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Les français votent pour “notre” avenir, à Jenfi et à moi. Ca fait bizarre. Se dire que le population va décider de notre sort professionnel (façon de parler, à mon avis, les jeux sont faits depuis longtemps)… en même temps, je trouve ça bien que les gens disent ce qu’ils en pensent.

J’ai tellement l’impression que tout le monde se fiche du sort des postiers.

A la limite, je le comprends.

Je suis postière, détachée de mes fonctions depuis 2001… je suis rattachée à un pôle administratif (l’est parisien)… qui je vous le dis, ne me reverra jamais. Comment voulez-vous que je ré-intégre mon poste de guichetière à Paris???… en laissant mari et enfants à Bordeaux, hein??? Inconcevable, illogique, coûteux… j’ai plein de termes qui me viennent en tête, plus grossiers les uns que les autres. J’ai plein de peur, aussi, à l’idée qu’on m’oblige à la faire. Cette ré-intégration parisienne…

Je pense avoir assez déménagé comme ça. La mobilité géographique, on sait ce que c’est Jenfi et moi. On a été déracinés cinq fois… même pas pour un “plus” financier. Pour une promotion si vous préférez… non. Juste pour des fermetures de services. Et une envie de rester dans le vrai coeur de la Poste, à savoir”le courrier”… Jenfi et moi n’avons jamais été des commerciaux de génie. Je me souviens avoir été piégée une fois, au guichet. Au sujet de mon potentiel de “vendeuse de chronopost”. C’était pas gagné. J’ai eu chaud aux fesses. Car je vous avoue que les 3/4 du temps, quand quelqu’un se plantait derrière la vitre de mon guichet, le nez aplati, debout sur la pointe des pieds pour mieux me voir, et que ce quelqu’un me balançait en me tendant sa lettre ”Je veux que ça arrive demain??? C’est possible?”… je répondais “Bah c’est pour Paris votre envoi… donc en courrier ordinaire, normalement, c’est le lendemain. Puisqu’on est déjà à Paris…  à moins que ce soit une question de vie ou de mort bien sûr? C’est obligé que ça arrive demain??? aucun pourcentage de retard???”
Si la personne grimaçait et me disait “arf, non, c’est pas une question de vie ou de mort, c’est pour mon divorce!… mais bon, c’est combien si je vous dis que c’est urgent?”…. j’y allais direct “Urgent c’est chronopost donc 99francs… en courrier ordinaire c’est le prix du timbre poste, 3 francs…”

Généralement, ça devenait pas du tout urgent.

Le bon sens aurait voulu que je vende du chronopost à tout prix. Mais je ne savais pas faire ça. Comme je ne savais pas demander la pièce d’identité à un client que je voyais tous les deux jours, quand il venait retirer un pli recommandé… je devais m’assurer de ne pas faire erreur sur la personne qui venait prendre cette lettre précieuse… je le savais… mais je trouvais que la réglementation frôlait des fois l’absurdité totale.

Ma chef m’a souvent sonné les cloches. J’ai jamais eu de soucis de mauvaise délivrance de lettre ou de paquet, d’erreur de caisse.

Le jour où je fus piégée par un faux client (qui était un commercial de chez Chronopost), j’ai par bonheur, vendu la précieuse enveloppe cartonnée qui coûtait la peau du cul. Je devais être soupçonneuse. Ou fatiguée. Je sais plus.

En récompense, j’avais reçu un panier garni.

Non, pas de prime.

Faut pas déconner. C’est la fonction publique!

Bref, tout ça pour vous dire que Jenfi et moi, la Poste, c’est avant tout un travail, un mode nourricier. Pas une vocation. Jamais je ne me suis entendue dire petite “Plus tard, je veux être postière!!!!”, avec plein d’étoiles dans les yeux. Comme le gamin qui veut être pompier et gendarme, et qui collectionne les camions rouges et les képis sur son étagère au dessus de son lit. Nan. Je voulais être prof d’anglais ou interprète. Je voulais vivre en Angleterre, avoir des enfants roux au teint laiteux… je me voyais parcourir le monde… je me voyais passionnée, libre…

J’étais à côté de mes shoes.

La vie a ses impératifs. Au Havre, c’est pas terrible pour se construire un avenir. Je ne voulais surtout pas être une charge pour mes parents. Un “Tanguy” en puissance. J’étais amoureuse. Je vivais loin de mon chéri. Je passais mon Deug LEA sur l’académie de Rouen. J’étais de moins en moins convaincue d’être faite pour l’enseignement. J’étais juste sûre d’une chose : je devais m’assumer financièrement. Et vivre en couple.

Les concours administratifs étaient affichés partout, à lépoque. Jenfi et moi avons passé celui des impôts et de la Poste, en juin 1990. Jenfi a eu les deux. Moi un seul, celui de la Poste. On a senti que c’était une issue, une sécurité. On voulait vivre ensemble, fonder une famille. La galère de mes cousins et cousines pour trouver du boulot sur ma région me rendait soupçonneuse quant à mon avenir en Normandie. La perspective de travailler chez Renault Sandouville ou la CGM me flippait complètement. J’étais libérée. Je voyais Paris s’offrir à moi.

On a donc choisi la sécurité. La fonction publique.

Décrocher un concours administratif n’a pas eu le même son de cloche auprès de nos deux familles, à Jenfi et moi. Jenfi a grandi dans une famille de fonctionnaires. Grands-parents militaires, parents chez France Telecom… c’était un peu l’histoire qui se répète. Cela voulait dire aussi que les rêves de maths sup que mon beau-père avaient envisagés pour son fils aîné… s’envolaient peu à peu… à son grand desespoir. C’était la facilité.
Pour ma famille, c’était champagne. L’hystérie totale. Ma grand-mère était gouvernante, ma mère aide-soignante… mon père soudeur…selon eux, je faisais un sacré bond social. Déjà, quand j’avais décroché mon bac (j’étais la seule parmi mes cousins et cousines à l’avoir eu… mon frère avait échoué aussi)… j’avais eu l’impression d’être une tronche. Mais avec le concours de la Poste, j’étais carrément devenue la star de la famille. Celle qui a une intelligence supérieure. Le truc de dingue.

J’étais heureuse. Je faisais de ma vie quelque chose de positif. Je prenais ma revanche. J’avais une paye assurée. Et je pouvais me marier et faire plein de bébés.

Je ne sais plus à quel moment tout a changé. Je me souviens être rentrée dans une grande famille “postale”. J’ai des souvenirs émus de ma formation, du foyer PTT qui m’a logée… j’avais le sentiment que tout irait toujours bien, que j’allais choisir une affectation dans un bureau près de mon futur logement… qu’ensuite je passerai le concours du dessus (celui d’inspecteur, à l’époque)… qu’après, je n’aurais qu’à me laisser vivre jusqu’à la retraite… sans me soucier d’échelons à gravir, et de lieu de travail à choisir… je vivais dans la capitale. Je me voyais revenir en province une fois devenue inspectrice… j’étais complètement dans le trip de ce qui e faisait du temps où mes beaux-parents étaient rentrés aux PTT… ils nous avaient tout expliqués… à Jenfi et à moi… on avait peur de rien. On était dans notre bulle.

Tout a changé. Il n’y a plus eu de concours. Et il a fallu déménager au gré des fermetures de services… si Jenfi voulait rester dans le secteur de la maintenance informatique sur les centres courrier… il fallait bouger.

J’ai eu mes enfants tant désirés. Ils ont eu des soucis de santé. J’ai levé le pied.

Et j’ai voulu suivre Jenfi en mutation. Laissant mon affectation parisienne derrière moi…

Aujourd’hui je ne sais pas ce que je vais devenir. Il fut un temps où il existait un tableau national de mutation. Ou on faisait partie d’une liste. Ou on nous appelait pour combler un départ en retraite… ce temps est révolu. Je ne suis sur aucune liste de Gironde. Personne ne fera appel à moi pour prendre un guichet sur la région bordelaise. Et pourtant, j’en vois des guichets fermés…

Je pense que c’est que le début. Des bureaux de poste de campagne vont disparaître…. des villages vont perdre leur âme.

Je ne sais pas quoi dire. C’est trop tard. C’est bien que les gens montrent ce qu’ils en pensent, en votant. La privatisation de France Telecom et D’EDF a servi de leçon. L’opinion a vu que ça n’avait rien eu de bon. J’en suis heureuse.

Même si je ne suis pas sûre qu’on se soucie de l’opinion, là où on jète les dés…

Mais bon. Je sais que je vais devoir retourner sur les bancs scolaires si je veux arrêter d’être nounou. Ca me saoûle. Carrément. J’avais fait ma feignasse de base en passant un concours aux PTT. J’avais misé sur la planque et non sur la grosse paye. Pari risqué, pari raté. J’ai jamais eu le nez fin.

J’avais pas prévu d’avoir des enfants qui nécessitent que je stoppe mon travail.

J’ai vraiment été naïve. J’ai pas misé sur les bons chevaux….

Mes tentatives/choix d’adulte auront été des échecs.

Une carrière de fonctionnaire brisée par une privatisation… une enfant handicapée…

Je vis avec mes échecs. Je les digère. Je les aime aussi…

Je ne vous cache pas que c’était plus confortable pour moi de savoir que je n’avais qu’à envoyer une demande de ré-intégration pour retrouver ma situation d’avant. Mais bon, si je ne dois plus faire partie de la famille postale, je survivrai…

J’aurai juste la haine.

Je pense que beaucoup de gens, fonctionnaires ou pas, ont la haine.

Mais je prêche quand même pour ma paroisse…. forçément….

Speedy Gonzales

Bon je vois que ma Petite mèreàlanoix se demande si je ne me suis pas évaporée dans la nature. C’est vrai que mon silence virtuel peut laisser supposer plein de trucs : Elle boude? Maintenant qu’elle a sa pièce pour les loulous, elle s’éclate comme une malade et ne voit plus l’intérêt de bloguer? Son ordi est naze? Elle a la grippe A??????????

Nan, rien de tout ça.

Je suis dans un tourbillon qui se résume ainsi : visites familiales très agréables/sorties resto et théâtre avec les amis/rdv avec les intervenants pour le PPS de Manon/heures sup avec une de mes louloutes en garde, car réunion pour sa maman instit, et mise en place du soutien scolaire de 17h à 18h deux soirs par semaine…. anniv de Manon ce 15 septembre dernier/ shopping vêtements sur mon temps libre car plus rien à se mettre pour l’automne…. envie d’aller chez Ikea pas encore assouvie… envie d’aller chez le tiffeur aussi, mais pas eu le temps…

Bref, je vais et je viens.

