Histoire de famille…
13 mai 2008 par Véro
La famille est grande. Je veux dire celle qui dépasse notre noyau à cinq. Pas trop de mon côté, je dois bien le dire. Mais du côté de Jenfi, ça compense largement. Son père a cinq frères et soeurs. Sa mère en a 7. Donc ça fait une palanquée de cousins et cousines. Tous éparpillés aux quatres coins de France. C’est difficile de voir tout le monde, d’être proche, au niveau de la distance et des affinités. Disons que c’est avec grand plaisir qu’on les retrouve lors des mariages. Qu’on découvre leur progéniture grandissante, qu’on apprend qu’ils sont partis vivre à l’étranger, qu’on voit les photos de leur maison… qu’on se surprend à découvrir mieux leurs maris et femmes… j’en ai connu pas mal, de cousins et cousines à Jenfi, qui avaient une dizaine d’années quand je suis arrivée dans la famille. (oh la vieille!!!) … bah oui, Jenfi est un cousin de tête… un des plus vieux, faut le dire, j’ai beau cherché un mot moins direct, j’en trouve pas. Donc il fait office “d’aîné” des cousins… il est prévu des “cousinades”, à partir de cette année. Une date est fixée et on se retrouvera probablement tous dans un gîte, aux abords de Paris… chouette idée. Pas facile à organiser. C’est bien les grosses familles.
Odile est une cousine de Jenfi. Une parmi les innombrables. Une du côté du papa de Jenfi. Une fille du sud-Ouest donc. (car la maman de Jenfi est originaire des Vosges, pas du tout d’Agen comme mon beau-père); C’est la deuxième fille de l’unique frère de beau-papa (vous suivez là?)… elle a une soeur aînée, Laure, que je connais bien aussi. Laure était chez nous à Paris pour un mois quand j’ai eu ma première fille, Julie. Quand je pense à Laure, je revois mon premier bébé, tout le temps. C’était un super mois d’août que celui de 1994. On doit bien l’avouer, de tous les cousins et cousines, c’est Odile qu’on cotoie le plus. Alors pourquoi????…. la proximité de son lieu d’habitation par rapport au nôtre, sa jovialité, sa gentillesse, son affection envers les filles, son talent de cuisinière et de décoratrice, son petit mari monté sur pile électrique qui nous fait trop rire???? … Sans aucun doute le tout mélangé… mais encore…
Je dois dire que je m’interroge, des fois. Comme ce samedi, alors que nous roulions tranquillement pour aller chez Odile, afin de passer la journée. Je me souvenais de mes seize ans. De mon premier été à Agen, en tant que “petite copine” du Jenfi. Petite copine qu’il avait connu au Havre de 11 à 14 ans, et qui continuait à lui coller aux basques (j’ose espérer que c’était réciproque!)… à lui écrire de longues lettres chaque semaine… à lui téléphoner des heures après le lycée (ah si on avait eu msn!!!!)… Les soirs d’été, à l’heure de l’apéro, où Je le suivais timidement chez chaque oncle et tante… tous blagueurs et bien désireux de chambrer ce petit “couple” bien jeune…. J’étais assez fascinée par cette grande famille unie, par le couple formé par ses parents sans ombres, sans violence… Je ne savais pas qu’on pouvait vivre aussi sereinement… je découvrais… et je me sentais bien… si bien…
Odile avait sept ans, la première fois où je l’ai vue. Elle n’a probablement pas fait attention à moi comme moi je faisais attention à elle. Elle était pleine de vie, rigolote, bavarde. Rien à voir avec Laure, sa soeur, qui avait une dizaine d’années et qui était calme, posée et discrète. Je suis venue plusieurs fois chez elle, dans la banlieue agenaise, car il faisait très chaud l’été, et son père (l’oncle de Jenfi donc) venait de finir la piscine la plus rafraichissante qui soit!!! C’était un vrai conte de fée pour moi, qui avait grandi dans un quartier HLM au Havre, sous un ciel le plus souvent gris, balayé par un vent venant de la Manche…. qui ne savait pas qu’on pouvait avoir une telle douceur de vivre… qui n’osait pas parler, rire, ni même se baigner… je suis bien sûr allée à l’eau toute habillée… balancée par le père d’Odile, qui avait étudié ma mise à l’écart… cela a permis de me rafraichir les idées et de me mettre à l’aise… d’année en année… de plongeon en plongeon… toujours toute habillée…
