Zoé depuis un mois, engendrant une sur-consommation de couches nocturnes qui me perturbe…. la routine quoi)… mon couple ne déroge pas à la règle du 14 février. Vous savez, le fameux jour où on fait mine d’en avoir rien à cirer, parce qu’on se dit que c’est une journée comme les autres, rendue bêtement commerciale… qu’on a pas besoin de ça pour se dire je t’aime, patati-patata… bref le jour où on crie haut et fort qu’on s’en tape de la St Valentin… sauf que si le petit mari il revient pas avec au moins une rose rouge le soir, où si elle fait pas un bisou en rentrant au lieu d’aller direct vers son ordi… bah là on fait la gueule. Si. Quand même un peu…
Mon couple est donc un couple comme les autres. Qui refuse de se faire un cadeau pour fêter les amoureux, parce mince ça fait suer un mois après les fêtes de remettre ça… qui ne va pas au resto en tête à tête parce que ça ne lui vient pas à l’idée de laisser seuls ses enfants… bref, un couple dans la moyenne nationale. Qui s’aime chaque jour de l’année, tout simplement.
Cette année, on a fait une entorse à notre régime. On est allé au resto. Trois jours avant le 14. Parce qu’on ne voulait pas imposer du baby-sitting le soir du 14 à notre aînée fraîchement opérée de ses quenottes… le matin même…
La responsable de cette entorse? Une smartbox offerte à Noël. Une bonne idée. Car on a jamais l’argent pour s’offrir ce genre de tête à tête… parce que y a d’autres priorités… On a choisi un resto québécois (notre autre choix était un resto indien car on adore ça Jenfi et moi… mais y avait pas sur Bordeaux, en convention Smartbox…)
Donc j’ai réservé … toute contente. Pour 20h.
Il avait fait beau toute la journée. J’avais même profité de la terrasse et du jardin avec les petits que je garde… il régnait dans l’air un parfum de printemps… une envie d’ouvrir grand les fenêtres, de mettre le nez dehors. Ca tombait bien. Je suis casanière. J’ai des fois la flemme de sortir le soir. Une vraie mémère. Là, j’étais partante. Comme j’ai fini tard ma journée de boulot, Jenfi est allé au Drive pour les filles, et on a filé en leur conseillant de se vautrer devant Océans qui passait sur Canal… de vrais parents indignes… on les a laissées se débrouiller. On avait faim…
Le resto était petit, coincé entre un hotel et un autre endroit pour manger, face à une petite zone commerciale. On a garé la voiture dans la fameuse zone et on a marché tranquillement jusqu’à la terrasse du Québec Music café… ça me fait toujours drôle d’être “qu’avec Jenfi”. Je me sens légère. J’ai pas Zoé qui m’accroche le bras et s’inquiète dès que je traverse la rue… Julie qui me parle de sa journée de lycéenne.. Manon à chercher des yeux des fois qu’elle soit dans le sens opposé de là où on va… y a que moi à penser… pas de poussette double à pousser avec un loulou accroché à ma droite qui peine à monter les trottoirs… et me regarde avec le bonnet sur les yeux et le nez qui coule… je me rends compte qu’avoir l’esprit libre est un luxe pour une mère de famille…
On est entré. Le resto ressemblait à un chalet en bois version ma-cabane-au-Canada. Y avait un élan en peluche qui se balançait sur un rocking chair à l’entrée… des plaques numérologiques décoraient les murs lambrissés… 5 pendules à l’heure de Vancouver, Toronto, Winnipeg, Montréal et Pessac nous emportaient vers ailleurs… (arf, Winnipeg, moi qui venais de revoir le film Snow cake une semaine avant… et Toronto, là où se déroule l’action du film Chloé que j’allais découvrir le lendemain même… film conseillé par mon frère, parce qu’il parait que c’est “mon style”, et qu’en plus ma fille Julie ressemble un peu à Amanda Seyfried)… bref l’endroit était chaleureux. Deux grands écrans plats diffusaient du Super Bowl (auquel je ne comprends rien) d’un bout à l’autre des deux salles de réception, bien remplies de convives… une petite serveuse toute menue, brune, jolie est venue vers nous et on a confirmé avoir réservé… elle nous alors dit “Bon les réservations Smartbox, c’est là-bas”….