Mais je ne vous oublie pas.

A la limite, j’ai tant de mails en retard, que je ne sais plus par où commencer…(Lionne, Alice… Gaëlle, Laure… CaroD… je pense à vous, promis!!!). Et du coup, je me vois mal mettre un billet pour vous dire ce que je fais, alors que certaines d’entre vous attendent de mes nouvelles en privé. Non mais, manquerait plus que ça!!!!!

Je viens donc vous dire vite fait que TOUT VA BIEN. Impec!!! Ca roule.

Je dors comme un bébé, pas besoin de berceuse. Mon travail me comble et me met sur les rotules.

On a un virus qui tourne à la maison : maux de tête, de bide, envie de vomir et frissons. J’en ai marre. Dès qu’une des filles a fini, l’autre enchaîne.

Jenfi va bien aussi. Fidèle à lui-même. Au moment où je vous écris, il est au “petit coin” en train de lire Spirou. Ca veut tout dire sur son état général.

Je vous promets de revenir très vite avec une ou deux photos de mon garage avant son relooking (Kay, je pense à toi aussi!!!)… des nouvelles fraîches… des coups de gueule… des éclats de rire… bref, ce qui fait mon quotidien.

Pour le moment, je vais foncer à la douche et me mettre devant “Panique dans l’oreillette“… pour stopper un peu la Véro qui n’a pas arrêté aujourd’hui… et qui ne pourra s’endormir que si elle se pose un peu…

Je vous embrasse fort.

Je ne suis jamais loin.

Je suis juste un peu trop dans ma vraie vie.

Le mois de septembre, c’est l’horreur.

Je suis à cent à l’heure.

Ma fameuse pièce

Je vous ai bassinés pendant je-ne-sais-combien-de-billets avec mes travaux dans mon garage. J’ai prétexté ne pas voir le jour et déserté mon blog à cause de cette future  pièce dédiée à mon travail de nounou… J’ai attendu les grandes vacances, et le fait que mes loulous en garde soient à la mer avec leurs parents… pour tout débarrasser de ce fameux garage et mettre la maison en bordel…

J’avais pas le choix, fallait personne dans nos pattes.

Jenfi a alors pu user de la perceuse à volonté… scier… visser… soupirer… il a injurié le constructeur de parquet stratifié vintage que nous avions acheté en croyant bien faire… il a joyeusement craqué un short en descendant harmonieusement de l’escabeau… Mais, il a surtout bien bossé. Je l’ai balancé dans un projet que j’avais dans ma tête mais que je ne savais pas rendre réel. C’est souvent comme ça entre Jenfi et moi : je lui dis ce que je veux comme concept, et il cogite. Généralement dans la gamme de prix dont je dispose, ça n’existe pas. Je me fais des films. Je crois au Père Noël…

Alors Jenfi doit bidouiller et arriver au résultat du mieux qu’il peut.

Il a bien bidouillé… En se cassant le citron… En allant chez Brico-Leclerc au lieu de chez Casto… En dénichant quelque chose qui fera le même effet que la première chose que je convoîtais, convoitise qui coûtait bien sûr la peau des fesses… en optant pour de la peinture blanche et en y ajoutant un colorant, pour faire comme le pot coloré trop cher devant lequel je bavais…

J’ai aussi bidouillé… en achetant les rideaux de dressing et les stickers chez Gifi… en allant sur leboncoin pister de la puériculture pas chère et en bon état…

On a été gâté… par une amie extra qui s’est souvenue qu’elle avait encore le lit parapluie de ses filles devenues grandes dans son grenier, et qui l’a déposé dans mon coffre de voiture un soir après l’école…par un gentil beau-père plutôt bricoleur, toujours prêt à donner deux week-end de son temps… par un des papas des petits que je garde, menuisier de formation, donc hyper malin et de bon conseil… et prêt à venir poser une poutre de renfort pour le faux-plafond, un soir après son boulot …

Je suis chanceuse. J’ai un petit mari super acharné, prêt à réaliser la “pièce” qui me facilitera la vie, alors qu’il n’est pas bricoleur du tout… il savait que c’était important pour moi. Parce que je suis quelqu’un qui ne sait pas empiéter sur mon domaine familial  pour y loger mon domaine professionnel… parce que je suis quelqu’un qui aime le fonctionnel et qui ne supporte pas de travailler avec des petits dans une desorganisation totale…  parce que je suis quelqu’un qui a besoin de repères pour bien faire… parce que je suis bornée et anxieuse… parce que je veux que chaque personne sous mon toit ait son endroit à lui… qu’il soit mon enfant, ou pas… parce que je ne m’y voyais pas sans ce petit coin où je pouvais tout entasser le soir et fermer la porte comme pour rentrer “chez moi”… et redevenir la maman que je suis…

J’ai besoin de dissocier. Avant je supportais que mon travail empiète sur mon chez moi. Plus maintenant.

Je pense que c’est parce que mes filles ont grandi.

J’ai aussi souvent tendance à me dire que le petit être qui débarque chez moi à trois mois, il n’a rien demandé. Alors je me mets dans sa tête. Il n’a pas forçément envie de me voir. Lui, il ne savait pas que ça finirait comme ça, un beau jour… il ne savait pas que sa maman passerait du corps à corps, de la tétée cajoleuse, de la fusion… à la séparation, à l’absence répétée… et que dorénavant il devrait faire chaque jour avec ma tête penchée au dessus de lui… et le peu de place que j’ai à lui offrir dans ma maison qui n’est pas la sienne…

Quelque part je transfère mes propres attentes de maman. Quelque part, je me dis que si c’était ma fille que je porte chez une nounou, j’aimerais qu’elle s’y sente bien…

Bien évidemment, le fait d’avoir une pièce dédiée à mon travail, donc aux enfants que je garde, ne décide en rien du fait que je sois une bonne ou une mauvaise nounou. Rien à voir. C’est un faux débat. L’habit ne fait pas le moine. J’ai voulu cette pièce car je n’ai pas une grande maison. Du moins ma salle à manger est assez petite. Et comme elle est en bas, avec la cuisine, les WC et le garage, je ne m’en sortais plus avec trois petits qui en étalent partout… le parc déplié en permanence, les réhausseurs de chaise à défaire tout le temps si on veut s’asseoir… les jouets sur mes étagères de salon… le lange sur ma table à manger… j’avais l’impression d’étouffer. Et puis au niveau du sommeil, je devais piquer les chambres de mes filles. Leurs emplois du temps de collégienne et de lycéenne les libèrent des fois à 14h… elles n’ont jamais rien dit sur le fait que je bloque leur domaine à elles pendant les siestes des bébés. Mais j’en souffrais.

De plus, elles ont maintenant des choses personnelles fragiles… des choses qu’elles ne veulent pas que les petits tripottent, ou  risquent de casser…

Donc je me devais de respecter les attentes de chacun.

Et puis j’en rêvais tellement de cette pièce…. ça fait onze ans que je suis nounou…

C’était pas simple. On a jamais eu les moyens de se payer ce “rêve”.

La prime de délocalisation de Jenfi n’aura pas servi à me payer la chambre beige et taupe dont je rêve… ou le salon de jardin en fer forgé qui me tente…

C’est pas grave. On en mourra pas.

Et puis mon salon de jardin peut encore tenir… ma chambre moins… mais chaque chose en son temps.

Voilà donc un aperçu de cette fameuse pièce dont je vous parle tant.

C’était mon garage. On ne pouvait pas y rentrer la voiture. Il était trop étroit. Fallait rien mettre du tout sur les côtés… juste la voiture. Impossible… on a toujours besoin de rangement, d’étagères… Personne ne se sert du garage dans notre lotissement. Du moins pas pour sa fonction initiale… les voitures sont garées dehors… sur l’emplacement prévu pour…

Il me reste le cellier/buanderie à un bout… et le range vélo, tondeuse, outils de jardin de l’autre… (non accessibles par les petits car fermés à clés en journée… moi je peux accéder à ma buanderie par la terrasse, au cas où, et on peut accéder aux vélos par la porte du garage coulissante initiale)

Voilà… on a monté une cloison. Qu’on pourra démonter si on déménage… et rendre ainsi l’accès à la porte de garage…

Le parquet et le lambris sont démontables aussi…

C’est une pièce sans fenêtre, aérée grâce au cellier attenant qui a une porte fenêtre ouverte sur le jardin…

C’est jaune car il fallait du lumineux. C’est un néon car je voulais un super éclairage blanc…

C’est sans radiateur car Jenfi le pose demain…

C’est encore à améliorer, il manque beaucoup de finitions… de la peinture autour des portes…

C’est un super outil de travail pour moi…

C’est tout simple. Mais ça me change ma vie de nounou…

Allez place aux photos.

J’en dis toujours trop.

Parasite

J’ai bien l’impression que je vais partir dans tous les sens, comme quand j’écris parce que j’ai une demie heure devant moi. Mais tant pis, j’y vais. On verra bien. Vous me connaissez, je vide ma tête ici. C’est à prendre ou à laisser. Vous êtes cool. Heureusement.

Le petit copain de ma Julie a chopé des poux. J’ai ri jaune. Car moi, les machins appelés poux, cafards, morpions et puces, je les éradiquerais bien de la planète. Mouais, carrément… comme les requins d’ailleurs. C’est mon côté extrême et irréfléchi. Tout ce qui me terrifie doit trépasser. J’suis vraiment nulle, je sais. Mais je ne supporte pas ces bestioles. J’en fais même des cauchemars. L’autre nuit, j’ai peigné la tignasse de Manon entre minuit et deux heures du mat. Comme ça, endormie dans mon lit. Le cerveau en ébullition totale. La cafetière qui chauffe quoi…

J’aime pas les poux.

J’ai nettoyé les draps de Julie. Elle a un clic clac qui lui sert de moyen de vautrage journalier et de lit… à cet âge, on aime se larver. On bouquine avachi, on bavarde en tenant sa lourde tête avec la main, allongé sur le côté… on colmate. Donc lavage intensif. Vêtements et peluches inclus (oui ma fille a des millions de peluches sur son lit, la preuve!)… et bien sûr, demande insistante de soins pour la tête du petit copain, sinon j’allais râler ferme. Je ne veux pas que ça se propage.