J’ai toujours été à l’aise avec la famille d’Odile. Par la suite, j’ai connu toutes les tantes (les six soeurs de beau-papa). Elles sont toutes adorables et différentes. Je les aime toutes beaucoup. Odile a grandi sous mes yeux… sans le savoir. Vers douze ans, elle a commencé à dire qu’elle vivrait en Espagne, qu’elle se marierait avec un espagnol …(sa mère esr née en Espagne, en Catalogne… quand tu veux Odile tu m’apprends le catalan????? je vais faire comment moi quand je vais acheter ma maison à Pals, tu sais, celle de l’Euromillion… je vais parler avec les mains????!!!!)… Odile a toujours été gaie, vivante, optimiste. Je ne l’ai jamais connue triste, même pendant les soucis que son père et sa mère ont rencontré quand elle était adolescente. Elle a continué sa route. Et nous la nôtre. Loin d’elle , à Paris. On a eu nos enfants. Elle a passé son Bac. Nous avons quitté Paris pour Rouen, elle a commencé sa carrière de commerciale dans une grande Banque française… nous avons continué à nous voir pour les Noêl, les apéros, les mariages et les baignades dans les piscines du Sud Ouest l’été (en maillot cette fois!)… aucune ombre à l’horizon… rien… juste le cycle de la vie…
Un jour d’octobre, le père de Jenfi nous a téléphoné, nous vivions à Rouen. C’était un matin d’automne. J’étais en congé parental de Zoé. J’étais à la maison à m’occuper de ma poupinette. J’ai décroché et j’ai appris la nouvelle de son accident, de plein fouet. J’ai revu Odile avec sa coupe au carré, ses grands yeux souriants, ses sept ans, son rire, sa voix de chipie… j’ai senti que je devais m’asseoir. Mon beau-père était sous le choc. Son frère venait de lui dire que les gendarmes considéraient sa fille comme perdue. Que l’hélico fonçait sur Bordeaux, pour la transporter dans le plus grand hopital de la région… j’en ai déjà un peu parlé ici, de ce matin-là d’octobre 2002…
Nous passons tous les ans le week-end du 15 août au Pays Basque, lieu de vacances préféré d’Odile. C’est un grand bonheur que de les rejoindre là-bas trois jours, elle et son mari, au mobil home où ils séjournent. Un week-end devenu incontournable… durant lequel Odile et moi, on parle de tout et de rien, comme deux “cousines” par alliance… devenues inséparables…. Je me surprends à prendre des leçons de vie avec elle. A me détacher du superficiel, des tracas journaliers. Des petits bidules qui me font m’inquiéter et qui en fait ne sont rien que des broutilles. Elle s’est remise de son accident avec brio. Elle a conservé sa joie de vivre, son optimisme, Elle a gardé des séquelles internes et externes de son grave accident de la route avec lesquelles elle vit chaque jour sans broncher… sa paralysie faciale, sa perte auditive à une oreille, son bras amoché, sa glande thyroïde déréglée… ses broches… son odorat perdu… le fait qu’elle n’ait plus de larmes… et j’en passe… je ne sais pas comment cela se fait, que certaines personnes s’accrochent autant à la vie… la domptent et l’apprivoisent… Ma fille Manon m’avait déjà donné une belle leçon de courage en couveuse… ma propre mère aussi, a toujours été mon modèle de combativité face à mon père si violent, jusqu’à cet AVC qui l’a amoindrie, en 2001… Odile fait partie de ces femmes que j’admire et que j’aime regarder avancer… elles me tracent le chemin… me donnent l’envie de regarder droit devant et d’aller à l’essentiel… le plus possible…
Nous avons passé un samedi très chouette. Odile tenait à nous souhaiter nos anniversaires, à Jenfi et moi. Nous n’avions pas pu nous voir avant. Nous avons été très gâtés, choyés. Comme toujours. Le menu était divin. On a honoré chaque plat avec plaisir et goinfrerie… la soupe de fraise à la menthe en dessert a mis le coup de grâce à notre gourmandise… nous avons regardé nos bedaines bien remplies et avons pris un bon café avant de s’attaquer au shopping, Odile et moi… Je n’en fais qu’avec elle, j’aime pas sinon… nous fréquentons les mêmes boutiques… adorons la déco… la cuisine… Nous avons laissé les hommes avec les filles, prêts à partir pour une promenade en campagne… et sommes parties lécher les vitrines à Marmande, entre cousines… C’était chouette… le ciel était bleu, le soleil chaud… les rues piétonnes étaient bondées de mamans en tenue légère accrochées à leur