Je me suis mariée avec jenfi un 28 août 1993. Après des années d’amitié, de réflexion, de concubinage. C’était une belle fête. Rien de religieux puisque nous ne le voulions pas tous les deux. Cela a permis de se faire rencontrer deux familles radicalement opposées dans leur façon de vivre, d’éduquer leurs enfants, de travailler… les lieux de résidence géographique de chaque famille étaient à 800 kms l’un de l’autre et le sont toujours. J’ai adopté cette complexité et cette diversité en épousant Jenfi. J’ai accepté tout par amour. Le mariage implique ceci. Du moins, je le pense fortement.
Ma belle-famille est composée d’une belle-maman, d’un beau-papa, d’un beau-frère et d’une belle-soeur. Jenfi est l’aîné de cette fratrie de trois enfants. C’est lui le plus “massif” des trois (rien de méchant là-dedans). Il a un côté protecteur et rassurant. Il essuie les plâtres, comme on dit. C’est souvent le rôle de l’aîné. se lancer et faire des erreurs…. Il n’a sûrement pas été à la hauteur des espérances professionnelles qu’on misait sur lui. Il devait faire maths sup. Ingénieur. Il avait le profil pour; Je le sais bien. Je l’ai très vite su, que ce garçon intelligent qui se retournait vers moi depuis sa table de classe, risquait de s’enmouracher d’une pauvre fille qui avait raté neuf années de sa scolarité… en se recroquevillant chaque soir de sa vie dans un coin de sa chambre, contre son lapin peluche qui n’était qu’un range-pyjama (ma seule peluche de l’époque)… auquel elle demandait tout bas “tu sais quand tout ça va s’arrêter toi? hein, tu le sais???”…. je vous l’avoue, et sans chercher à me déprécier ou à attirer votre sollicitude, je n’ai aucune culture générale de base. Je suis nulle en hist-géo. Selon moi, tous Les Rois de France s’appellent Louis quelque chose et ont vécu à Versailles… Je suis l’anachronisme personnifié, je mélange toutes les époques. je ne reconnais aucune architecture, je suis incapable de vous dire de quand date un monument…. je me défends un peu mieux en géographie mais je ne connais pas mes capitales par coeur… je vous balance tous les pays d’Afrique sans même savoir où ils sont situés… je suis comme ça…. j’ai tenté de m’accrocher à une seule matière : le français. Parce que lire était ma seule distraction, mon seul mode de rêverie…. parce que j’écrivais beaucoup pour sortir toute la peur que j’avais en moi… de mourir… de pourrir dans un coin de ma chambre, enfermée, seule… parce que sans doute un jour, ma mère aurait fini par succomber à un coup dans une pièce de l’appartement radicalement éloignée de la mienne… que mon père serait parti en emportant juste mon frère… parce que…
Jenfi a épousé une femme qui est tout à fait son contraire : moi. Il avait la famille stable, l’amour inconditionnel de ses parents, une intelligence hors norme qui devait le faire monter très haut… il a croisé ma route et a renoncé à beaucoup de ses rêves. Il dit qu’il n’avait aucune aspiration de ce style. Il dit qu’il n’avait aucune envie de rater sa vie… et que par conséquent, sa vie, elle était avec moi. Il dit que nous avons choisi un boulot pépère dans la fonction publique, certes, mais que nous avons bien réussi notre vie de famille. Que c’est tout ce qui compte… Je ne vous le cache pas, j’avais cette aspiration au fond de moi. Réussir ma vie de femme, de maman. Apporter à mes enfants la plénitude et le bien-être que je n’ai pas eu… Jenfi l’avait vite compris, que j’avais besoin de me prouver à moi-même que le bonheur existe. Selon moi, il ne passe pas nécessairement par une vie matérielle aisée…. par un accomplissement dans le travail. Si on peut avoir les deux, bien sûr que c’est mieux. Mais moi, je savais que j’avais un “handicap scolaire”… qu’avoir les deux était illusoire. J’ai ramé pour avoir mon bac et faire deux ans de fac après… j’ai dû travailler plus que les autres car je n’avais aucune base solide… j’ai pu apprendre correctement à partir du collège… seulement à partir de ce moment-là… ma scolarité d’avant demeure un vrai flou artistique… tout comme ma vie d’enfant, que j’ai flouté par la suite…. volontairement….