J’ai déjà eu les poux à la maison, y a bien longtemps. Nous étions à Paris. Julie avait six ans. Et une belle tignasse longue et blonde. Elle est revenue de l’école une veille de vacances de Noël, avec des plaques partout derrière les oreilles, et dans le dos. Moi, je suis un peu à l’ouest, j’ai pas tilté. Comme j’allais chez sa dermato pour ses molluscums, juste au début des vacances de Noël (Julie était la reine de ces bidules qu’elle chopait à la piscine. Elle en a été envahie pendant trois mois), je me suis dit que j’allais lui montrer les plaques. Comme ça, la tronche enfarinée et le sourire jusqu’aux oreilles.

J’ai failli aller me cacher sous le bureau quand la dermato m’a dit avec un air de me prendre pour une cruche : “Oh bah ça, c’est une allergie à la colle des lentes!!! Votre fille a des poux!!!!!”

Hein, quoi??? Des poux?????????

L’horreur. J’ai quitté le cabinet de la dermato et je suis allée dévaliser ma pharmacie rue de Charenton de tout son Prioderm. J’avais le cuir chevelu qui me grattait, comme ça, psychologiquement. Je voyais dans ma tête les tonnes de machines que j’allais devoir faire. A 60 degrés. Le nettoyage des sièges auto et des peluches sur lesquelles Julie s’endormait… j’étais fatiguée. Avant même d’avoir commencé les soins…

Je savais pas ce qui m’attendait.

Julie a fait une réaction respiratoire au Prioderm. Genre truc asthmatique, yeux explosés. Du type de ce qu’elle fait quand elle croise un cobaye, comme sur cette photo prise l’été 2004. Elle avait voulu caresser le cochon d’inde de nos amis espagnols, qu’on visitait à LLança. Il l’avait mordu, par peur. Deux secondes après, elle toussait comme une malade et avait les yeux qui gonflent. J’avais pas de clarytine sur moi. Elle avait trinqué… alors que le matin même, elle avait sa bouille normale de blondinette. J’avais même fait une photo des trois tellement je leur trouvais bonne mine.

Après le traitement, les poux se tordaient juste de douleur. Javais cru halluciner. Ca avait posé une nuit entière. Une nuit à nous empester l’appart et à entendre Manon (qui dormait dans le lit superposé sous Julie) gémir un : “Ca sent bizarre, maman, j’arrive pas à dormir…”

Mouais. ca sent bizarre. Ca puait oui!!!!!!

J’ai décidé que plus jamais je n’achèterais ce genre de soins. Prioderm est efficace, je tiens à le dire. Les poux ont fini par crever. Mais les cheveux de mes filles aussi. J’ai dû tout couper au carré. Car bien sûr, Manon en a eu aussi, à cause de Julie… Zoé était bébé. Elle y a échappé.

J’en ai eu aussi. Durant ces mêmes vacances de Noël. Une voisine avec qui j’échangeais deux mots devant les boîtes aux lettres m’avait dit “Arf, tu risques rien, les poux aiment pas les cheveux colorés!!!!”

Ca m’avait fait drôle. D’abord qu’elle sache qu’à trente ans, je sois déjà abonnée au Movida chatain clair (je faisais style que c’était ma vraie couleur). Et ensuite, je me disais que si les poux aiment pas les cheveux colorés, ça devait être une sacrée cochonnerie que je me mettais sur les tifs toutes les six semaines, punaise?????????!!!!!!!!!!!!!!

C’était faux. Les poux aiment tout.

Là, je vais pas recommencer le coup du prioderm et de Julie transformée en Elephant man. Non. Trop risqué. je vais investir une bonne fois pour toutes dans le peigne à poux électrique. Mouais, même pas peur. Une amie à moi l’a testé. Donc je sais que ça marche. J’étais allée lui commander dans une pharmacie du Havre, alors qu’elle se battait pour rien avec une lotion qui reposait sur la tête de sa fille… le peigne est efficace. C’est cher. C’est le seul souci. Mais c’est sans danger.

Julie n’a pas de poux pour le moment. Mais bon, je garde un oeil attentif.

Les peignes les moins chers vendus sur Cdiscount sont en rupture de stocks. J’attends que le sîte se réapprovisionne…

C’est comme le Baccide. J’attends que ma parapharmacie recharge le rayon. Ca fait un an et demi que j’ai ma petite bouteille à pompe sur mon évier. Dès que je change un loulou, ou que j’en mouche un, j’ai le réflexe baccide. J’en ai un flacon dans mon sac, toujours. Car quand on part en Normandie chez mes parents, ou en vacances en Espagne, et qu’on s’arrête pour casser la croûte chez Macdo,  je demande à mes filles de se desinfecter les mains… et j’en passe un mouchoir inbibé sur la table. Je sais , je suis maniaque. Mais chez Macdo, on mange souvent sur des tables qui ont vu défiler des plats… même que souvent, ça colle quand on pose les coudes.

Je pense que la psychose dûe au virus de la grippe A y est pour quelque chose, dans cette rupture de baccide. Tout le monde a peur, donc se protège comme il peut.

Je comprends. Mais je pense qu’on va pas y échapper pour autant.

Ceci dit, ça ne me terrorise pas plus que ça.

Dans le registre médical, que je semble affectionner aujourd’hui, je vais finir ce billet en vous disant que Manon a enfin eu son dernier rdv à l’hopital de Bordeaux… ce matin. En neurologie. Super. Tout va bien. Nous avons une enfant “neurologiquement très épargnée”. Une sacrée veinarde. Qui touche la normalité du bout des doigts. Et qui doit se demander sur quel pied danser. Le neurologue est très optimiste pour Manon. Il dit que le PPS sera là pour sa santé morale plus qu’autre chose. Un merveilleux bouclier. Mais pas un frein… Manon a des beaux jours devant elle, selon lui. Encore un qui la trouve brillante. C’est fou comme les médecins sont sensibles à son cas. J’étais contente d’entendre tout ça. J’ai même pas fait ma sale tête de boudeuse quand il m’a conseillé de la faire voir un psy après son bilan d’ergothérapie. Juste pour qu’elle dise ce qu’elle a sur le coeur. Sur son parcours si difficile. Juste pour qu’elle se débarrasse de ce fardeau… de ces années à être mise sur la touche parce que différente.

J’ai compris, je me fais à cette idée que Manon voit un psy . Moi, je me vide ici, à quarante ans. Je pense que ce n’est pas ce que Manon doive faire. Elle peut aller mieux, bien avant…

J”ai fait ma route en gardant tout. Jusqu’à ce blog.

On est parti de l’hosto, tous les 4. Julie était au lycée. On était joyeux en sortant de service de neurologie, affamés aussi. On avait déjeuné à 6h45… on avait un petit creux. Il était dix heures. Ca sentait le café fumant dans l’entrée de l’hopital, et le croissant croustillant… j’ai regardé Jenfi du coin de l’oeil et il m’a dit “Ok, je m’arrête à la première boulangerie que je trouve”… on ne voulait pas s’attabler dans un lieu asseptisé, médical. On voulait voir le ciel bleu et profiter du soleil qui pointait son nez… j’ai croisé dans le hall d’entrée, deux enfants de l’äge de Manon, en fauteuil roulant. J’ai jeté un oeil au visage de leurs mamans, qui les poussaient doucement… tout en cherchant partout autour d’elles, comme pour fuir subtilement le regard des parents comme moi… qui tenaient la main d’un enfant valide… J’ai eu une pensée atroce, débile. Mais je l’ai eue. et j’en suis pas fière. J’ai attendu qu’on soit sur le parking pour la dire haut et fort, à Jenfi :

Moi, dans mes petits souliers : “Jenfi, est-ce que tu connais le pourcentage d’enfants qui ressortent valides de la grande prématurité????”

Lui, à l’ouest : “Non, pourquoi???

Moi, toujours pas fière de ce que je vais dire : “Parce que je me demande combien d’enfants nés trop tôt comme Manon peuvent marcher sur leurs jambes… tu sais, je suis la plus heureuse des mamans d’avoir Manon et ses séquelles si minimes à gérer… je me demande juste si l’acharnement thérapeutique, le besoin de sauver des crevettes de cinq ou six mois de grossesse sont une bonne chose… “

Jenfi, perplexe : “C’est toujours le risque, que l’enfant soit lourdement handicapé. Ce qui compte, c’est la vie à tout prix… je ne sais pas combien de grands prémas vivent avec de lourdes séquelles… tu as croisé le regard du jeune garçon dans le fauteuil roulant, hein???”

Moi, contente qu’il voit où je voulais en venir : “Oui… cet adorable gamin… pourquoi faut-il toujours que ça me fasse mal de voir un enfant en fauteuil roulant?… qui suis-je pour penser que ça ne doit pas être une vie que la sienne, une vie que l’acharnement thérapeutique lui a offert…???”

Jenfi, fataliste : “Je pense que ce gamin est heureux… même si il ne marche pas, Véro. Tu sais, Manon aurait pu ne jamais marcher. Elle serait pourtant la même petite fille douée et surprenante que nous aimons… non???”

Il avait raison. Les jambes ne font pas tout. J’ai été bête de croire que cet enfant était malheureux. Je pense qu’il voulait juste que je le “vois”. Que j’ose plonger mes yeux dans les siens. Et il en a été surpris. Car je lui ai souri…

On est passé ensuite à Cultura. Je cherche desespérement le Workbook New spring de cinquième pour Manon. Rupture de stock.

Logique. Après le peigne à poux, le baccide, c’est le Workbook…

Journée je me casse le nez à chaque achat que je veux faire.

Pour la peine, je suis allée noyer “mon chagrin” à la piscine, en famille.

Je suis revenue toute détendue. Prête à cuire les gambas marinées à la plancha… et à m’étaler devant “Maison à vendre”… (j’ai pas un “footeux” à la maison. Dans son fief (Agen), on est fan de rugby!!!!)

Et de deux, et de trois…

 

Ca y est, elles y sont, pour de bon, toutes les 3. Julie a eu ce qu’elle voulait : le lycée de secteur, la seconde plus ou moins orientée vers ce qu’elle veut faire (L)… elle a trois heures d’italien en option. Jo est avec elle. Une amie aussi. Ses profs sont bien, son emploi du temps aussi. Elle gère son bus matin et soir. Elle a son argent de poche, au cas où… bref ça va. Même si elle se lève plus tôt le matin, et rentre plus tard le soir. Elle gère.