Là-bas, c’était le coin des Smart-boxers. Que des couples (4) enfilés les uns à côté des autres à raison de 60 cms d’espace entre chaque table… un côté banquette marron le long du mur, une chaise en bois de l’autre… Jenfi m’a laissée me vautrer sur la banquette. C’est simple, toutes les smartboxeuses squattaient la banquette, les mains croisées sous le menton, avec le menu à plat sous leurs coudes… les hommes étaient en face, en train d’énumérer les plats. Classique : l’homme a faim, la femme dévisage ses consoeurs… arbore un rictus de politesse mais n’en pense pas moins… les questions se posent dans la tête de la smartboxeuse trentenaire, bien maquillée, tirée à 4 épingles, voisine -elle fait vielle, sont-ils mariés??… arf, oui y a des alliances au doigt… ça va parler de leurs mômes toute la soirée… le truc bien chiant…-… Jenfi se fichait royalement de qui était assis de chaque côté de notre table. Il avait déjà choisi son apéro et son plat quand j’étais enfin débarrassée de mon manteau et de mon sac à mains…
J’avais pris soin de mettre mon portable près de mon verre. Des fois que Julie veuille me joindre. Au cas où. La mère flippée quoi, qui sort jamais sans sa progéniture.
Jenfi, affamé : “Bon alors, tu prends quoi?…”
Moi, tout juste en train de réaliser que y avait un menu spécial pour les Smartboxeurs : “Euh, bah entre le kir à l’érable ou la bière à l’érable… je vais prendre le kir…”
Pas trop dur. Toutes mes consoeurs smartboxeuses avaient leur kir sous le pif. Je ne faisais pas original…
Et tous les mecs avaient la chope de bière entre les mains.
Jenfi : “Moi je prends une bière, des ribs, une poutine… et un crumble aux canneberges”
Moi, ignare : “Un crumble aux quoi??????… nan, moi je prends le choco-poire… pis un hamburger Grizzli… et une poutine… et un kir”
(Enfin dans le desordre…)
Jenfi : “des canneberges, ce sont des fruits rouges… autant faire original, le choco-poire, je connais”…
Arf les hommes…. il faut toujours qu’ils prennent des trucs originaux quand ils vont au resto. Genre le truc qu’ils ne mangent jamais alors là c’est l’occasion ou jamais. Les femmes sont plus dans la sécurité, dans le terrain connu. Elles veulent” bien manger”, pas tester.
La serveuse est venue, toute dynamique. Elle a pris la commande. Jenfi et moi avons alors entrepris un tour visuel des lieux et du propriétaire. Le patron (québécois) était au bar, à servir ses clients. Au téléphone, sa voix était similaire à celle de Louis, le cuisinier canadien. Mais maintenant que je l’observais de loin, je trouvais que c’était Bruce Willis avec quelques centimètres en plus et une bedaine plus laxiste… (après tout, j’en sais rien, il est peut-être grand Bruce Willis? Moi je le vois de taille moyenne, j’sais pas pourquoi…)… il avait l’air sympa. Pas de grand sourire mais un air sympathique.
