Vous allez me dire, mais qu’est-ce qu’on s’en tape qu’elle aime les plantes, la Véro???!!! Tout le monde aime les plantes, voyons!!! tout-le-monde sans exception!!!!!!!!… non, faux, rectification illico-presto : ma mère n’aime pas les plantes. Aucune. intérieur-extérieur, beurk et re-beurk, elle dit ma mère. Alors j’ai grandi sans plantes. Aucune; Pas de jardin non plus, car j’ai vécu en immeuble jusqu’à mes trente ans. Citadine à fond. Le gris, je connaissais. Le vert j’en rêvais. Aujourd’hui, je répare le passé.
J’en veux pas à ma petite mère. Elle n’a pas “la main verte”. C’est son mot ça. Dans un sens, je veux bien la croire. Les deux fois où je lui ai offert des plantes, elles ont crevé un an après. Un mois après. Un jour après… dans la seconde où je les ai posés devant sa baie vitrée. Oh, j’exagère comme toujours. Un petit peu. Pourtant elles étaient en forme, mes plantes. Mes cannes chinoises (lucky bambous) avaient atteint une taille respectable; Pas autant que les miennes actuelles, mais presque. Elles les adoraient ma mère. Elles les regardaient à chaque fois qu’elle venait chez moi, s’extasiait. Lors de mon déménagement de Rouen au Havre, elles les a pris en pension. Elle a trouvé que ça faisait bien dans son salon, à côté de son bouddha assis en tailleur son son buffet. Je n’ai jamais voulu les reprendre…. De même, lors de mon déménagement du Havre pour Bordeaux, je lui ai donné en pension un bébé de mon schéflora. Une plante que j’ai depuis quinze ans, donnée par des nos témoins de mariage. J’y tiens fortement, à cette plante. Elle est très envahissante. J’ai dû la réduire de moitié en arrivant ici, dans cette maison de liliputiens. Elle touchait le plafond. Elle a donné beaucoup de jeunes pousses. Dont celle donnée à mes parents.
Ma mère n’a plus rien de vert chez elle, sauf en plastique. des fausses plantes. La pauvre, elles n’ont pas tenu le choc, les vraies, celles qui venaient de chez moi. Pourtant j’assure ne pas avoir la main plus “verte” qu’elle. Etre citadine jusqu’à mes trente ans, ça ne donne pas de pré-dispositions au jardinage, croyez-moi.
J’aime jardiner. J’adore ça. Flâner en jardinerie est une de mes occupations favorites (bravo!!! une heure que j’aurais pu passer chez le coiffeur, pff!!!!)…. ça me détend. Ca me calme. Ca me fait du bien. je dis toujours que j’y vais juste chercher une bricole. Mais j’ai du mal à me freiner. La vision de couleurs chatoyantes depuis mon salon, via ma porte fenêtre, me permet d’oublier le gris du ciel. Me donne la pêche, m’enchante. Ce matin, dans mon rikiki jardin, mon petit Noé avait entrepris d’escalader la petite maison en plastique pour sauter à pieds joints sur les escargots qu’il avait placé au sol, à la queue leuleu (hum, ravissant comme jeu… du coup, je lui ai mis une vieille cabane à oiseaux près de la haie, avec un petit ramequin rempli d”eau, et j’ai nommé ça “la maison des escargots”… trop marre d’avoir des cadavres gluants plein ma terrasse… il était ravi… ça l’a occupé 15 mns)… du coup j’ai regardé l’état de mes plantes… contente et déçue du retard de floraison de mes hémérocales et de mes canas (j’adore ces fleurs)… j’ai regretté de ne pas avoir mis en terre plus tôt ma bignone qui s’éclate comme une folle le long de mon mur depuis deux mois qu’elle est plantée… j’ai pensé au bougainvillier que j’admire chaque année en Espagne et que je n’aurai jamais, car ici, ça crève. A moins de le rentrer l’hiver. Chose que je ne peux pas. Bref, j’ai fait ma bucolique. Et ça fait du bien. J’étais ressourcée, détendue.
Du coup je suis partie à pieds à l’école vers 11h30, pleine d’entrain. Avec mon Noé en poussette, car il a des ampoules au pied. Chaussures neuves obligent. Et puis y en avait pour une heure aller-retour. Ca aurait été cruel, pour son petit pied meurtri; Il a juste marché le temps qu’il a voulu. Le mardi, je n’ai jamais bébé Titi. C’est mon jour de repos d’avec lui. Noé est tout à moi. Il m’a cueilli des marguerites. Il a gambadé comme un fou. Il avait chaud, et moi aussi. J’ai lorgné les jardins depuis les trottoirs que je longeais. J’ai remarqué combien les rayons de soleil poussent à mettre le nez dehors, à ouvrir grand les fenêtres. Ca tondait, jardinait, préparait le barbecue. Un air de vacances en plein midi, en semaine. Une impression de légèreté, de vie qui s’écoule dans la douceur. Très agréable.
Quand je suis rentrée à la maison, Jenfi et Manon étaient revenues de l’hopital. Manon y était pour son suivi de prématurité. Suivi obligatoire. Nous avons mangé tranquillement, la fenêtre de cuisine ouverte, les odeurs de nourriture étaient partout dans la rue… ça ouvrait l’appétit.
A treize heures, début du JT national, nous sommes allés nous affaler sur le canapé, Jenfi et moi, pour prendre notre café devant Elise Lucet. Noé a foncé dans le jardin avec un quignon de pain, pour vérifier si sa famille escargot était toujours nichée dans sa cabane en bois. Il leur a donné du pain, de l’eau. J’ai souri et je me suis dit que je ne l’avais plus que pour un mois…chez moi… après il part en longues vacances avec ses parents et rentre à l’école en septembre. Petite boule dans la gorge… pincement au coeur.
Ce pincement s’est accentué quand j’ai entendu la première annonce du JT. Un accident à un passage à niveau. Encore un. Depuis Sabrina, je suis très sensible à ce genre de tragédie. beaucoup plus qu’avant. ca nous a touché de trop près. J’ai écouté le reportage. J’ai regardé Jenfi. J’ai pensé à ma collégienne à moi. Ma Julie. Ma blondinette pleine de vie.
C’est moche la vie. Une heure avant, je m’extasiais devant la beauté des jardins, la couleur flamboyante des roses rouges, le ciel bleu, l’air limpide… j’étais bien. Là, mon café passait de travers et j’avais qu’une chose en tête “Comment va la maman de Sabrina, six mois après le drame???… je ne le sais même pas…. comment va t-elle accueillir ce type de tragédie, un peu trop proche de la sienne?… combien de morts va t-il falloir pour qu’on règle ce problème de passages à niveaux????… hein, combien????….”
Des fleurs, il y en aura beaucoup sur les tombes de ces 7 jeunes victimes. Des fleurs, j’espère qu’il y en a plein sur le souvenir de Sabrina. Ca apaise les fleurs. ca fait du bien. Là où ça fait mal…
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