Manon est rentrée fracassée hier soir. Elle est en section européenne, donc elle a trois heures d’espagnol dès la cinquième. On avait plus ou moins compris qu’elle pouvait y aller lors du conseil de classe de fin juin mais vu l’enclenchement du PPS, on se doutait que le projet serait abandonné. Manon est bien trop fatigable pour gérer une telle surcharge de cours… elle n’aime pas trop son emploi du temps. Elle finit souvent à 17h… et commence souvent à 8h. Le fait qu’elle soit demi-pensionnaire l’empêche de sortir à onze heures quand son planning le permet… ou de commencer à 15h… je n’ai pas de solution. L’année prochaîne, c’est sûr, elle n’ira plus à la cantine. Zoé sera en sixième et je pourrai donc dire au revoir à mes 4 allers-retours en primaire… je ne ferai plus que les conduire le matin au collège… et les ramener après le repas à 13h45… le reste, elles le gèreront en bus. Il me tarde. Demandez à vieillir n’est pas mon truc mais là j’ai hâte. Même si Zoé se stresse beaucoup, même pour une rentrée en CM2, je me dis que tout sera plus facile pour moi quand elle sera collégienne.

En tout cas, on a demandé à Manon de réfléchir. On a une semaine pour la changer de classe. Après ce sera trop tard. Elle était très anxieuse d’avoir sa prof de maths de l’an dernier comme prof principale cette année. Elle en était bouleversée tout hier soir. Tremblante. Sûre d’être encore considérée comme celle qui a un gros fouillis dans la tête. J’ai écrit un mot à l’enseignante pour prévenir de la mise en place du PPS pour octobre. Sans partir en vrilles. Sans laisser croire que ça allait chauffer si Manon était encore considérée comme une retardée…j’ai juste exposé le projet, en signalant l’octroi d’un ordinateur portable pour que Manon puisse faire des tracés graphiques. Chose dont elle est incapable manuellement. Et qui lui a valu des notes catatrophiques l’an dernier. Manon est revenue ce soir avec le sourire aux lèvres. Son emploi du temps a été un peu éclairci. Pour l’instant elle a son mercredi matin repos… et sa prof principale (de maths donc, qu’elle a déjà eu en sixième), s’est approchée d’elle après avoir lu mon mot et lui a demandé :

Sa prof : “Pourquoi auras-tu besoin d’un ordinateur portable???”

Manon, sans s’effondrer, chose rare : “Pour faire des tracés graphiques, des figures géométriques…”

Sa prof, contre toute attente : “J’en ai un dans la classe, si tu veux tu t’en serviras. J’ai les programmes qu’il faut.”

Manon a juste acquiescé.

Moi, je suis sur le cul.

Incroyable. Tout va trop bien. Je n’en reviens pas. Je vais me pincer pour voir si je ne rêve pas.

Zoé a fait sa rentrée. Stressée. Comme d’hab. Le bide gonflée par trois jours de cogitation, donc d’aérophagie. Elle a repris le rythme d’une encoprésie calquée sur son humeur… en gros, elle se laisse souiller sans montrer la moindre gêne. Elle me laisse gérer tout. Toilettes et nettoyage des culottes sales. Elle est absente. Elle est ailleurs. Donc elle fait sur elle…

Il y a quelques jours, elle était vraiment mal. Un peu mélancolique. Pas envie de manger, ni de jouer. Rien. Juste envie de se morfondre….j’ai pas pu m’empêcher de lui demander ce qui se passait, entre 4 yeux. Car je la sentais vraiment déprimée. J’ai profité qu’on venait de suivre Koh-Lanta en famille pour m’attarder avec elle sur le canapé. Là, collée à elle, la fin de ma tisane dans une main, et le regard perdu dans la lueur de la bougie du salon…. elle s’est blottie. Elle a parlé. J’ai laissé faire…

Zoé : ”Je sais pas pourquoi, j’ai plein de cauchemards la nuit dans ma tête, maman…”

C’est vrai. En plus elle est somnanbule. On l’a retrouvée dans la chambre à Manon, l’autre nuit, endormie sur la chauffeuse… des fois on l’entend se lever, marcher, puis refermer sa porte. Elle parle. Elle dit qu’il y a plein de cailloux dans son lit. Elle dort en fait. C’est bizarre.

Elle a continué : “Et puis j’ai plein de pensées moches dans ma tête. J’ai peur que Chipie meure… j’ai peur que Mamie Jeanette meurt… j’ai peur que tu meures maman… ça me rend triste…”

Moi, accablée par tant de pensées morbides : “Zoé, il faut que tu arrêtes de penser à la mort. Tu es une enfant, tu es pleine de vie… et on a une belle vie, nous cinq. On est heureux, non???… si Chipie meurt, c’est parce qu’elle arrive à la fin de sa vie, c’est un chien, chérie. Elle est vieille tu sais…”

Zoé, ronchon : “Oui mais tu as dit l’autre jour à je-sais plus-qui que tu ne voulais plus d’autre chien après… que t’en avais marre , que c’était toi qui t’en occupais…”

Moi, bien décidée dans ma tête à ne plus reprendre de chien, mais menteuse comme une arracheuse de dents : “On verra chérie. Je ne peux pas savoir si on pourra reprendre un chien… si je ne travaille plus à la maison, il sera malheureux le chien… tout seul… non???”

J’avais dit la bêtise à ne pas dire :

Zoé, effondrée : “Quoi, tu vas arrêter d’être nounou???? Tu vas reprendre ton boulot à la Poste!!!!???… t’avais dit que ce serait quand je serai plus malade!!! je suis encore malade maman!!!”

Punaise. La petite maligne. Comment tenir sa maman à la maison en dix leçons, hein???…. Zoé est vraiment coquine.

Je le sais depuis le début que son encoprésie lui sert de cordon ombilical, entre elle et moi. Que c’est sa seule façon de ne pas grandir. Que je suis obligée d’attendre qu’elle prenne son envol pour entamer le mien…

Ce n’est pas encore demain la veille que la Poste va me ré-intégrer.

J’ai fait un calin, des bisous. J’ai caressé ses cheveux tout en lui parlant de ce qu’elle devait garder dans sa tête, comme pensées. Qu’elle avait une belle vie de petite fille et que ça devait nourrir ses pensées. De plein de couleurs, de pleins de choses positives et agréables. Que la mort et la tristesse n’étaient pas une chose dont elle devait se préoccuper pour le moment. Car même si Chipie meurt, c’est par vieillesse et fatigue. Son petit corps de chien devient courbé et plein de craquements… c’est le résultat d’une belle vie passée avec nous. A dormir devant son radiateur de salle de bains. A flâner dans le jardin. A se goinfrer de nos restes. A s’étaler sur son coussin devant le canapé… à nous suivre partout. Elle aura été bien… c’est tout ce qui compte. Zoé a soupiré, comme pour dire oui…

Zoé trouve que la vie est trop belle et qu’elle ne doit pas s’arrêter.

Je pense la même chose mais j’ai réussi à apprivoiser l’idée de partir un jour. Et de laisser mes enfants derrière moi. Je demande juste à ne pas leur survivre. Le reste, je l’accepte. C’est la règle du jeu.

Zoé me parle un peu chaque soir depuis cette conversation tardive. Elle pense que c’est mieux d’être positive, joyeuse. Elle voudrait guérir, grandir, grossir. Elle se sent fragile. Bon, c’est sûr, elle a une angine depuis hier et a eu 39 de fièvre toute la journée… à l’école… donc elle est à plat pour le moment.

Il y avait des évaluations aujourd’hui. Elle ne voulait pas manquer.

Et puis elle adore son instit. Il est génial.

C’est fou ce que plein de choses évoluent en ce moment. Jenfi et moi avons de bonnes nouvelles au niveau professionnel. J’ai trois loulous adorables en garde, des parents compréhensifs qui se plient en quatre pour moi. Ils me libèrent le mercredi pour les soins de Manon en kiné et ergothérapie… Jenfi est passé cadre, officiellement. Après deux ans de distorsion professionnelle, à occuper le poste sans en avoir le grade, il est enfin “validé”. Pas de mutation en vue. Une perspective de fin de carrière sur Bordeaux. On se demande si c’est trop beau pour être vrai.

Julie jubile.

Manon se sent comprise.

Zoé s’aperçoit qu’elle se pourrit la santé avec son anxiété et son encoprésie.

On dirait qu’un vent de maturité souffle au dessus de nos têtes. Je me dis que c’est sans doute le fait que nos efforts payent, enfin… d’habitude, on déployait une énergie folle pour s’adapter à une nouvelle ville, une nouvelle région. Et au bout de deux ans, on nous envoyait ailleurs. Nous coupant l’herbe sous le pied…

On est à Bordeaux depuis 4 ans… 2010 sera notre cinquième année. La stabilité a du bon. Elle ouvre des portes. Elle permet de poser ses bagages et de prendre enfin possession d’un lieu, d’une façon de vivre… de s’enraciner.

Si j’avais su que c’était ça le secret de la réussite. J’aurais refusé de bouger… d’aller de ville en ville…

Et pis non. Je dis n’importe quoi. Ca fait partie de nous, de notre vécu. Les filles ont connu le 93 et ses camemberts, Paris et mon 12ème adoré, Rouen et sa verte campagne, Le Havre et sa zep… et enfin Bordeaux et sa chaleur… c’est une grande chance. Tant de paysages différents… elles ont souffert des fois. Je sais que le passage au Havre a été très éprouvant. On était dans un quartier très difficile…

Mais elles ont compris beaucoup de choses. Et elles ont rencontré des gens de toutes races et de niveaux sociaux opposés…

Julie est venue me voir y a cinq minutes. Pour me dire qu’elle avait des nouvelles de son amie Mali, qui l’a retrouvée grâce à Facebook y a quinze jours. Mali était avec Julie en CM1 et CM2, lors de nos deux ans en région havraise. Elle habitait la barre de béton d’en face chez nous  (un immeuble de dix étages horrible, digne d’une cité dortoir)… notre maison était plantée là, face au balcon de Mali, au beau milieu d’un terrain autrefois occupé par une usine du Port. Au Havre, on démollit des barres de béton et on reloge dans des petites maisons mitoyennes. On efface les ghettos du passé.

Julie s’est très vite bien entendue avec Mali (sénégalaise d’origine). Et Mali est venue à la maison. Elle était plus polie encore que toutes les copines que Julie avait invitées chez nous. On aurait dit que sa famille lui avait appris à redoubler d’efforts, pour se faire intégrer, accepter. Elle était toujours contente et elle venait des fois avec sa toute jeune soeur, qu’elle devait surveiller.