poussette… de grands-parents qui gatent leurs petits-enfants au manège de la place centrale… Odile a pu faire une série d’essayage de tenues d’été façon ‘Pretty Woman”.. moi je disais “bof” ou “chouette” assise sur mon petit pouf face aux cabines d’essayage… c’était bien de la voir se réjouir d’avoir trouvé une tunique qui lui convienne… c’était bien de la voir rire quand j’ai failli repartir du magasin de Foire-fouilles sans le jeu de cartes que Zoé m’avait demandé (chose pour laquelle j’étais rentrée dedans, faut quand même le dire)… c’était bien de la voir me montrer avec engouement l’endroit où elle achète sa farine à pain… c’était bien de la voir euphorique quand j’ai trouvé le parfait pouf qui irait avec mon canapé en entrant chez Casa… c’était bien de parler avec elle dans la voiture en rentrant du shopping, sur le fait qu’elle adorait la marque Peugeot, pour son confort… alors que moi je suis abonnée à Renault depuis des années… quand on sait qu’elle a failli y rester dans une Scénic neuve de deux mois dont le pneu arrière gauche à éclater… la menant droit dans un mur… je suppose que je ne voudrais plus acheter Renault, dans ces cas-là… mais Odile, elle dit ça sans arrières pensées, qu’elle préfère Peugeot… elle n’en veut à personne, de ce qui lui est arrivée. Même pas à sa Scénic. Elle a eu toute sa vie de bouleversée. Elle ne peut plus travailler à temps complet… elle ne peut pas avoir d’enfant, après des FIV infructueuses, elle est dans la longue et infernale attente d’une adoption… mais elle n’en veut pas à l’administration française et à sa législation débile sur l’adoption. Non elle vit chaque jour de sa vie, heureuse, hilare. Elle me fait des coucou chaque jour sur msn qui me font tordre de rire et me rappelle que la vie est belle…. elle ne va jamais mal. Alors que des fois elle aurait le droit de l’être… mal…
Odile, tu es ma bouffée d’air pur. J’ai passé un super samedi. Encore un parmi tant d’autres. La petite fille de sept ans et l’ado de seize ans que nous étions sont devenues de vraies complices, des années après. Jamais je n’aurais pensé avoir une telle proximité avec toi.
C’est bizarre la vie… ça réserve bien des surprises. Et toi, tu en es une sacrément bonne… de surprise!!!
Je t’aime très fort Odile. Merci d’être toujours là pour moi.

Pouah !!! et bien voilà ça y est je pleure !!! Bon mes larmes coulent toujours pas mais bon si si je pleure (évidemment le kleenex heu pardon le mouchoir en papier que je viens d’attraper ne sers à rien vu qu’il n’y a rien à essuyer mais bon c’est pour faire comprendre que je pleure !!) Donc je pleure…..non pas pour tout ce retour en arrière sur mon accident , non ça ça me fait pas pleurer, mais pour tout cet amour que je ressens en te lisant !!! Moi aussi je t’aime très fort ma p’tite Véro ….tu le sais mais j’aime à te le redire que je t’aime fort fort !! Pour ce qui est de t’apprendre le catalan, je reste sur ma position je refuse…..ben oui pas folle la guêpe si tu gagnes à l’euromillion tu vas partir vivre en catalogne et donc tu vas m’amanera avec toi pour te servir de traductrice !!! Si je t’apprend le catalan t’auras pas besoin de moi !!!!! En attendant je veux bien t’apprendre la soupe de fraises !!!Je t’embrasse très fort !!!
Je dois dire que moi ma famille coté paternel est assez grand aussi. Mon pere a 12 freres et soeurs. Nous sommes 33 petits enfants, et presque 40 arrieres petits enfants puis c est pas terminé je compte bien l’agrandir encore. Je ne connais pas la moitié des gens dans ma famille car j’étais l’une des plus jeunes dans les petits enfants alors quand il avait des fêtes je me rappellais jamais d’eux.
Tres beau texte en passant que d’amour de famille dans l’air.
C’est une cousine de coeur , quoi! Celle que la vie nous a choisit. Je suis contente pour toi de faire partie d’une si grande famille.
non, mais, oh, là, hé… c’est pas pa’c'qu’on les aime très fort tous les deux, là, la Didille et le Dridric de Bazeille qu’il faut leur jeter tant de fleur: après ça, ils vont être insupportables et je vais devoir faire leur future vidéo, alors calmos, là… oups, j’aurais pas du en parler…
allez, un gros bisou sur la perruque blonde !