Jenfi m’a portée vers le haut. Toujours. Il ne m’a jamais lâchée. Il a toujours été là quand je baissais les bras. Moi, la fille si peu sûre d’elle. Qui dit qu’elle ne va pas y arriver avant même d’avoir commencé…. il s’est acharné. Il a trouvé en moi ce qu’il y avait de valable. Il a toujours dit que j’étais tout sauf une ratée. J’ai jamais su pourquoi il s’acharnait autant. J’avais la certitude de n’avoir aucun talent… pour rien. Il a toujours dit que je devais écrire, que je devais poursuivre mes études d’anglais, autre matière où j’avais des facilités. Il a toujours dit que je pouvais être aussi bien que n’importe qui. Que peu importe si je n’étais pas la femme qu’on aurait voulu qu’il épouse… que c’était comme ça. Qu’il ne fallait pas que je m’inquiète pour lui.
Jenfi a toujours tout fait par rapport à moi, pour moi…
Ma belle-famille a su très tard qui je suis vraiment. Ce blog est arrivé il y a peu de temps dans ma vie, puisque je vais avoir quarante ans le 25 mars prochain…. ils ont lu ici, comme vous, ce que j’ai vécu enfant. Ils savaient pour l’alcoolisme de mon père, le divorce, son décès…; ça oui… mais c’était tout. Et finalement, c’était rien.
Je n’ai jamais pu leur en parler avant. D’abord parce qu’il aurait fallu qu’on m’y incite. qu’on cherche à savoir le pourquoi du comment… pourquoi j’étais farouche et timide… pourquoi je ne prenais pas de décision en leur présence… pourquoi je me refermais sur moi-même, donnant l’illusion de bouder, quand je devais suivre le mouvement… un mouvement que je me sentais incapable de suivre… ou que je n’avais pas l’habitude de suivre…. pourquoi j’étais nulle au trivial pursuit… pourquoi je ne parlais pas à table quand chacun mettait ses connaissances en avant… pourquoi j’ai toujours été discrète…. pourquoi Jenfi osait dire des fois ‘Euh non, allez y sans nous”… alors qu’enfant il disait toujours oui à ce choix de direction… pourquoi sa femme ne le disait pas elle-même, qu’il fallait y aller sans elle, puisque c’était d’elle que venait cette opposition… pourquoi n’avait-elle pas le courage de ses opinions… pourquoi Jenfi devait-il être son bouclier… ne pouvait-elle pas s ’exprimer elle-même, comme une grande fille…
Oui Jenfi était mon bouclier, mais pas face à eux. Oui j’ai beaucoup gardé en moi, mes oppositions… disant à jenfi avant chaque rencontre avec ses parents “Surtout si on nous demande de faire ceci ou cela, tu sais que j’en suis incapable. Ne compte pas sur moi pour leur dire non merci et pourquoi j’en suis incapable. Ils ne vont pas comprendre et ils ne vont plus m’aimer si je leur dis la vérité….” … Jenfi ne pouvait pas toujours dire “non” à ses parents pour me sortir de situations délicates. Alors je subissais et nous réglions ça le soir à la maison. Dans les pleurs pour moi et l’acharnement pour lui… celui qui consistait à me dire “mais enfin moi je sais ce que tu vaux et je t’aime comme ça!!!… peu importe que tu aies eu du mal à suivre aujourd’hui. Je sais que tu m’en veux de ne pas avoir su leur dire non. Mais c’est pas grave, non? Tu as su le faire finalement, alors où est le problème?”…. le problème était que je ne voulais pas faire ça. Même si j’avais réussi à la faire.
Le problème majeur était que je ne voulais pas le faire au départ…. “le”, cette chose qui pouvait être aussi bien une sortie en montagne ou une façon d’aménager notre appartement…. Que je pensais ne pas avoir la capacité de dire “je ne veux pas”… ni même le droit de le dire… Que je savais que ce serait une pierre de plus dans mon jardin. Que je n’en avais pas besoin. Que je voulais juste qu’on m’aime, qu’on m’accepte. Avant tout.
J’ai toujours dit oui à tout. Par peur de décevoir. Par amour pour Jenfi. A la maison, quand nous étions seuls, je le suppliais de dire non à ma place. Ce “non” que je ne pouvais pas sortir du fond de mes entrailles. Il n’a jamais pu le dire à ma place. Malheureusement. Il pensait que je vivrais avec cette faiblesse de sa part, lui, qui avait toujours su être mon protecteur. Il avait tort.
Sur ce point, il n’a jamais pu être fort. Face à ses parents, il n’a jamais su me défendre.
J’ai laissé faire jusqu’à la naissance de Zoé. Pas après. Il y a eu un clash. Un gros clash.