Un soir, elle est rentrée chez elle, après avoir joué aux Sim’s avec Julie. Ma fille a voulu la raccompagner. Nous habitions la troisième maison sur sept toutes bien alignées. Nos voisins étaient issus d’anciens quartiers défavorisés. Nous avions surtout fait connaissance avec notre petite voisine de gauche, divorcée avec trois enfants. Une femme courageuse et très sympathique. Je ne parlais pas trop à ceux du bout, devant chez qui on devait passer pour rejoindre l’immeuble de Mali. Ils avaient six rotweillers. J’ai peur des chiens de défense depuis petite. J’étais terrorrisée à chaque fois que je passais devant leur jardin. Je me souviens encore de la visite de la puéricultrice, chez moi, pour la remise en route de mon agrément de nounou dans ma nouvelle résidence havraise. Elle avait inspecté mon jardin. Avait souri à la vue de la petite maison en plastique, de la balançoire et du toboggan. Mais elle avait ri jaune en apercevant les six mollosses dans la maison de tête du lotissement. Les maisons étaient neuves. Aucune haie ne nous masquait les uns des autres. Je voyais les six chiens depuis ma chaise longue… le grillage entre chaque jardin faisait juste un mètre…
Même si ma petite voisine divorcée était entre eux et nous, la puéricultrice n’a pu s’empêcher de dire : “Si vous aviez été la voisine directe de ces locataires, je vous aurais interdit d’exercer. Vous comprenez, si un enfant passe sa petite main dans le grillage, c’est le drame assuré…”

J’avais compris sa réticence. Mais j’étais furax de penser que j’aurais pu perdre mon travail à cause de l’inconscience d’autrui. Ca m’avait mise en rage.

Mali contournait forçément ce jardin pour rentrer chez elle. Et ce soir-là, Julie la raccompagnait.

Il faisait jour, il était 18h. C’était l’été.

Julie est revenue à la maison, essoufflée, appeurée.

J’ai demandé : “Que se passe -t-il, tu as eu un souci en raccompagnant Mali???”

J’avais peur des scooters qui fonçaient sur notre large trottoir, devant notre porte d’entrée. Notre rue avait été équipée de ralentisseurs, pour nous protéger. Depuis, ça roulait sur le trottoir. C’était pire.

Mais je ne pouvais pas emprisonner mes enfants.

Julie a réussi à expliquer ce qui n’allait pas : “Mali et moi, on marchait côte à côte. Elle contre les grillages des jardins, moi à côté d’elle… les gens du bout sont sortis de leur terrasse pour lui dire de ne pas frôler leur grillage car c’était une “sale noire”… qu’elle avait intérêt à dégager sinon ils lâchaient les chiens. Mali a fait comme si de rien n’était. Et elle est partie vite vers son immeuble. Moi je voulais faire demi-tour et ils m’ont dit “bravo, tes parents te laissent fréquenter des nègres… rentre chez toi!!!”…j’ai eu peur, maman. Je veux plus passer à côté de chez eux….”

Je suis devenue verte, bleue, rouge. J’ai ouvert ma porte et je suis allée tambourinée chez eux, en chaussons, avec mon tablier moche sur le dos. Je savais que ce couple ne sucait pas que de la glace. Je sais reconnaître l’alcoolisme, même léger, sournois. Je le sens à l’odeur, je le vois au regard. C’est viscéral. La femme a ouvert. Bien entamée…

Moi : “C’est vous qui avez menacé ma fille alors qu’elle raccompagnait sa petite copine africaine!!!???? …”

Pas de réponse, juste un sourire niais.

Moi, montée sur pile : “Ne recommencez plus jamais à menacer cette jeune enfant noire, et ne jugez pas les fréquentations de ma fille!!! … c’est clair?”

Elle ne disait toujours rien.

Et là j’ai commis une erreur fatale.

Moi, en rogne : “Vous me dégoûtez, vous êtes saoûle et vous n’arrivez même pas à aligner deux mots… vous me donnez envie de vomir…”

Là elle est devenue raide, les yeux exorbités. J’ai cru revoir mon père quand il s’apprêtait à gifler ma mère. Elle est sortie de chez elle et m’a soufflé à deux centimètres du nez :

Elle, saoüle : “Barrez-vous où c’est sur vous que je lâche mes chiens…”

Jenfi est arrivé, sorti de je ne sais où. Il m’a aggripé et m’a emportée à la maison. Contre mon gré. Car moi j’avais l’odeur affreuse dans le nez de ce que mon père avait comme haleine durant toutes les nuits où il venait cuver dans mon lit de petite fille… En un instant, j’ai senti ma haine revenir et je pense que j’avais tout sauf envie de lui laisser le dernier mot, à cette givrée bourrée.

Jenfi n’a pas cédé. Il m’a enfermée dans la maison et m’a ordonnée de ne plus jamais adresser la parole à cette voisine. De l’ignorer. Et de passer loin.

De ce jour, j’ai su que je voulais quitter cette ville.

Rien n’avait changé. L’odeur de vinasse était partout sur moi et l’envie de faire du mal habitait cette bonne femme. Elle détenait de vrais armes avec ses chiens. J’en avais mal dans mes tripes et j’ai commencé à trembler et à pleurer devant Jenfi. Je lui ai demandé de me faire partir de cette ville où l’alcool et la violence étaient partout, comme quand j’étais enfant… sinon j’allais péter un plomb.

Six mois après, nous étions mutés. Au grand desespoir de mes pauvres parents, de ma mamie…

Mali va bien. Elle est dans le lycée où j’étais étant jeune. En plein centre ville. Un lycée bien côté. Je suis si heureuse pour elle. Elle vient du pire collège que le Havre puisse avoir. Celui où Julie serait allée… si on était resté…

C’est une belle réussite.

Mali veut être sage-femme. Je le sais car quand je suis allée boire le thé chez elle, suite à cet épisode malheureux de menaces avec les chiens, sa mère m’avait dit que c’était le rêve de Mali. Et que déjà, les soeurs aînées étaient toutes infirmières.

Vraiment, un vent de bonnes nouvelles souffle en ce moment.

Ca fait du bien.

J’espère qu’il en est de même pour vous.

Sur ces mots, je file au lit, je vais écouter mon ipod. Pour me bercer.

En ce moment, je me gave de ça.

Bon week-end à tous…

Une rentrée de faite

Ce matin, on y était. Le temps était de saison, gris et humide. Julie s’est étirée comme un chat de mauvais poil quand j’ai ouvert sa porte de chambre à sept heures… (merci la soirée passée devant Terre inconnue à chialer… on a du mal à émerger le lendemain… mais bon, ça valait le coup de veiller. Cette émission est un vrai régal pour les âmes qui vagabondent, qui broyent du noir… tout semble clair après son visionnage. C’est bien)… donc Julie a lancé un petit râle de mécontentement face à cette rentrée qui est là, et bien là…

Nouvel environnement, nouveau trajet. Nouvelles têtes. Nouvelles difficultés scolaires.

Bref le nouveau, ça fait peur.

Bizaremment, j’ai tenté de me souvenir de mon entrée en seconde. Pour comparer, pour me mettre en situation. J’ai pas réussi à refaire le puzzle de cette période. J’ai juste le souvenir d’avoir fait ma première permanente l’été qui a devancé cette rentrée… et d’avoir eu une tête de Jackson Five pour mon arrivée en seconde. C’est fou comme je me souviens de mon mal-être corporel, physique. Et très peu de mon mal-être moral. (J’ai récidivé deux mois avant mon mariage… deuxième permanente!!! Ce fut la dernière, j’ai vite compris le massacre… quand mes filles voient cette photo, elle m’appelle Mozart)….Je pense qu’à cette époque, le regard des autres sur moi était différent. Il me permettait d’appartenir à un groupe. Au lycée, la liberté vestimentaire est plus affichée. Les parents ont encore la main mise sur la tenue de leur rejeton lors des années collège, mais après, non. On s’affiche, on se révèle.

Se révéler en “Diana Ross blanche” n’était pas du meilleur gôut. J’ai osé. Mauvais choix. Je me suis retrouvée assise en classe entre un sosie de Robert Smith des Cure et un blondinet binoclar aux cheveux fades et lisses, guitariste dans un groupe du lycée. Ils sont devenus deux copains. Un était clairement mal dans sa tête et sa peau blafarde me déprimait chaque matin d’hiver où je débarquais au lycée. Ses vêtements sentaient la naphtaline et j’avais du mal me défaire de cette odeur quand j’étais assise à côté de lui. Surtout qu’il me collait et me racontait toujours des trucs déprimants qui n’arrangeaient rien au tournis que j’avais à son contact. De l’autre côté, j’avais mon blondinet guitariste qui jouait la mesure avec ses doigts sur son bureau, faisant rouler au sol mes stylos étalés sur mes feuilles mobiles à grands carreaux… il était marrant. Il voulait refaire le monde. Moi je ne disais rien, je me sentais protéger grâce à eux des “PAF” de mon époque. J’étais “casée”. Jenfi et moi sortions ensemble depuis la fin de notre troisième et malgré le fait que je sois en Normandie et lui en Gironde, notre histoire semblait solide. Avoir deux copains anti-PAF était pratique, salvateur. En plus ils me parlaient clairement de tout. J’étais comme une pôte pour eux. Enfin jusqu’au jour où le fameux guitariste a senti une faille en moi. Une fatigue face à la distance entre Jenfi et moi. J’étais en terminale. Nous étions côte à côte, affalés, en cours d’économie. Un débat divisait la classe et moi je ne prenais jamais part aux débats. Même que mon prof  le savait et m’avait dit un jour “Ca ne vous intéresse pas la politique, Mademoiselle R????”… je m’étais redressée sur ma chaise, la tignasse lourde et le jean trop serré. J’avais répondu timidement que “Je n’avais pas d’idéologie. Que je n’arrivais pas à comprendre quoique ce soit là-dedans… que j’étais sur les listes électorales mais que je ne savais pas pour qui voter….”… le prof avait souri et m’avait lancé “Ne pas avoir d’idéologie politique, mademoiselle, comme vous pensez ne pas en avoir… c’est déjà faire de la politique”… j’avais fait de gros yeux. Mes acolytes m’avaient filé un coup de coude rassurant et j’avais pu replonger dans ma torpeur. Un peu avec des points d’interrogation plein la tête. Je ne voyais pas où le prof voulait en venir.