Après avoir dévisagé le resto, les convives de la table de 20 de derrière Jenfi qui rigolaient bien et trimbalaient une petite louloute de 6 mois de bras en bras autour de la table… un bébé magnifique… j’ai entrepris la lecture des souvenirs divers coincés sous le plexi de ma table… des photos enneigées… des cartes géographiqes découpées… des capsules de bières canadiennes… c’était original… voir toute cette neige sur des photos persos me donnait des frissons… j’avais la fatigue de ma semaine dans les pattes et une envie furieuse de me remplir de bonne bouffe… l’apéro est arrivé, accompagné de tapas (Oignons frits, poulets à l’os, nuggets de fromage, avec une sauce mayo et une autre Barbecue)… on a trinqué, sous l’oeil amusé de nos voisins qui avaient dû le faire 10 mns avant nous…. j’ai apprécié le goût du kir, et Jenfi celui de sa bière. On a échangé pour goûter, comme des gamins… on se savait épiés mais on s’en fichait. le brouhaha ambiant ne permettait pas de bien comprendre nos paroles… on voulait juste faire partie du paysage et passer une bonne soirée…
C’était sans compter sur la maladresse de mon homme, Mr bean dans l’âme. Jenfi était en train de regarder un truc accroché aux murs lambrissés quand il a reposé sa bière devant lui et que celle-ci a perdu l’équilibre… comme posée sur un morceau d’oignon frit ou je ne sais quoi… il a alors eu un super réflexe de survie (merde, une si bonne binouze!!!) et a fait un numéro de jonglage avec sa chope de telle sorte qu’elle n’est pas tombée sur la table mais elle a juste fait un va et vient entre ses deux mains, avant de se poser convenablement devant lui… arrosant au passage nos deux tables voisines, le sol, le jean et le pull de Jenfi… j’ai rigolé avant de m’inquiéter de l’éclaboussage provoqué sur mon voisin de droite, sosie de Patrick Bosso avec les lunettes et l’accent bordelais en plus…
Le faux Patrick Bosso : “Non, vous inquiétez pas, on a presque rien reçu!!! C’est plutôt votre ami, il a le pull et le jean ruinés!!! Il peut re-demander une bière si il veut?”
J’ai souri. J’ai pensé, nan, on ne veut pas abuser. Mon “ami” va finir ce qui lui reste dans son verre et attendre que ses vêtements sèchent. Il est habitué à être mouillé. Il est maladroit de nature.
Comment pouvait-on penser que Jenfi pouvait être mon ami? J’ai dû avoir une tête interrogative pendant une minute car Jenfi a pas pu s’empêcher de me dire : “Bah à quoi tu penses???”
J’allais pas lui dire que le chauve d’à côté avait sûrement dû croire que nous étions deux divorcés en quête de seconde union… ça n’aurait pas été discret et puis comme la plupart des smartboxeurs présents avaient l’air de sortir tout droit d’un speed dating, je ne pouvais pas me lancer dans un débat sur le sujet.
J’ai donc dit “A rien” et on a vu nos plats arriver…
Le hamburger était gigantesque. Mais Fameux. Jenfi a rigolé de me voir l’attraper à pleines mains pour le mordre alors que mes voisines l’attaquaient avec le couteau et la fourchette…
J’ai dit tout doucement “Oh puis merde, dis-sept ans de mariage, tu seras pas choqué si le ketchup dégouline hein???”
La poutine était très bonne. J’avais pris une classique. Y avait aussi une bolognèse, une forestière… j’ai voulu prendre la traditionnelle, la vraie!!! Et j’ai adoré. Faut absolument que je trouve cette sauce barbecue quelque part car elle est succulente. Jenfi n’a pas pu finir la sienne. Son régime Dukan entamé depuis six mois a eu comme un effet coupe-faim au bout d’un moment. J’ai mangé plus que lui je crois… et bien plus que mes voisines qui au bout de deux bouchées de hamburger et de poutine avaient mal au bide et ne pouvaient plus rien avaler…
J’ai dû passer pour une grosse truie.
M’en fous. Je me suis régalée.
Le crumble était simple, mais bon.
Un petit déca par là-dessus et hop, on est rentré à la maison. A 23h.
On avait passé un très bon moment.
A refaire.
En arrivant, Jo (qui avait été autorisé à passer la soirée chez nous) et Julie regardaient le DVD de Florence Foresti, Mother Fucker. Zoé et Manon lisaient dans leur lit…
On est arrivé au meilleur moment du DVD, celui où je n’arrête pas de dire “Elle est extra, elle danse super bien!!”…
Julie avait allumé les bougies, la lampe pierre de sel… Il faisait bon dans la maison…
On est allé se coucher vers minuit, le ventre chaud, trop rempli.
J’ai eu l’impression de dormir avec une mijoteuse dans le bidon. Un truc qui fermente, bizarre.
J’avais vraiment trop bouffé.
J’avais oublié de racheter du citrate de bétaïne.
Misère.
Je vous dis pas le lendemain, quand on s’est attaqué à la peinture du mur du salon… on a bien éliminé notre poutine!!!!
Heureusement qu’on avait les fenêtres ouvertes pour aérer…