Bon… j’vais me remettre de mes émotions un ti peu…
Véro, t’as de ces façons d’écrire, c’est tout simplement incroyable! Tu pourrais écrire doublement plus long que je lirais avec autant d’attention. C’est pas des farces, quand je te lis, la Reine me parle et je l’entends pas du tout!
Pour ce qui est de la famille, la mienne est pas mal petite. Tout autant sympathique par contre, je crois être le phare de l’esprit de famille par chez moi. Sous peu, va y’avoir un troisième bébé pour moi (deuxième pour la Reine) en projet. Rare de nos jours de voir telle chose! En espérant qu’elle soit aussi épanouie que la votre.
Et puis j’ai déja dit quelque part que je l’aimais bien Odille.
Eh bien je réitère
Je lis ce billet et me rends compte que dans mon entourage, je suis tout à fait pauvre côté amitié avec la famille! Va savoir pourquoi, je ne trouve personne dans ma famille qui me filerait l’inspiration d’écrire un tel délice, autant de beaux mots pour l’amitié et autant de coeur pour les pousser. Na, ici c’est la sèche côté familial, je crois que je suis associal.
Et le Fifi qui parle de perruque blonde……hum c’est une invitation à mettre une photo sur mon blog ça !!!
Whouaaaa quelle belle déclaration d’amitié, c’est vraiment touchant. Bonne journée.
Odile : Bon bah je vais continuer à rien comprendre quand je vais à l’Escala, voilà!!!!! Bon j’ai pas trop de mal à m’en sortir, ils parlent tous français là-bas, mais quand même!!!! Pense à mon futur gendre, je vais faire comment moi pour être une gonflante belle-mère (vu que Julie dit comme toi, “je vais vivre à l’Escala et me marier avec un catalan!!!!”… ahlala, l’espoir fait vivre!!!!
Jacynthe : Waouh, impressionnante famille! Bravo!!! C’est clair, tu ne peux pas connaître tout le monde… déjà Jenfi avoue que dans ce son cas, certains cousins et cousines sont assez “inconnus” pour lui… il ne les a pas cotoyés assez durant sa jeunesse… et même après….
Superbe nouvelle d’envisager bébé2!!! J’adore les grandes tablées, les familles nombreuses!!!… si je n’avais pas tendance à accoucher prématurément, j’aurais eu un quatrième enfant, c’est sûr…
Pur Bonheur : C’est une famille très attachante, autant du côté de mon beau-père, que de ma belle-mère… Ma famille à moi en Normandie est plus petite et plus marquée par les décès et les divorces. J’aurais aimé qu’il en soit autrement pour eux. Ils n’ont pas eu de chance.
Jenfi : La vidéo de St Jean de Luz????????!!!:-))
Drew : Merci Drew, ça me touche beaucoup ce que tu me dis!!!! Je ne me rends pas compte quand j’écris… je refléchis à rien. Je fonce. Comme toujours;
Odile a gardé une âme d’enfant, c’est ce qui fait qu’elle a toujours la pêche, la joie de vivre… quoiqu’il arrive. C’est une chance d’avoir un caractère comme le sien. Elle t’aime beaucoup aussi. On a parlé de toi et Jacynthe samedi…
Exivrogne : mais non t’es pas associal!!!! Tu sais, si je n’avais pas connu jenfi, j’avais un tout petit noyau familial et peu de chance de sortir de mon nid au Havre… a
à croire que je cherchais à m’envoler ailleurs… besoin de liberté je crois… de souffle nouveau….
Odile : Alors vidéo, perruque blonde, mais de quoi vous parlez jenfi et toi!!!!!
Sylvie : Merci c’est gentil!!! Odile le méritait amplement… des fois, il faut que ça sorte ce genre de mots!!!!
Bisous à vous tous!
Suis très émue en te lisant. Quelle écriture…
De mon côté, famille très réduite, pas de frère, pas de sœur, 2 cousins bien éloignés… côté de zhom c’est …. compliqué ! TRES compliqué…. Du coup, parfois, je me sens un peu seule c’est vrai.
Aaaah… Quel post!!! j’en frissonne. Il y a des gens que la vie éprouve terriblement…
Je suis allée quelques fois jeter un coup d’oeil sur le blog d’Odile, et moi aussi je la trouve très courage, ça a été un accident horrible… Ça fait peur, ce genre d’accidents… Une seconde on conduit et tout va bien, et l’autre, on est inconscient dans le fossé… brrr.
Bravo à Odile pour sa détermination et sa joie de vivre… La vie ne semble pas lui avoir fait que des cadeaux, mais elle lui a offert une personnalité capable de passer au travers en gardant un moral de fer, et c’est très précieux, ça…