En tout cas, je me souviens de cette phrase. Que j’ai compris bien des années après…

Et je me souviens aussi que mon copain guitariste m’avait dit, comme ça, en passant : “Tu sais, si tu sens que ça tombe à l’eau avec Jenfi, je suis là.”… j’avais alors senti qu’il me le disait bizaremment à l’oreille. Un peu avec insistance et avec un souffle plus chaud que d’habitude. J’avais alors perdu ce côté pôte avec lui. Je le voyais bizaremment comme un dragueur potentiel et j’étais mal.

Moi, je voulais des potes. Pas des prétendants.

On a fini l’année de terminale en étant plus distants. Je suis allée dans une Fac, lui dans une autre. Et moi j’ai continué mon histoire avec Jenfi… toujours plus amoureuse que jamais….

Des fois je me demande ce qu’ils sont devenus, tous les deux…

Je ne me souviens que de leurs prénoms. Pas de leurs noms de famille. Facebook ne me permettra pas de les retrouver. C’est mieux ainsi.

Julie va se plaire au lycée. J’en suis sûre. C’est mieux que le collège. C’est plus adulte. On sait (enfin) qu’on bosse pour nous, pour notre bac, et non pas pour faire plaisir aux parents. On a les amis qu’on garde à l’âge adulte (enfin certains). On a des relations plus complices avec les profs (je me souviens plus d’eux que de ceux du collège). On sort et on rentre du bahut quand on veut. Et si on a la chance (comme moi), de faire sa terminale en plein dans les grosses grèves de 1989, on perfectionne son tarot au café du coin et on découvre le croque-madame du bistrot d’en face parce que la cantoche est hors-service… j’ai un souvenir si appétisant de ces croque-madame. Les meilleurs que j’ai jamais mangé… j’allais quand même bûcher chez une copine qui vivait déjà en couple et avait un appart. Une copine extra. Qui est tombée enceinte au moment du bac… boudiou, ça fait drôle de penser à elle et de se dire qu’elle est maman d’une fille de 22 ans, là, maintenant…

J’avais complètement oublié tout ça…

Ca me revient en mémoire, là, maintenant…

Ce n’est pas ma rentrée, mais celle de Julie.

Elle est partie vêtue de son slim en jean, de ses converses taille-basse couleur bleu… et de la chemise que lui a offert Jonathan pour ses 15 ans… elle était fébrile. Soucieuse de tomber dans la même seconde que son Jo… en quatre ans de collège, ils n’ont jamais été dans la même classe… qui sait????

Verdict ce soir, vers 16h30….

En attendant, j’ai failli m’étouffer de rage dans ma bagnolle. Je les ai déposés à 8 heures à Talence, à deux pas du lycée… je me suis garée vite fait sur le parking du Mac do au bout de la rue qui mène au bahut… je ne voulais pas aller devant directement car je voulais reprendre la rocade aussîtôt pour vite revenir à la maison… vu que j’avais laissé Manon et Zoé seules à la maison… au moment où j’ai réussi à m’engourfrer dans le rond-point qui mène à la rocade, j’ai aperçu mes deux tourtereaux au loin, pas du tout dans la bonne direction… ils allaient vers le tramway et non vers le lycée… j’ai tapé dans la vitre de mon pare-brise comme une malade… comme une débile surtout… comme si ils pouvaient m’entendre… avec la circulation ambiante… j’ose pas vous dire que je ne sais pas où est le klaxon sur ma voiture…

Je suis rentrée et je me suis précipitée sur mon portable pour appeler Julie et lui sonner les cloches. Manquerait plus qu’elle loupe la rentrée.

Bon ok, y avait trente minutes devant eux. De quoi tourner dans le quartier.

Je suis tombée sur le répondeur de ma blondinette.

Je vois que ça n’a pas évolué. Elle a toujours son portable de fermé. Comme au bon vieux temps du collège.

Mamma Mia.

Ai-je dit que le lycée rendait plus adulte???!!!!

Une année de plus…

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Julie va avoir quinze ans demain. Pile poil. On va prendre le temps de sortir de la maison et de s’échapper dans le Lot et Garonne… chez papy et mamie d’Agen. Il fait beau, chaud… je viens de repeindre dehors le petit meuble qui contiendra les jouets dans ma nouvelle pièce. Je suis shootée. Soleil au dessus de la cafetière et white spirit ne font pas bon ménage…je fais donc un break ici. Histoire de vous dire que demain sera un jour de relâche… et l’occasion pour Juju de souffler ses bougies (sur une boule de glace Ben&Jerry’s au chocolat… son dessert préféré)… La soeur de Jenfi et sa petite tribu seront là, aussi. On va être une bonne tablée… on prend également Jo avec nous, le petit copain de Julie. Je suis allée jeudi avec lui acheter le cadeau de Julie (enfin une partie)… il tenait à l’avoir le jour J. Il a trouvé une jolie petite chemisette bleue à petits carreaux… il est content de lui. Mais il ne va pas en rester là. Il lui a commandé des vêtements pour sa Crobi (je vous vois venir, c’est quoi une Crobi????????)…. c’est une poupée.

Ma fille est une éternelle enfant qui adore la création en tout genre. Si je l’écoute, elle veut faire dix mille métiers quand elle sera grande (elle n’est plus vraiment petite, mais bon, c’est une expression)… elle veut s’exprimer. Elle veut être celle qui fera ce qui plaira demain…  ce qui fera rêver… ce besoin de faire rêver, elle l’a toujours eu… je ne sais pas de qui elle tient. Moi , je suis une rêveuse, mais j’aime juste dormir et partir pour une aventure d’une nuit… qui me laissera une trace au réveil… ou pas… Julie, c’est le rêve éveillé qui l’intéresse. Depuis toujours….

Sa Crobi est arrivée de Corée cette semaine. Nue, chauve… à son grand desespoir. Sur le sîte de commande, c’était pas très clair (va falloir qu’elle se mette au corréen!!!)… Elle a utilisé tous ses sous pour s’offrir ce joyau. Elle en parlait depuis six mois, de cette poupée… enfin elle l’a. Faut dire que ça lui a coûté un bras… mais c’était son choix. N’avoir que ça. Mettre au bout si il le faut avec son salaire de baby-sitter…

Je respecte. Et je dois même dire que depuis trois jours, je flâne avec elle sur des blogs, forums, consacrés à cette drôle de poupée. Et j’admire le souci d’esthétique, l’esprit créatif, des nombreuses jeunes femmes qui collectionnent des Crobi. J’ai donné mon accord à Julie pour qu’elle fasse maquiller Ellie (elle l’a baptisée ainsi), par une blogueuse accro et extrêmement douée. Je ne préfère pas me lancer dans l’aventure moi-même… (j’ai déjà eu chaud aux fesses en faisant son costume de Minnie…)… en plus il faut acheter de la peinture acrylique, des pastels, des cils… cette poupée est en résine. Bref c’est trop dur pour mes petites mains maladroites et Julie n’ose pas se lancer non plus. Elle sait trop que si elle rate son coup, elle ne pourra pas s’en payer une autre de sitôt….

On va donc envoyer le petit visage se faire maquiller d’ici un mois. Côté décor, Julie veut lui créer un petit chez elle fait de meubles en carton… là-dessus aussi, va falloir qu’on étudie la question. Ca me semble réalisable. Mais bon, faut que Julie se documente, qu’elle regarde comment on fait…

Voilà ce à quoi rêve mon ado de quinze ans. Elle rejoue à la poupée…

Enfant, elle adorait les barbies (elle en avait toujours une à Noël, généralement une princesse blonde, habillée de rose, assise sur un cheval…)…. pas étonnant qu’elle ait dérivé sur les Crobi.

Julie n’est vraiment pas comme Manon, qui n’a jamais joué à la poupée.

Julie a un peu de Zoé, qui a encore sa boîte remplie de My scene dans son placard. D’ailleurs depuis que Julie lui a montré sa Ellie, Zoé a décidé de se commander à Noël/Anniv (elle est née le 24 décembre) une Pullip fée Clochette… (pff, ils ont tapé dans le mille!!!)…

Bon, je vais retourner à ma peinture. Enfin si c’est sec pour la deuxième couche….? Sinon je vais prendre un peu de temps pour mettre le nez dans mon bouquin du moment. Il m’aidera sans doute à avaler le pilule de la reprise scolaire imminente, et de tout ce qu’elle m’inspire… comme cafard!!!

Positive, faut que je sois positive…

Cette année, tout va bien se passer.

Mais bon, Julie rentre au lycée. J’espère que ce n’est pas une étape équivalente au passage en sixième????…

Qui vivra verra…

Bon week-end chez vous….

Passer le cap

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Ce matin, pour la première fois de ma vie, j’ai appelé la Maison Départementale pour les handicapés de mon département… Je dois faire vite pour constituer un dossier et avoir de quoi m’aider pour le suivi de Manon…  il faut mettre en place un P.P.S (programme d’aide à la scolarisation), et faire un bilan avec une ergothérapeute… ce dossier va également “mettre noir sur blanc” une vérité… celle du handicap léger de Manon… handicap qui n’a pas de nom, à part “séquelles d’une grande prématurité”…

La dame du Camsp nous a présenté le “terme handicap” avec délicatesse et a tenté de voir si cela nous gênait de coller cette “étiquette” sur notre fille. Si nous avions réfléchi à la question. Si nous avions peur des répercutions pour sa vie future…

Nous avons passé le cap il y a bien longtemps, Jenfi et moi… nous sommes prêts…

Nous savons que Manon ne fonctionne pas comme ses soeurs et nous savons aussi qu’il est fort probable qu’elle puisse vivre sa vie sans encombres… je reste persuadée qu’elle pourra travailler, se marier, avoir des enfants… il faudra certainement qu’on soit derrière elle, pour la soutenir, pour lui insuffler la rage et la confiance dont elle manque pour avancer.. on ne devra jamais être loin pour toutes les fois où elle se ramassera face à un imbécile qui la prendra de haut et la jugera bizarre, incapable… on devra veiller à son bonheur. Toujours