Ce serait trop long de le développer maintenant. je travaille sur moi-même en ce moment pour en parler avec les mots qu’il faut, ici.
Faire ce billet sur les relations avec ma belle-famille ést déjà bien assez complexe pour moi…
Je vais revenir….



ouah je suis retournée à te lire, tu décris si bien ta détresse et ton malaise… j’aimerais te lire encore.
Des bisous.
Je reconnais ecore une fois plein de sentiments… Mon homme qui me demande “mais pourquoi tu as dit oui alors que tu ne veux pas ?”………… Ben tu le sais toi ?
Moi aussi je voudrais parfois qu’il dise non à ma place plutôt que de devoir me dépatouiller…
Mon angoisse à moi, c’est qu’il me laisse seule au milieu de ma belle famille. Ou même avec un seul de ses membres. Ou au milieu de ses amis ou de ses collègues…
C’est bête, j’ai 32 ans, je ne suis plus une gamine. Mais c’est comme ça.
Seulement sur le coup, il me dit “bon, ben tout va bien finalement, je peux te laisser, je vais faire tel ou tel truc”.
Et je ne peux rien répondre…
Rien que d’y penser, ça y est, je suis horriblement mal à l’aise…!
Pourtant, ils nous aiment, c’est indéniable… Mais c’est dur, dans les deux sens…
Bisous Véro !
Tout ce qui touche aux relations familiales est difficile , parce qu’on parle ici de sentiments, d’émotions. On a parfois du mal à bien s’entendre avec notre propre famille, alors la famille du conjoint pas toujours évident. Moi c’est plutôt chéri qui a du mal avec sa propre famille et j’ai souvent servi de tampon pour faire revenir l’harmonie. Ça n’a pas donné grand chose. Et puis on change en vieillissant, les priorités ne sont plus les mêmes.
Je te souhaite d’enfin trouver la paix. Et je comprend Jenfi de t’aimer comme tu es!
Suis venu saluer le courage, et je ne mettrai rien de plus qui pourrait te dévier de cet exercice fabuleux! À ton rythme!
Mona : Merci, ça me touche ce que tu me dis….. j’ai tellement eu des sentiments de détresse, des envies de creuser un trou et de m’y enfouir dedans…. c’est quelque chose que je connais bien!!!!!
Caro D : C’est marrant (enfin pas vraiment!). ce besoin de ne pas affronter… de dire à l’autre, le conjoint, de veiller à dire ce qu’il faut, au moment qu’il faut, pour nous sortir de l’embarras,, hein?… j’ai empoisonné la vie de Jenfi avec ça… en plus, à chaque fois qu’il était devant le fait accompli, que je me noyais dans un verre d’eau face à une réflexion, à une décision prise sans me consulter, il oubliait de venir me sauver…. ça nous a valu de belles prises de bec…
je sais dire non depuis la naissance de Zoé….
Ca a été long…
J’avais trente ans….
Pur Bonheur . je t’admire. Tania nous a bien fait rire avec vos anecdotes familiales. Elle est trop marrante quand elle “vous” raconte. Ce que j’en ai retenu, c’est que tu es celle qui sait tout faire passer en finesse, en prenant soin de dire et de faire ce qu’il faut, sans te laisser marcher sur les pieds… toujours avec ta joie de vivre et ta beauté naturelle… chapeau!!!!… je te dis, je t’admire….
Exivrogne : Courage… hum, il est temps que j’en ai!!!!…. … si j’avais su dire les choses avant, j’aurais pu éviter un clash… le courage n’a pas toujours été au rendez-vous… malheureusement… et ma peur m’a beaucoup bloquée… enfin….
Gros bisous à vous 4!
Ton billet est tellement plein d’infos persos… Tu fais bien de le mettre en mots, par écrit: ici!
Je sais être une privilégiée… pour avoir vécu dans un ailleurs que mes 14 frères et soeurs… l’histoire serait longue et ce n’est pas mon propos.
Mon propos est que: sur le tard… trop à mon avis: j’ai appris des bribes de ce qu’on vécu mes frères et soeurs… le genre de trucs qui marque à vie, comme pour toi.
Jenfi est un merveilleux complice pour toi. Les B.parents sont toujours des espèces d’électrons libres dans nos vies de couple
L’important est que tu t’ouvres maintenant. Faut plus souffrir inutilement, tu sais où se trouve la porte de sortie qui t’ouvre tout grand, autant le droit de parole que la revendication d’être TOI!