Elle peut compter sur nous, on sera toujours là… on l’aime tellement…

Quand on met au monde un bébé, on ne pense pas à tout ça. Du moins pas à cette possibilité que tout ne se passera pas comme sur des roulettes. Peut-être que certaines futures mamans envisagent tout. Se documentent sur tout ce qui touche à la grossesse, à la naissance… à l’éducation. Je n’ai jamais acheté de livres de Dolto. Je n’ai jamais lu d’ouvrages médicaux pour comprendre ce qui se passait en moi, quand je portais mon enfant. Je ne voulais pas me faire peur en analysant chaque trouble que mon ventre m’infligeait… je voulais faire confiance à la vie. Je n’ai jamais fumé, jamais bu… je me disais que quelque part, je ne mettais pas mon enfant en danger. Je n’étais pas immunisée contre la toxo mais j’étais suivie… je ne grossissais pas énormément, j’avais des moments où j’avais super faim, et d’autres moins… j’étais juste heureuse, insouciante. Mon seul tracas était de savoir si j’allais décorer la chambre en jaune ou en mauve… si ma fille allait être blonde ou brune… comment on l’appellerait… quel caractère elle aurait… si j’allais parvenir à être une bonne maman qui concilie travail et enfant… j’avais tant besoin d’être auprès de mon bébé… même pas accouchée, je pensais déjà à ma reprise de boulot… au placement chez une nounou… Je n’avais que des soucis mineurs en tête. Je n’avais jamais envisagé d’avoir un bébé avec un quelconque souci de santé…. j’avais peur qu’elle me manque avant même qu’elle n’entre dans ma vie…

Je ne pense pas qu’on puisse se préparer à mettre au monde un enfant handicapé. Même si certaines mamans se documentent énormément, lisent des tonnes de bouquins, se préparent aux éventuels avatars… elles n’auraient pas pu réagir mieux que moi, qui n’avais rien lu…  j’en suis persuadée…

Quand j’ai vu Manon tomber dans le sac qu’on lui tendait à la sortie de mon ventre (car elle ne devait subir aucun traumatisme au niveau de son crâne, aucune pression)… j’ai pris conscience de la gravité de sa naissance… elle était très rouge, et translucide à la fois. Elle faisait la taille de ma main. A ce moment-là, on se dit que ce n’est pas possible et que c’est inconcevable… le temps s’arrête et les pendules se remettent à l’heure… la maman que j’étais quelques jours plus tôt, tout juste inquiète de savoir si Manon pourrait dormir dans la même chambre que Julie, n’est plus… elle s’est envolée. Elle regarde sa fille et elle ne pense qu’à une chose : que va t-il se passer ensuite???… va t-elle vivre, grandir, avoir des cheveux, marcher, sourire, parler… voir… ???? Les médecins gèrent, font leur travail et ne vous disent qu’au jour le jour ce que vous devez savoir. Pendant ce temps, votre esprit cogite, fume, envisage. L’avenir se profile et la peur d’avoir anéanti le projet de vie qu’on avait bâti, Jenfi et moi, grandit… le couple se renforce (ou explose)… pour Jenfi et moi, le renforcement a été net… l’envie de se lancer dans la bataille avec Manon a été clair, précis et surtout évident. On n’avait pas le choix….

Ne plus avoir le choix est une chose difficile à digérer. Je pense que j’ai eu du mal à voir ma fille évoluer à son rythme plutôt qu’au mien. Je n’étais pas prête à suivre sa route à elle… j’avais tracé la mienne, je voulais une vie simple et belle pour Jenfi et nos enfants… et je ne voulais pas y renoncer. C’était injuste quelque part, que de me demander de faire machine arrière et de composer avec cet enfant lente et mal lunée à longueur de journée… je pensais ne pas mériter ça. je n’invoquais rien de religieux. J’en voulais juste à la fatalité. J’avais cru que ma vie d’enfant malmenée m’exemptait de toute nouvelle vacherie de la vie… foutaises… la vie fait bien ce qu’elle veut…

Je le sais maintenant. Mais à la naissance de Manon, il était hors de question que la vie me dicte ma conduite. J’étais rebelle.

La vie gagne toujours. Elle met des étapes, elle donne des baffes. J’ai tant chialé pour des bêtises… comme lors d’une colère noire de Manon dans un magasin, devant tout le monde… je savais qu’elle détestait la foule. Je n’avais pas le choix que de l’amener avec moi… ses crises étaient violentes. Et plus j’étais énervée, plus sa crise était ingérable. Je choisissais donc de ne pas faire monter la mayonnaise, je la rassurais, sans succès… une dame trouvait alors opportun de me glisser à l’oreille, alors qu’elle faisait la queue à la caisse derrière moi, que cet enfant manquait de fessées et que si ma fille passait une semaine chez elle, elle ne ferait plus de caprices…

Je suis sortie du magasin fracassée…

J’ai chialé pour des choses graves, des suspicions avec des noms qui font peur… comme un jour, à la porte de la classe de première année de maternelle de Manon… Je venais la chercher à midi…Manon était au fond de la pièce colorée, enfantine… assise sur un banc avec son doudou tout près de sa joue (comme elle le faisait toujours)… l’air triste… l’air appeuré… la maîtresse est venue vers moi, a soupiré et m’a dit que Manon posait problème. Qu’elle ne se mêlait pas aux autres et qu’elle ne comprenait pas les consignes… que c’était embêtant. Que je devais m’ouvrir les yeux. Que ma fille était probablement autiste…

Le monde s’est effondré. Parce que quand elle est née, on ne nous a jamais dit que les séquelles pouvaient être internes et non externes… j’ai pisté son poids, sa taille… j’ai veillé à ce qu’elle marche, à ce qu’elle parle… tardivement certes… mais c’est venu… à quel moment son cerveau a t-il choisi de se protéger des agressions extérieures… à quel moment a t-elle commencé à avoir des tocs, des phobies… je ne sais plus. Mais c’est tombé comme ça, un beau jour devant la porte de sa classe de maternelle… le mot “autisme” a été prononcé… et j’ai compris que Manon n’avait rien qui clochait à première vue, mais que si on lui demandait de “s’actionner”, là… ça devenait compliqué…

Manon n’est pas clairement autiste. Elle a des troubles autistiques. Le mot autisme est un générique pour plein de déviance du comportement… il m’est difficile de vous dire ce dont souffre Manon. Je ne sais pas… je sais juste que j’ai pris ma fille ce jour-là, et je suis sortie anéantie de l’école maternelle. Je ne parlais plus, j’avais juste des larmes qui coulaient partout sur mes joues… le goût salé arrivait à mes lèvres… je ne voyais personne dans la rue, je marchais comme une zombie jusqu’à chez moi. Je voulais mourir et je voulais que tout s’arrête. Je pense que là, j’ai touché le fond. Manon et Julie ne disaient rien. Elles avaient compris que j’étais mal, ailleurs, fracassée. J’ai appelé Jenfi, ma mère, mes beaux-parents, mes amies… j’ai bafouillé que je ne savais pas si j’allais parvenir à aimer cet enfant. Parce que quelque part, je lui en voulais d’être différente. C’était sa faute tout ça. J’étais en colère contre elle… tellement en colère… j’aurais aimé que Manon me rassure et me dise que ce n’était pas grave. Que je n’avais pas à m’inquiéter, qu’elle allait s’occuper de tout… car moi, l’adulte, la maman, je n’avais plus la force d’avancer. La force que j’avais eu pour la sortir de sa prématurité me quittait. J’avais mené un combat que je croyais limité dans le temps… je ne voulais pas que ça dure toute ma vie… c’est pourtant ce qui m’attendait…

Je pense honnêtement que le plus dur est là… accepter que c’est pour la vie. Que ca ne partira pas. Que cet état de fait sera toujours là et qu’on ne pourra pas revenir en arrière…

J’ai envié les autres familles, dites “normales”. J’ai chialé, encore et encore. J’ai souvent voulu nié les impuissances de Manon en la poussant dans ses retranchements. J’étais en colère. J’avoue que j’ai été dure avec ma fille, car j’avais comme l’impression qu’elle pouvait me prouver que le monde médical avait tort. Qu’elle simulait… qu’elle m’embêtait…

J’ai chialé des jours, des mois, des années…

Puis j’ai eu un déclic.

Et j’ai enfin pu recommencer à avancer… sereine, apaisée…

Manon a un jour pu me parler, m’expliquer qui elle était… et ça a tout changé. J’avais jusqu’ici connu une petite fille introvertie, avec laquelle j’entrais difficilement en communication… j’ai eu un jour en face de moi une petite fille capable de me dire qu’elle faisait du mieux qu’elle pouvait et qu’elle espérait ne pas trop me décevoir par rapport à Julie et à Zoé… ce fut terrible. J’ai ouvert mon coeur et mes bras à cette petite fille qui avouait faire de son mieux et ne demandait qu’à me satisfaire… moi la maman chialeuse et en colère contre la fatalité… j’avais tout faux. J’avais besoin que ma fille m’ouvre les yeux…

Manon a tout fait. Elle m’a appris beaucoup, sur la vie, sur le courage et sur la différence…

Je suis fière de ma fille. Tellement fière…

Aujourd’hui, ma colère n’est plus dirigée contre la vie, contre la fatalité. Elle est juste réveillée quand je croise l’intolérance au handicap… l’incompréhension… la bêtise…

Manon m’a enrichie.

Ce billet, je l’ai écrit en pensant à Bea, qui vient d’avoir le verdict pour son fils Stanilas… à Plouf, que j’admire et qui ne le sait pas… à Lionne, qui me ressemble tellement et qui vit trop loin de moi…  à Morenita qui m’a fait monté les larmes et qui a décidé de fermer son blog, probablement trop lasse (si tu me lis, je t’embrasse fort)… à Cleanettte, qui est une femme adorable enveloppée d’une carapace… à Aïleen, qui a une petite Clochette, née trop tôt elle aussi… et à Laure, mon amie rencontrée sur un forum de prématurité, qui a su être ma première lectrice, mon épaule réconfortante… toujours…

Et à toutes celles qui me lisent en silence et vivent la même chose…

J’ai eu connaisance par Bea, de l’existence d’un blog sur l’autisme. Je suis allée y faire un tour. Mais je dois y retourner car je survole tout en ce moment… et je n’aime pas ça.

Demain sera un autre jour. Ce billet n’était pas très fun mais je vais super bien, ne vous en faites pas!!!!

La seule chose qui m’énerve, c’est que c’est bientôt la rentrée.

Et moi, j’ai jamais aimé la rentrée des classes…

Moment volé

Demain, nous accompagnons Manon à sa visite au CAMPS de l’hopital de Bordeaux. J’y vais à reculons, parce qu’il m’est difficile de remettre un pied dans un établissement de santé depuis la naissance de Manon… je me rendais chaque jour en réa, puis en néonat, pour voir ma crevette branchée à des fils. C’était bien de la sentir là, je lisais fièrement sur le tableau les 10g pris chaque jour dès que j’atteignais sa couveuse, j’avais l’impression de me soulager de 10g d’angoisse…

Aujourd’hui je n’ai plus peur de la perdre. J’ai juste peur qu’elle ne trouve pas sa place dans ce monde…

Pourtant elle me bluffe. Aujourd’hui, elle avait rdv chez notre dentiste. Elle s’est plaint tout le mois de juillet d’une douleur sur la droite, en mangeant. Manon se plaint peu alors j’ai pris ça au sérieux.

Notre dentiste rentrait aujourd’hui de vacances. En fait c’était juste une dent de lait qui ne veut pas tomber… et qui monte et qui descend quand elle mâche… Manon a tout expliqué elle-même. Sa douleur, l’endroit… elle a dit non face à la proposition d’arrachage. J’ai souri. Et j’ai levé mon pouce vers elle quand notre dentiste ne me voyait pas, pour la féliciter de cet exploit… parler à une “étrangère”, Manon déteste… elle est repartie fière d’elle du cabinet dentaire. On est monté dans la voiture pour rentrer à la maison. Il faisait une chaleur dingue, on a ouvert les vitres. J’ai tapé sur sa cuisse et je lui ai dit “Super chérie, t’as été géniale. Bravo!”

Elle a fait un large sourire. Un de ceux que j’affectionne parce que je sais qu’elle est bien, heureuse.

Elle était loquace. Chose rare. Donc précieuse.

Manon : “J”ai pensé dans ma tête que je devais le faire, c’est à dire expliquer où j’avais mal. Je me suis concentrée, j’ai repensé dans ma tête à ce que je devais dire. Et c’est sorti.”

Moi : “Epatant Manon. C’est exactement ce que tu dois faire demain devant la dame du Camps, ok? Si tu t’effrondres en larmes, tu peux être sûre que tu vas avoir le droit à une thérapie de groupe en plus du psy… je sais que tu vas y arriver, non?”

Elle a perdu son sourire et a remordillé ses ongles.

Manon : “J’sais pas… là c’est pas pareil. je vous écoute papa et toi raconter tout ce qui m’est arrivé et j’ai pas le moral. Donc si on me pose une question, j’ai envie de pleurer…”

Moi, qui m’attendais pas à ce genre d’affirmation : “Ah, je vois… tu sais Manon, on est obligé de raconter tout ce que tu as vécu. On voit ces gens à chaque fois pour la première fois… ils ne nous connaissent pas. Je te promets que ça va bien se passer. Et puis ce n’est pas triste ce que tu as vécu… regarde comme tu vas bien aujourd’hui, comme tu es belle chérie!!! Fais du mieux que tu peux, ok???”

Elle a baissé la tête et s’est arrêté de parler.

J’ai donc choisi de ne rien dire non plus.

Puis elle a repris la parole.

Manon : “T’as entendu, la maman de la dentiste est morte début juillet, à 88 ans… je t’ai écoutée lui dire que toi aussi, tu ne savais pas si tu reverrais mamie Jeannette la prochaîne fois qu’on va au Havre…”

Mamie Jeannette, c’est ma grand-mère de 93 ans, qui vit chez mes parents. Et qui a l’habitude de me dire au revoir avec une phrase hypothétique du style “Rentre bien à Bordeaux, et j’espère que je ne serai pas morte quand tu reviendras…”

Manon entend tout. Et pourtant, elle semble si détachée…

Elle a continué.

Manon : Tu sais à combien de battements de coeur elle est rendue, Mamie Jeanette??”

Moi, dans le brouillard total : ‘Non, pourquoi tu me demandes ça?”

Manon, affirmative : “Parce qu’un être humain a son coeur qui bat 3 milliards de fois en moyenne dans sa vie… sais-tu si Mamie Jeannette a dépassé ce nombre de fois???”

Moi, amusée et songeuse à la fois : “Non, je ne sais pas Manon…”

Manon, tournée vers moi, d’une voix douce : “Dommage, j’aurais pu te dire si tu la reverras à Noël… je ne veux pas que tu sois inquiète, maman…”

Nous sommes arrivés à la maison.

J’ai préparé le repas, arrosé le jardin…fait une Charlotte au chocolat pour amener demain soir chez une amie qui nous a invités à un barbecue… demain il va faire très chaud. C’est bête de passer son après-midi dans un hopital, mais il le faut…. le rdv est à 16h15…

Je suis en repos le mercredi. Nous allons à la piscine demain matin, entre filles, sauf si Jonathan se joint à nous (le petit copain de Julie)… Jenfi bricole et part bosser à 12h30, jusqu’à 20h… il vient avec moi à l’hopital. Son chef lui a dit de se libérer, il comprend. Il est sympa.

J’aime pas les hopitaux.

Là je vais aller dormir. La maison est enfin fraîche. J’ai regardé “Loin d’elle ” sur une chaîne du satellite. Je l’avais déjà vu. C’est un superbe film. Et le Canada est si beau… Cette neige me faisait envie. Il fait si chaud cette semaine…

Allez je vous laisse. Demain sera une rude journée, même si c’est trois fois rien que d’aller au Camps… pour la énième fois.

Fleuve tranquille

RAS (rien à signaler)… tout va bien. Beaucoup de bricolage. De nettoyage. de rangement. C’est là qu’il faut me trouver en ce moment. A caliner et à biberonner quelques journées la semaine… et à ranger, nettoyer, faire de l’espace le reste du temps, après 17h… heure où mon homme et moi avons quartier libre pour mettre la perceuse en route, pour parquetter, pour lambrisser… je dis “nous” mais le gros oeuvre n’est pas assuré par ma petite personne… bien incapable de se servir d’un quelconque outil.

Je me dis que si je divorce, va falloir que je m’y mette… mais bon à priori, c’est pas dans mes projets. C’est juste que beaucoup de couples autour de nous divorcent, ou s’aiment plus mais restent pour les enfants… alors je me dis que c’est dans l’air du temps… j’sais pas…

De plus, quand je regarde mes émissions de déco, je vois plein de bonnes femmes super douées en bricolage. Je me demande ce qui me manque pour me lancer…

Le courage. L’envie. le talent. La patience…

En tout cas, ça avance. Beau-papa a donné un sacré coup de main à son fils ce week-end. Ca change tout, d’être à deux. Faut dire que nous avons été fortiches, Jenfi et moi, pour choisir le seul parquet à cliquer qui ne s’emboîte pas… mais alors rien à faire. Du genre on le clique à une extrémité, et paf, il se déclique à l’autre bout. Rien de tel pour énerver mon homme qui sue à grosses gouttes. Qui en perd son short troué et nous montre la moitié de son anatomie intime dès qu’il est à 4 pattes… (bon ok, il a fait pire sur la plage de L’Escala, faudra que je vous raconte une autre fois)…

Conclusion, on a racheté un autre parquet. Pourtant, j’avais pas pris le premier prix pour celui qui s’est jamais emboîté. Et chez Casto en plus, au lieu de chez brico-leclerc comme je l’avais prévu. Seulement voilà, il était en promo et “vintage” (moi ça ne m’évoquait rien quand j’ai lu cette mention sur l’emballage. Après, en le voyant aus sol, j’ai tout compris)… en gros y avait un espace entre chaque latte censé faire ‘achement bien… tellement bien que c’était marqué de ne jamais passer de serpillère mouillée ou même juste humide. Sinon ça peut faire gonfler la latte, vu l’espace “vintage”… j’ai failli m’étouffer de rire en lisant les recommandations d’usage. Pas de serpillère même humide… avec trois mômes a gardé entre 3 mois et trois ans… tous baveux, gourmands, joueurs et fiers de l’être… hum, sont marrants chez Casto. Doivent pas avoir d’enfants les concepteurs… hein???

Moi je suis toujours bluffée de voir des gens qui ont des intérieurs magnifiques, généralement dans des tons blancs, beiges ou taupes… avec de beaux tapis moelleux et des tables basses avec un plateau en verre dessus… aves des décos tendance, genre une assiette carrée avec de belles bouboules dedans… je regarde plein d’émissions déco. Et je me demande comment ça peut fonctionner, une telle déco, avec une vie de famille???

Je dois pas être soigneuse. Ou je suis une peureuse des plaies, bosses et autres accidents domestiques.

J’admire le fait que tout soit impeccable dans les intérieurs que je vais lorgner ici. Moi, en tant que nounou, si je mets ce genre de déco chez moi, j’ai un canapé beige customisé au nutella et au pain séché au bout d’une journée… genre j’écrase mon bout de pain discrétos avant de grimper dessus, ni vu ni connu… j’ai des petits voitures en métal qui viennent flinguer le beau plateau en verre (je me suis séparée de toutes les petits voitures en métal que mes filles avaient. Vive le plastique)… et les bouboules sont tous sauf sur la jolie assiette, elles servent de ballon de foot dans mon couloir…

J’admire ça, les parents qui arrivent à associer déco tendance (donc fragile) et enfants… vraiment…

Moi je suis devenue par l’expérience une femme qui tente d’avoir un univers fonctionnel et sans danger. C’est sûr, c’est limitatif, frustrant. Mais sécurisant.

Le parquet vintage, c’était vraiment pas fait pour moi.

Celui qu’on a racheté est drôlement chouette. J’aime beaucoup la couleur, le rendu… et puis avec les murs en lambris pvc jaune (fallait donner de la lumière vu c’est une pièce sans fenêtre)… ça se marie bien.

Je ne vous montre rien tant que c’est pas fini. Ca sert à rien.

Du coup, refaire du beau du sol au plafond, dans une pièce qui auparavant, était un garage rempli de bordel… ça donne envie de refaire toutes les pièces de la maison… mais bon, pas les ronds pour ça. On se calme… j’suis déjà bien contente d’avoir ma pièce à moi pour “travailler”…

A part ça, tout va bien. Julie est au camping de St Jean de Luz avec sa tatie chérie. On les rejoint jeudi soir pour un long week-end du 15 août. Manon et Zoé alternent balades avec moi le matin, jeux de Sim’s 3, lecture pendant l’heure de la sieste…  et soirée ciné (elles vont aller voir Harry Potter avec leur père. Moi j’accroche pas. Je vais usiner, ranger, pendant ce temps)…

Ce soir, je regarde Fantomas. Trop ringard mais tellement collé à mon enfance…

Si je dors devant, ce sera à cause des travaux du garage.

Mince, je vais louper un chef d’oeuvre.

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